CHRONIQUE DU JEUDI : Claymore

Claymore – Chronique du jeudi #5

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

Certains mangas ne paraissent jamais vieillir, et pourtant : Claymore fêtera cette année sa treizième année de publication. Une publication qui aura connu trois magazines différents, débutée dans le Monthly Shonen Jump en mai 2001, transférée dans le Weekly Shonen Jump pendant une demi-année en 2007 avant de se retrouver dans le Jump Square SQ, magazine où il est encore publié aujourd’hui à un rythme mensuel.

En 2007, le manga aura connu une adaptation animée plutôt réussie, qui sera notre sujet de cette semaine.

 

 

De zéro en héros

 

Nous sommes donc dans un monde de dark fantasy habituel : des monstres surpuissants et dévoreurs d’humains nommés les Yomi sèment la terreur au sein de l’humanité. Ceux-ci sont, en plus de posséder une force et des pouvoirs colossaux, capables de se métamorphoser en humains et de se camoufler discrètement au sein des villes et villages. Pour se débarrasser de ces monstres existe une organisation nommée, de manière fort pertinente et un peu redondante, l’Organisation. Pour une somme rondelette, ceux-ci envoient sur place une « Claymore », une femme guerrière au pouvoir extraordinaire, seule capable de pourfendre ces monstruosités.  Mais attention, car tout n’est pas rose : ces Claymores sont le résultat d’étranges manipulations génétiques et scientifiques et possèdent du sang de Yomi dans leurs veines. Le risque ? Si elles utilisent trop leurs pouvoirs et n’arrivent plus à trouver leurs limites, elles peuvent devenir elles-mêmes des Yomi… encore plus puissantes que les autres.  Ceux-ci, nommés les Éveillés, terrorisent le monde et exigent la puissance combinée de plusieurs Claymores pour en venir à bout…

 

L’héroïne de la série est Claire, la Claymore numéro 47, ce qui n’est pas très bon signe car ces guerrières sont classées par ordre numérique, et plus le chiffre est bas, plus la puissance est élevée. Et Claire est la dernière, jugée la plus faible. Accompagnée d’un jeune garçon nommé Reki, elle essaiera de survivre dans ce monde sans pitié, avec un objectif en tête : trouver une Claymore devenue Éveillé nommée Priscillia, et la tuer pour venger son mentor, Theresa.

 

Au fur et à mesure de l’aventure, elle découvrira un peu plus les mystères que cache l’Organisation, fera la rencontre d’autres Claymore, parfois peu amicales, et fera face à des monstres de plus en plus puissants…

 

 Claire, ici très énervée.


L’Attaque des Yomi

 

Élément très intéressant de Claymore : la majorité du casting est féminin. C’est quelque chose auquel on est habitué aujourd’hui dans l’animation japonaise mais habituellement un casting est majoritairement féminin afin de plaire au public masculin et de lui fournir du fanservice à foison, ce qui est ici très loin d’être le cas. Car ne nous y trompons pas : Claymore possède un univers très dur et, surtout, très sérieux. Ici aucune place n’est laissée à l’humour ou au fanservice et les personnages principaux de Claymore ne sont pas féminins pour le plaisir des yeux. Ici, ça se bastonne sévère, n’importe qui peut mourir n’importe quand et les combats ne sont que très rarement propres et gracieux.

 

Car pour se battre les Claymore disposent de plusieurs atouts. À commencer par leurs corps hybrides, qui leur permettent d’être plus fortes et plus agiles. Elles peuvent également jouer avec le taux de « Yomi » dans leur corps pour encore plus augmenter leurs capacités, mais attention à ne pas trop jouer avec le feu car plus on s’en sert, moins contenir sa sanité est simple. Enfin, elles sont équipées d’une imposante épée à deux mains – la fameuse Claymore écossaise – qui permet de causer des dégâts monumentaux. Chaque Claymore trouve alors un style particulier, entre celles qui mettent l’accent sur la stratégie, la force brute — l'une d’entre elles se bat avec DEUX épées — ou la maîtrise technique de leur arme avec des compétences inédites et travaillées — comme celle qui parvient, par exemple, à faire vibrer sa lame pour occasionner des blessures plus profondes.

 

 

 

On apprend vite que dans l’univers de Claymore, être fort est une nécessité. N’importe quand, votre village peut être envahi par un Yomi ayant pris la forme d’un de vos proches, et vous pouvez vous retrouver dévoré sans même avoir eu le temps de comprendre ce qu’il se passe. Les bandits sont également nombreux sur les routes et la mystérieuse Organisation possède le monopole de la lutte contre les Yomi et, étrangement, certains villages qui refusent sa protection sont soudainement envahis. Ce n’est pas la joie et on retrouve des ambiances assez semblables à Berserk, Ubelblatt ou bien l’Attaque des Titans. Ici aussi, n’importe quel personnage peut mourir n’importe quand, se faire démembrer est presque une étape obligée dans la vie d’une Claymore et les rares personnages humains ont une durée de vie excessivement limitée. Assez prenant, surtout en partant du principe qu’il s’agit d’un manga Shueisha publié dans des magazines destinés, avant tout, à un public adolescent. Et même si la série est finalement moins gore et moins tragique qu’un Berserk, il reste difficile de conseiller la série à quelqu’un qui veut être de bonne humeur.

 

Néanmoins, cela n’empêche pas la série de proposer des combats très animés et, surtout, très variés. De très loin une des plus grandes réussites de cette adaptation, ils parviennent à se montrer prenants et assez impressionnants. Il faut dire que le personnage de Claire est très intéressant puisqu’elle est clairement présentée comme étant techniquement la plus faible des Claymore mais parvient à compenser avec l’aide de pouvoirs inédits et de stratégies souvent très peu explicitées par l’animé. La majorité des combats voit donc son héroïne être dans une situation d’underdog et ce n’est pas déplaisant, d’autant que les conclusions sont satisfaisantes et rares sont les utilisations de deus ex machina incohérents.

 

 

 

It’s a Madhouse

 

Derrière cette adaptation on retrouve donc le studio Madhouse. Un studio à l’histoire extrêmement riche, qui s’est montré expert dans l’art d’adapter – Death Note, Black Lagoon, Trigun, Cardcaptor Sakura, Chihayafuru et une cinquantaine d’autres. Un animé Madhouse est ainsi assuré d’être techniquement solide, et de ne pas bâcler sa production. Le studio s’est également montré assez fiable en ce qui concerne les changements apportés à l’animé par rapport au manga, faisant des choses, la majorité du temps, très pertinentes et parfaitement intégrées à l’univers de l’ouvrage original. Cardcaptor Sakura et Death Note sont, du point de vue de l’auteur de cette chronique, un exemple assez parfait.

 

Mais pour Claymore, il y a un souci. Et ce souci, c’est la fin de l’animé. On évoquait le mois dernier Kare Kano et sa fin en queue de poisson : le studio Gainax avait alors décidé de ne pas offrir de conclusion à l’animé et de dire aux spectateurs d’aller lire le manga purement et simplement. Avec Claymore, on a l’inverse. Claymore est un manga toujours en cours et donc, en 2007, il était évident que l’intégralité du manga n’allait pas être adaptée. Alors pour faire les choses bien et pour que l’animé puisse se suffire à lui-même, une fin inédite à été écrite. Celle-ci couvre les deux ou trois derniers épisodes et… c’est une catastrophe. On y trouve alors des défauts que jusqu’alors l’ouvrage évitait soigneusement : des combats dénués de sens, des résolutions qui surgissent de nulle part, un personnage absolument insupportable et très mal écrit qui prend une place prépondérante et, surtout, une conclusion navrante au fil rouge principal de la saga.

 

 

Et c’est terrible, parce que l'on quitte Claymore avec un mauvais goût dans la bouche. Ce qui, du coup, tend à faire oublier le fait que, pendant vingt-deux épisodes, la qualité était présente. On a un ouvrage réussi, qui propose à la fois des personnages bien écrits, des combats trépidants et une ambiance assez malsaine mais en même temps pas totalement déprimante. C’est en outre une de ces séries qu’il est très facile de « marathonner », le rythme étant très bien géré et les rebondissements et révélations légion. Puis, enfin, on a affaire à un ouvrage qui propose un casting féminin riche et à qui on épargne le sacrifice sur l’autel du sexy ou du fanservice.

 

Claymore a peut-être eu la malchance de sortir en 2007, année remplie de titres fabuleux, et est sans doute passé un peu sous les radars. Il faut dire qu’à l’époque, la critique n’était pas spécialement tendre à son sujet, et que la série est souvent victime de comparaisons au modèle du genre, c'est-à-dire Berserk. Il serait pourtant dommage de se priver d’un shonen intéressant, divertissant, qui prend aux tripes et qui sait jouer avec les attentes et l’intelligence de son public. Mais, encore une fois, quel dommage d’avoir autant loupé cette fin… 

 

Quand il n’écrit pas des news, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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