CHRONIQUE DU JEUDI : Seto no Hanayome

My Bride is a Mermaid – Chronique du jeudi #6

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

Ce qu’il y a de bien avec les comédies japonaises c’est que parfois celles-ci vont très loin dans l’audace en proposant des situations délicieusement débiles. Des gens qui se battent pour des bentô à moitié prix proposés par les supérettes avant la fermeture ? Ça existe, ça s’appelle Ben-To. Un garçon qui voit débarquer dans sa vie des canettes de soda qui peuvent se transformer en jeunes filles ? C’est Akikan. Un démon maître des enfers obligé de travailler à McDonald’s pour payer son loyer ? Hatarakou Maou-sama. Une équipe de bras cassés qui veulent essayer de conquérir le monde avec des plans ridicules nécessitant souvent de détruire le quatrième mur ? Excel Saga ou Sekai Seifuku !


Mais parfois ça va plus loin encore : un garçon, nommé Nagasumi, se noie dans l’océan, est sauvé par une sirène (nommée Seto) et se retrouve dans un royaume caché sous l’océan. Ce royaume est géré par des yakuzas-poissons qui vivent sous l’océan ; et, hélas pour ce garçon, il n’a pas à être là. Car il existe une loi : si un humain voit une sirène, soit lui, soit la sirène doit être exécuté. Et la sirène en question est l’héritière  du chef yakuza local qui, évidemment, n’a pas du tout envie de tuer sa fille chérie. L’exécution de ce malchanceux adolescent est donc inéluctable, mais la sirène intervient pour proposer une troisième solution : en se mariant avec lui, la vie des deux est sauvée et personne ne doit être exécuté. Bon gré, mal gré et pour ne pas contrarier sa fifille, le père accepte avec réticence le mariage des deux individus, tout en se promettant de tuer le garçon dès qu’elle aura le dos tourné.

 

À partir de là, c’est plus chaotique : Seto part vivre dans le monde des humains avec son nouveau mari, le père et son gang la suivent… et certaines de ses amies aussi (dont une possède comme papa le Terminator). Elle doit donc tout faire pour se camoufler dans le monde réel — sachant que n’importe quel contact avec de l’eau la transforme instantanément — tandis que le héros, doit, lui essayer en parallèle de survivre aux multiples tentatives d’assassinat formentées par son nouveau beau-père et que le lycée dans lequel nos deux héros sont scolarisés va connaître des changements radicaux comme le fait que des hommes-poissons vont soudainement composer la quasi-totalité du personnel éducatif.

Et c’est l’animé dont on va parler aujourd’hui : Seto no Hanayome, aussi connu sous le nom anglais My Bride is a Mermaid.


Enfilez vos kimonos, il est temps de botter des culs

De gauche à droite les héros: Seto, Nagasumi, Lunar

 

La Petite Sirène Kawaii

Nous avons donc initialement un manga de Tahiko Kimura, qui fut publié dans le Gangan Wing (un magazine de prépublication de Square Enix) de septembre 2002 à décembre 2010, pour un total de seize volumes. Cette adaptation, elle, date de 2007, d’avril à septembre, pour un total de vingt-six épisodes. L’ensemble du manga n’est pas couvert mais le studio, en l’occurrence Gonzo, a réussi à offrir une fin inédite à l’animé qui se révèle extrêmement satisfaisante. On a donc un animé qui se suffit à lui-même et qui, parallèlement, donne malgré tout envie de jeter un œil à l’ouvrage initial. Ce qui est une bonne chose - contrairement à Kare Kano et Claymore, comme on l’a vu précédemment.

 

Mais avant de commencer à dire beaucoup de bien de Seto no Hanayome, commençons par avertir le spectateur potentiel que vous êtes : les premiers contacts avec cette série sont difficiles. Tout d’abord car Seto no Hanayome est un animé globalement moche. Le chara design est ainsi assez peu inspiré, l’animation ne brille que peu et peine à masquer un budget très réduit (un classique du studio Gonzo), les décors ne sont pas spécialement marquants et les couleurs sont généralement ternes et peu attirantes. On a l’impression de retrouver un de ces animés du début des années 2000, ou les studios découvraient l’animation numérique et offraient des designs simplistes et peu inspirés.

 

:(

Exemple du côté un peu cheapos de l'aspect visuel

 

Second point : le début de l’animé peut sembler assez laborieux. Avec le recul on remarquera qu’en fait la série se contente de prendre son temps pour poser l’univers, les enjeux et les personnages, mais il n’empêche qu’au premier visionnage l’humour n’est pas forcément étincelant, les relations entre les personnages restent balbutiantes et le rythme n’est pas forcément bien géré.

Mais comme vous le savez, il ne faut jamais s’arrêter aux apparences. Une fois l’univers bien posé et les personnages caractérisés, l’animé est parti pour ne plus jamais s'arrêter. Et c’est à partir de ce point que Seto no Hanayome arrête d’avoir du sens pour devenir, simplement, une comédie magistrale.

 

Amour, mensonges et yakuzas

 

 

Son humour, Seto no Hanayome le puise avant tout dans ses personnages. Tous ont un rôle à jouer dans ce chaos humoristique, tous ont un petit tic ou un trait de caractère qui lui permet de sortir du lot et d’enrichir la dynamique globale. Les exemples sont nombreux : le héros possède par exemple une camarade de classe du nom de Zenigata (oui, comme l’inspecteur mythique de Lupin III) qui est une déléguée de classe très à cheval sur les règles. Ainsi elle essaiera d’arrêter tous ceux qui contreviennent au règlement du lycée, ce qui peut parfois arriver dans des moments incongrus. Elle possède également une étrange affinité avec les chats, dont elle peut invoquer une horde n’importe quand — sachant que TOUS les hommes-poissons ont une phobie, fort naturellement, de ces félins. Après tout, les chats mangent du poisson, c’est logique. En outre, cette camarade de classe à un crush pour le héros, histoire d’alimenter la dynamique. Enfin, son père est le commissaire de la police locale et inutile de dire que les yakuzas-poissons vont pas forcément apprécier ce détail.

 

Ce n’est qu’un seul personnage, mais on peut assurer que la quinzaine d'autres qui constituent le casting sont tous aussi cinglés et développés que ce personnage, que ce soit Lunar la sirène rivale de Seto au complexe d'infériorité aussi immense que la Sibérie, le père de Seto et son syndrome papa poule envahissant ou bien Shiranui Akeno la contrôleuse zélée qui s'assurera que le secret de Seto en est bien resté un. Tous sont impeccablement caractérisés et évoluent légèrement au fur et à mesure du déroulement de l’animé, pour qu’ils évitent de devenir lassants. Même le moindre personnage secondaire peut jouer un rôle. Bref, tout se fait subtilement mais l’effet attendu est là : la série est toujours très drôle et parvient à renouveler régulièrement son humour.

 

Plusieurs fois, la série essaye de devenir « sérieuse ». Pas forcément surprenant, car nombreuses sont les séries au ton léger qui tentent parfois de laisser tomber le masque comique pour se lancer dans un scénario plus ambitieux et plus sombre, pour le meilleur (Soul Eater, Tiger & Bunny) comme pour le pire (Robotics Notes, la première saison de Chuunibyou demo koi ga suitai). 

 

Mais ici, pas de souci. Car même si ils sont souvent tournés en ridicule, les personnages de Seto no Hanayome restent tous, pour la plupart, des combattants charismatiques dans l’âme. Et quand la série se transforme temporairement en shonen lambda… ça marche impeccablement. Les combats sont très intéressants, il y’a quelques scènes plutôt épiques,  les personnages deviennent tous plutôt cool et la série garde malgré tout un ton léger et parfois parodique extrêmement appréciable. En réussissant parfaitement à alterner humour très potache et passages plus sérieux, Seto no Hanayome pourrait être ainsi comparé à un Gintama sans qu'il n'ait beaucoup à rougir.

 

Un homme et un requin partagent un sauna : le quotidien, en somme.

 

Donc qu’est-ce que nous avons ? Vingt-six épisodes qui réussissent à mêler un humour extrêmement efficace, un fan service agréable sans être envahissant, des personnages attachants, des scènes d’actions rares mais réussies et une absurdité générale qui parvient à se contenir et à ne pas aller trop loin. C'est extrêmement fun et même si la forme n'est que peu succulente, ceux qui passeront outre sortiront de chaque épisode avec une bonne humeur bien méritée.

 

Il est presque dommage que Seto no Hanayome ne soit pas une comédie mieux connue, mais cela peut être expliqué par beaucoup de raisons : son début moyennement attirant, son design peu soigné et, surtout, sa sortie dans l'extraordinaire saison du printemps 2007. On en parlait déjà la semaine dernière avec Claymore (également sorti en avril 2007) mais c'est une saison qui le voyait faire face à des mastodontes comme Lucky Star, Gurren Lagann, Darker Than Black, Lovely Complex ou Bokurano. Sans compter les autres chefs d’œuvres de cette saison qui, sans connaître de succès commercial, ont su marquer les esprits grâce à leur qualité — on pense ici à Dennou Coil, Seirei no Moribito ou Sola. Dans ce contexte, difficile de marquer les esprits, surtout quand on n’est qu’une adaptation de manga avec un budget réduit et un léger manque d’ambition. Mais cela est du passé et, aujourd’hui, tout le monde peut découvrir ou redécouvrir une série qui, vraiment, vaut le coup de s’y plonger. 

 

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Quand il n’écrit pas des news, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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