CHRONIQUE DU JEUDI : Eden of the East

Higashi no Eden – Chronique du jeudi #2

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

On s’est tous fantasmés un jour détenteur de la lampe d’un génie qui serait capable de répondre de tous nos vœux et de se plier à toutes nos volontés. Bon, de manière très dommageable, c’est peu probable que ça nous arrive alors on peut espérer, à la place, devenir soudainement multimilliardaire et avoir un compte en banque qui serait capable de répondre de tous nos vœux et de se plier à toutes nos volontés.

 

Et ça tombe bien, car même si cela ne nous arrivera sans doute jamais, c’est ce qui arrive au héros de Eden of the East, alias Higashi no Eden, cette série animée qui date de 2009.

 

Tick tick tick boom

 

A dying scream makes no sound

Saki est une étudiante en voyage universitaire aux États-Unis. Vers la fin de son voyage, elle décide de partir seule faire un petit détour dans la ville de Washington, qu’elle considère comme le « centre du monde ». Arrivée devant la Maison-Blanche, elle y fait la rencontre d’Akira, un jeune garçon qui se présente à elle complètement nu et seulement équipé d’un mystérieux téléphone portable. Échappant à une police américaine n’appréciant que peu cet exhibitionnisme malsain à quelques centaines de mètres du président, elle découvre qu’Akira est amnésique et que son téléphone possède une étrange particularité : celui-ci est chargé de 8,2 milliards de yens (environ 58 millions d’euros) qu’il peut utiliser à sa guise par simple appel téléphonique.

 

De retour au Japon, le mystère s’éclaircit : en réalité, Akira est membre de la « Seleçao » en même temps que onze autres personnes. Et comme toutes ces personnes, il a un objectif : sauver le Japon à l’aide des milliards de yens mis à sa disposition. Mais attention : si le compte en banque arrive à zéro ou si l’argent est utilisé de manière trop égoïste, un homme nommé le « Supporter » s’occupe personnellement de votre exécution.

 

À Akira alors d’essayer de remplir cet objectif, tout en essayant de découvrir pourquoi il a perdu la mémoire et quel secret se cache dans ses souvenirs…

 

Noblesse Oblige

Le premier contact avec Eden of the East, c’est son générique d’ouverture, fabuleux. On y retrouve le titre Falling Down du groupe Oasis utilisé avec un style léché et travaillé qui pourrait sans doute donner un orgasme à n’importe quel étudiant en école de graphisme. De plus, c’est déjà très rare de croiser dans l’animation japonaise des titres de rock britannique : on ne se souvient guère que de Girls On Film de Duran Duran pour Speedgrapher, de Roundabout de Yes à la fin de chaque épisode de Jojo’s Bizarre Adventure ou Do You Want To de Franz Ferdinand pour Paradise Kiss. Mais c’est encore plus rare de voir un titre occidental être aussi bien mis en valeur. Ce générique, calme et posé, dilapide succinctement des tas d’éléments visuels qui prennent, au fur et à mesure du visionnage, de plus en plus d’importance.

 

Visuellement, le reste de la série est à la hauteur de ce générique : on retrouve au chara design le trait de la mangaka Chika Umino, auteur du très bon Honey & Clover, et toute la série est racontée dans un style visuel plutôt doux, agréable à l’œil, et techniquement plutôt solide. On retrouve ainsi à la réalisation (et à l’écriture) Kenji Kamiyama, qui a travaillé précédemment sur la série de science-fiction Ghost in the Shell Stand Alone Complex. Celui-ci fournit, avec l’ensemble du studio Production IG, un travail solide et appliqué, pour lequel il semble difficile de reprocher quoi que ce soit. La série possède même quelques plans assez somptueux, avec par exemple une reconstitution assez fidèle de la ville de Washington dans les premiers épisodes.

 

 

Pas touche à mon Johnny

Nous avons donc un héros armé d’un téléphone capable de régler tous ses soucis. Car on découvre très vite que l’argent peut tout : aussi bien permettre au héros d’obtenir un centre commercial pour lui tout seul que de graisser la patte à un douanier pour qu’il le laisse passer le contrôle de l’aéroport. De l’autre côté du combiné, une mystérieuse voix féminine nommée « Juiz », vraisemblablement la même pour tous les candidats mais au caractère changeant selon la personnalité du participant. Ne semblant jamais dormir, cette voix prend en compte vos demandes et ponctue les conversations d’un étrange « Noblesse oblige » – en français dans le texte. Et il semble vite que rien n’est impossible tant que vous y mettez le prix.

 

Pourtant, Eden of the East ne s’amuse pas à trop philosopher sur le thème de l’argent. En réalité, c’est un animé qui se plaît surtout à jouer les montagnes russes sans trop se focaliser sur un thème ou une ambiance. Parfois extrêmement léger, comme quand on fait la rencontre de ce personnage qui n’est pas sorti de chez lui depuis trois ans car il n’a plus de pantalon à mettre, la série peut parfois se montrer très sombre et très cruelle, avec des morts froides et souvent inattendues. Car, sans surprise, tous les membres de cette « Seleçao » ne sont pas forcément altruistes et certains d’entre eux comptent bien se servir de cet argent à des fins personnelles ou pour assouvir des ambitions peu reluisantes. D’autres ont juste des poches percées et, malgré de bonnes intentions, se retrouvent vite avec plus rien et doivent donc subir le courroux du tueur à gages nommé le « Supporter ».

 

Avec seulement onze épisodes pour la série, le scénario avance doucement mais sûrement. On y retrouve un rythme finalement assez proche d’une série américaine, avec un cliffhanger à la fin de chaque épisode, finissant de convaincre la volonté d’Eden of the East de toucher un public international. De nombreuses petites touches feront ainsi plaisir, comme ces Américains parlant un anglais un peu plus correct que la moyenne des autres animés, ou bien l’apparition en caméo de la « Freedom Tower » de New York qui, depuis 2009, est devenue la Tour World Trade Center 1 et n’a d’ailleurs pas encore fini d’être construite. D’ailleurs, l’ombre du 11-Septembre tourne souvent autour d’Eden of the East qui, sans y faire explicitement référence, accumule quelques petits détails faisant référence à la tragédie…

 

Dans tous les cas, grâce à son rythme assez poussé, Eden of the East se montre extrêmement divertissant et il est difficile de ne pas le marathoner : chaque épisode vous donnera envie de regarder le suivant, ne serait-ce que pour savoir ce qu’il se passe. Ce qui est toujours un bon signe.

 

Le seul souci, c’est que la série ne se conclut pas vraiment et laisse ce soin à deux films, King of Eden et Paradise Lost. Et petite déception car si l’univers et l’écriture s’adaptent bien à un format télévisé en vingt minutes, la sauce prend moins bien étalée sur deux fois une heure et demie. On se sent moins concernés, on bâille même un peu. Ces films ne sont pas dénués de qualités mais il manque un petit quelque chose pour conclure en apothéose…

 

 

 

Eden of the East reste une série extrêmement divertissante, bien écrite et possédant un casting suffisamment riche pour mériter votre attention. Un exemple réussi d’animé dédié à un public large, international et sortant des carcans un peu otaku dans lequel l’animation japonaise peut parfois s’enfermer à son insu. Et puis, combien d’animés pouvez-vous citer qui contiennent des extraits du film Le Grand Bleu ? Ha. Rien que ça, ça permet de sortir Eden of the East du lot.

 

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Quand il n’écrit pas des news, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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