CHRONIQUE DU JEUDI : Azumanga Daioh

Azumanga Daioh – Chronique du jeudi #3

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !



S’il est un style plutôt populaire dans l’animation japonaise d’aujourd’hui, c’est la comédie en milieu lycéen. Et à travers ce genre déjà bien bondé, on trouve une sous-catégorie qui elle aussi est l’objet d’une certaine popularité, c’est les comédies en milieu lycéen avec un casting majoritairement féminin. Pensez à Lucky Star, K-On !, Nichijou, Yuruyuri, A Channel, Tamayura, Seitokai Yakuindomo, Love Lab, Chronicles of the Going Home Club, Non Non Biyori, Hidamari Sketch ou bien C3bu. Un genre de niche qui a connu ces derniers temps une véritable explosion, particulièrement auprès d’un public adulte et masculin. Celui-ci y cherche des jeunes filles mignonnes — aussi bien physiquement qu’au niveau de la personnalité — faisant des choses mignonnes. Bref, à trouver un peu de chaleur et de réconfort devant des ouvrages rarement agressifs, riches en bons sentiments et non dénués d’humour.  C’est ce qu’on appelle le « moe », pour résumer.  


Et qu’on y soit sensible ou non au « moe », qui est un genre très clivant, il est très difficile de nier la place qu’il a prise dans l’animation japonaise d’aujourd’hui. Cela faisant principalement suite aux deux gros cartons qu’ont été Lucky Star (2007) et K-On! (2009), tous deux du studio Kyoto Animation.  Mais ces deux animés n’ont pas été les créateurs de ce genre, loin de là. Pour trouver l’animé qu’on pourrait créditer de cet honneur, il faut remonter à 2002 et l’adaptation animée d’un manga de Kiyohiko Azuma : Azumanga Daioh.



Catface


Azumanga Daioh est donc, à la base, un manga. Plus précisément, il s’agit même d’un yonkoma. Le yonkoma, c’est ce genre de manga en quatre cases, proche dans l’esprit des comic strips comme Garfield ou Snoopy. Aux pinceaux on retrouve Kiyohiko Azuma, un auteur au parcours assez amusant puisqu’il commença dans la production de hentai un peu crado avant de produire Azumanga Daioh entre 1998 et 2002. Aujourd’hui on le connaît également pour le manga Yotsuba&!, petite merveille de tranche de vie éditée (et rééditée) en France aux éditions Kurokawa. Un garçon plutôt doué pour le genre du yonkoma puisqu’il possède carrément le titre de « dieu vivant du yonkoma » dans son pays, ce qui est un honorifique assez parlant.


Mais que raconte Azumanga Daioh, finalement ? On est donc dans un lycée japonais normal et on suit une dizaine de personnages féminins dans leur vie quotidienne, jonchée d’évènements amusants. 

Et c’est tout.


Le principal intérêt est donc clairement ces personnages féminins et leur personnalité. Et ça tombe très bien puisque tous les personnages d’Azumanga Daioh sont très très hauts en couleur, ce qui rend les interactions entre elles extrêmement vivantes, en plus d’amener des situations extrêmement rocambolesques.


Les principales héroïnes de la série, de gauche à droite : Chiyo, Koyomi, Tomo, Sakaki et Osaka.


Il faut dire que rien que décrire le casting de la série suffit à la rendre immédiatement intrigante : l’héroïne est une jeune fille de 10 ans nommée Chiyo, qui est une surdouée ayant réussi à entrer au lycée malgré son jeune âge. Assez fière d’elle, elle n’aime pas être considérée comme une enfant, mais force est de constater qu’elle en est encore une. Son père serait un chat alien mystérieux (qui n’aime pas être comparé à Bill Clinton) et elle possède d’étranges cheveux rouges.

Nous avons également Sakaki, une jeune fille grande, athlétique, mystérieuse et taciturne. Excellente dans tous les domaines et possédant tous les archétypes de la beauté glaciale, elle possède une passion secrète, en l’occurrence les chats et chatons. Le problème étant que les chats ont tendance à la mordre et la griffer systématiquement…

Ensuite il y a Tomo. Remplie d’énergie, Tomo fait tout à 2000 %. Pas forcément très maligne (malgré de bons scores aux examens), elle compense avec un instinct dopé aux stéroïdes et une tendance à voir la vie du bon côté dans toutes les circonstances. Elle forme un duo assez incongru avec Koyomi, une jeune fille à lunettes assez sérieuses qui aura pour objectif pendant la quasi-totalité de la série de recadrer Tomo quand celle-ci va trop loin – ce qui arrive bien plus souvent qu’elle ne le voudrait.

Enfin, il y a Osaka. Personnage le plus populaire de la série, c’est une lycéenne qui vient d’arriver dans la région après avoir passé un an dans un lycée de la ville d’Osaka. Ce qui explique son surnom arrivé tellement vite que personne ne se souvient vraiment de son véritable nom. Mais là ou habituellement l’archétype du personnage typique d’Osaka est celui d’un bonhomme vivant, chaleureux et plein d’énergie, l’Osaka d’Azumanga Daioh est une jeune fille… qui vit dans son petit monde. Très tête en l’air, toujours l’air extrêmement fatigué, elle est souvent dans la lune et possède un petit décalage de quelques secondes sur le monde réel. Extrêmement gentille, elle passera la majorité de la série à rêvasser, dans des scènes souvent grandioses d’absurdité. 

Le casting est donc assez riche, sans compter les nombreux personnages secondaires comme les profs (dont Yukari la prof d’anglais qui a tendance à dormir en classe) ou bien d’autres élèves comme Kagura la sportive et Kaori l’admiratrice secrète de Sakaki.



And now for something different


Si aujourd’hui on connaît Azumanga Daioh comme une série de 26 épisodes de 25 minutes, il faut savoir qu’initialement c’était loin d’être le cas lors de la diffusion. En effet, du lundi au vendredi était diffusé chaque jour un épisode de 5 minutes. Les versions « complètes » que nous connaissons aujourd’hui sont en fait un « best of » regroupant les cinq épisodes de la semaine écoulée et qui était diffusé alors le week-end. Un peu comme la Semaine des Guignols chez nous, pour prendre un exemple extrêmement cavalier.


Du coup, il faut voir Azumanga Daioh plus comme une compilation de 130 sketches de cinq minutes plutôt que d’une série de vingt-six épisodes.  Chaque sketch est totalement différent : certains continueront le sketch précédent, d’autres iront s’intéresser à un tout autre personnage, parfois on changera même de jour voire de saison. C’est alors au spectateur de s’adapter et de regarder les épisodes à son rythme : rien ne vous obligera, finalement, à mater les cinq mini-épisodes d’un seul trait. 


Azumanga Daioh est une série qui ne peine pas à trouver des idées. Azuma est un auteur imaginatif, qui parvient à diversifier les situations et à ne jamais paraître trop redondant dans son humour. Il y a certes des running gags et des blagues qui misent sur la continuité, mais en général les chutes sont variées et les filles se retrouvent dans des situations toujours plus différentes les unes des autres.

Maintenant, Azumanga Daioh paie un peu son statut de pionnier : c’est l’ouvrage qui a posé les bases pour des comédies lycéennes « moe » comme Lucky Star et quiconque a vu beaucoup de séries de ce genre est condamné à ne pas trouver Azumanga Daioh particulièrement drôle ou original. La série l’était pour l’époque, mais aujourd’hui les codes narratifs qu’elle a créés sont tellement répandus que l'anime peut décevoir, voire ennuyer.


C’est ce qu’on appelle l’effet Seinfeld. Seinfeld c’était cette sitcom américaine du début des années 90 qui a créé la quasi-totalité des codes humoristiques qui sera utilisé dans des séries ultrapopulaires comme Friends, How I Met Your Mother, The Big Bang Theory ou même Community. A l’époque, Seinfeld était original et révolutionnaire mais aujourd’hui la série peut paraître fade et peu inspirée à quiconque a regardé les séries qui ont suivi et ont, parfois, amélioré ou recuisiné la formule.


Azumanga Daioh reste néanmoins, douze ans après, un animé à conseiller à tous ceux qui recherchent quelque chose de léger et d’amusant. Le casting reste solide et attachant – principalement le personnage d’Osaka, le générique d’ouverture restera coincé dans la tête de quiconque l’entend pendant plusieurs semaines,  on peut le regarder au rythme que l’on veut et c’est le plus proche qu’on a d’une adaptation animée de Yotsuba& . Évidemment, si vous êtes du genre cynique et misanthrope, allez plutôt jeter un œil du côté de l’Attaque des Titans car avec Azumanga Daioh vous risquez une absorption de sucre presque fatale.


---

Quand il n’écrit pas des news, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: