CHRONIQUE DU JEUDI : Saint Seiya

Les Chevaliers du Zodiaque – Chronique du jeudi #7

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

Beaucoup pensent que le Shônen Jump a connu à la fin des années 1980 son âge d’or. Avec des noms comme Dragon Ball, Jojo’s Bizarre Adventure, Ken le Survivant, Video Girl Ai, City Hunter, Captain Tsubasa ou Kimagure Orange Road, il est très facile de comprendre pourquoi. Parmi cette ribambelle de titres marquants, l’un d'eux a particulièrement touché les publics français et japonais au point de posséder aujourd'hui un héritage phénoménal : il s’agit de Saint Seiya.


Comme le sujet est très vaste, et la franchise grandissante, cet article se centrera sur l’adaptation animée des années 1980 qui fit les beaux jours de nombreux enfants français, amateurs du Club Dorothée. Une adaptation qui ne manque ni de qualités ni d’intérêt.

 

 

Plaît-il ?

À la base, nous avons donc un manga de Kurumada Masami. Débuté en avril 1986 dans ce bon vieux Shônen Jump, Saint Seiya raconte l’histoire d’un jeune garçon japonais nommé Seiya, parti s'entraîner en Grèce pour devenir un chevalier au service de la déesse Athéna. Attention, ici pas de mythologie, l’histoire se déroule dans les années 1980 et Athéna est incarnée dans le corps d’une riche héritière nommée Saori Kido. Dans cet univers, chaque chevalier se voit apparenté à l’une des constellations et Seiya obtient donc l’armure de bronze liée à la constellation Pégase. Après cela, il décide de participer, avec nombre de ses amis également devenus chevaliers de bronze, à un tournoi mettant en jeu un lot précieux : une armure liée à l'une des douze constellations du zodiaque, l’armure d’or du Sagittaire. Commence alors une guerre fratricide entre chevaliers. Elle va dégénérer et s’étendre jusqu’au Sanctuaire, centre du culte d’Athéna, dirigé par un Grand Pope qui ne semble pas reconnaître l’existence de Saori Kido comme nouvelle incarnation de la déesse…

 

La série dure donc dix chapitres, divisés en vingt-huit tomes, et est découpée en plusieurs arcs distincts. Nous avons donc l’arc du tournoi, qui permet de voir des chevaliers de bronze s’entredéchirer pour une armure d’or qui se révélera moins précieuse qu’elle ne semblait l’être. Ensuite, nous avons l’entrée en scène des chevaliers d’argent, qui semblent en vouloir énormément aux chevaliers de bronze pour une raison mystérieuse et les traquent partout autour du monde.

 

Mais après cela, nous avons l’arc du Sanctuaire, symbole de la série, à l’instar de l’arc Soul Society pour Bleach – d’ailleurs construit sur un modèle similaire. Saori Kido et les chevaliers de bronze arrivent donc au Sanctuaire pour convaincre le Grand Pope qu’elle est la nouvelle incarnation d’Athéna, mais sont accueillis par un assassin qui plante dans le cœur de la jeune fille une flèche dorée. Cette flèche tuera l’adolescente dans exactement douze heures et les chevaliers de bronze n’ont pas le choix : ils doivent monter jusqu’en haut du Sanctuaire pour convaincre eux-mêmes le Grand Pope de la sauver en lui prouvant qu’il se fourvoie. Mais escalader la montagne n’est pas simple, car sur le chemin se trouvent les douze maisons du zodiaque, chacune habitée par un chevalier d’or, et tous sont des monstres de puissance avec chacun une raison de ne pas les laisser passer si facilement.

 

L’arc du Sanctuaire est un modèle de shônen manga. Tout y est : des enjeux clairs, une guerre contre le temps, des antagonistes charismatiques et travaillés, des rebondissements, des déchirements et la présence de ce bon vieux pouvoir de l’amitié. Chaque combat est particulièrement intense, et si l’arc n’est pas forcément bulletproof du point de vue de l’écriture avec quelques incohérences mineures çà et là, ça reste tout de même extrêmement efficace. Mais les chevaliers d’or sont les véritables stars de cet arc : chacun des douze personnages possède son histoire, ses pouvoirs, sa raison de combattre et des traits de personnalité qui lui sont propres. Que ce soit Camus du Verseau – personnage froid, sérieux et souhaitant avant tout tester son disciple –, Shaka de la Vierge – un narcissique convaincu d’être le chevalier le plus proche de Dieu, qui se bat les yeux fermés et peut détruire le monde s'il daigne les ouvrir – ou même le très, très méchant DeathMask du Cancer – qui tue des innocents, prend leur visage et le colle sur les murs de sa maison, sans pression –, les chevaliers d’or sont des personnages hauts en couleur auquel on voue immédiatement un attachement certain. Que celui-ci soit de notre signe zodiacal ou non…

 

 

C’est après que le manga déçoit : l’arc suivant est l’arc Poséidon et se révèle assez faible, ne serait-ce que par son manque criant d’originalité. Dans ce passage, Athéna est kidnappée par le dieu Poséidon qui l’enferme dans un pilier s’inondant au fur et à mesure, menaçant de la noyer. À nouveau les chevaliers de bronze se retrouvent avec un temps limité pour la sauver et doivent combattre les chevaliers de Poséidon pour détruire les piliers qu’ils protègent, chaque pilier symbolisant un des océans. Mais rien ne fonctionne vraiment : les chevaliers de Poséidon sont des antagonistes sans saveur, et le fait que Kurumada refasse un Sanctuaire à l’identique se voit tellement qu’on crierait presque à l’autoplagiat. Quelques bonnes idées, mais rien ne va.

 

Alors arrive le dernier arc. Une fois encore, un dieu menace Athéna, et, cette fois-ci, c'est Hadès, le dieu de la Mort. Il décide de redonner vie aux chevaliers d’or décédés durant la bataille du Sanctuaire et d’en faire ses soldats. Ceux-ci ont pour ordre d’attaquer le Sanctuaire et, évidemment, de tuer Athéna. Après un arc Poséidon décevant, Hadès part sur de bonnes bases : le début de l’arc met les chevaliers d’or en avant, avec des combats fratricides entre vivants et ressuscités, tandis que les chevaliers de bronze ne font ni plus ni moins que de la figuration. Mais cela ne dure pas, la seconde partie de l’arc voyant Seiya et ses camarades descendre aux Enfers, histoire de mettre une rouste à Hadès en affrontant, au passage, ses 108 chevaliers. La fin est plutôt confuse, mais, dans l’ensemble, c’est un arc pas trop mal ficelé.

 

 

Toy Story

Le manga remporte un succès tout à fait correct au sein du Shônen Jump. Mais c’est un point important qui va déterminer son adaptation animée : les armures. En effet, Masami Kurumada passe beaucoup de temps à travailler la manière dont les personnages enfilent leur armure de chevalier, et chaque tome se termine par un schéma expliquant comment celles-ci sont composées. Alors quand la société Bandai tombe là-dessus, une seule chose leur vient en tête : « Mon Dieu, mais on va pouvoir vendre des figurines avec ça ! » Une pensée très pragmatique, mais qui leur donnera raison.

 

 

Une pensée pour tous les portefeuilles vidés par ces maudites Myth Cloth.

 

Alors, la société Bandai achète la licence au Shônen Jump et s’octroie les services de la Toei pour réaliser une adaptation animée du manga. Les armures sont redessinées pour l'occasion afin de pouvoir être portées par des figurines (certaines armures du manga étant irréalistes) et, évidemment, de nouveaux personnages sont créés, histoire d’augmenter le nombre de figurines à vendre. C’est le cas, par exemple, des fameux chevaliers d’acier qui viendront squatter l’animé pendant une poignée d’épisodes.

 

Mais cet animé n’a pas pour seule ambition la vente de figurines, bien au contraire. La Toei est un studio soigneux et sérieux, qui ne bâcle pas cette adaptation. L’aspect technique est ainsi extrêmement travaillé : aujourd’hui encore, regarder Saint Seiya est un véritable plaisir, car il s’agit d’un animé qui, dans l’ensemble, a visuellement très bien vieilli. C’est fluide, c’est bien animé. Certes, ce n’est pas parfait, bien évidemment, mais on sent la sueur des animateurs derrière chaque frame de l’œuvre. C’est un travail dans l’ensemble admirable.

 

Travail admirable, c’est également ce dont on peut qualifier l’excellent arc filler d’Asgard. Car, évidemment, l’animé avait alors rattrapé la publication du manga et il fallait rapidement créer un arc « inédit » à la série – procédé assez classique, mais qui, aujourd’hui, est rarement bien vu. Demandez aux fans de Naruto ou de Bleach ce qu’ils pensent des arcs inédits à l’animé, et, au mieux, vous les verrez faire une grimace – au pire, ils partiront pleurer en position fœtale dans un coin sombre de la salle. Pour Saint Seiya, l’équipe de la Toei s'est appliquée à offrir un arc fidèle à l’univers, et ça fonctionne ! Asgard voit donc les chevaliers de bronze partir en Scandinavie affronter des personnages inspirés de la mythologie nordique, et rien n’est raté : les personnages originaux sont forts et attachants, les combats intenses… on retrouve les mêmes sentiments que lors de l’arc du Sanctuaire, comme si Toei voulait apprendre à Kurumada comment bien refaire cet arc.

 

 

Et, évidemment, difficile de ne pas mentionner la musique. Que ce soit les génériques mythiques – qui ne chante pas Pegasus Fantasy en karaoké ? – ou l’OST composée par Seiji Yokoyama, qui offre nombre de titres magnifiques contribuant à l’aspect épique de l’aventure.

 

Hélas cependant, la série a été annulée sans que l’arc d’Hadès ne soit immédiatement adapté. Cette série originale se termine donc avec Poséidon…

 

 

L’aventure continue

Bien évidemment, Saint Seiya en animé ne s’arrête pas à la série originale. Il y a tout d’abord quatre films sortis en parallèle de la série. Chacun de ces films raconte une histoire originale et considérée comme non canonique… et peu valent d’ailleurs réellement le coup. Néanmoins, le second film peut être considéré comme un « pilote » de l’arc Asgard, puisqu’il possède des thématiques similaires et que c’est son succès qui a convaincu la Toei de créer l’arc aujourd’hui connu de tous.

 

Au début des années 2000, la série bénéficie d'un regain d’intérêt et, après une longue attente, l’arc Hadès est enfin adapté en une série d’OAV. C’est à nouveau la Toei qui s’en occupe et inutile de dire que c'est… irrégulier. Les treize premiers OAV, sortis entre 2002 et 2003, adaptent donc la partie « Sanctuaire » de l’arc et on peut raisonnablement affirmer qu’il s’agit ni plus ni moins d’une tuerie : techniquement impeccable et d’une fidélité indiscutable, ces OAV rendent hommage avec superbe à la série et à son univers, tout en offrant au spectateur des scènes cultes et mémorables – comme ce combat entre Shaka et les trois chevaliers rénégats. Un vrai régal !

 

 

Hélas ! la joie est de courte durée et deux ans s’écoulent entre ces OAV et la suite, avec beaucoup de « dramas ». Le réalisateur change, la voix de Seiya également, l’écrivain aussi saute pour être remplacé par un autre… Bref, l’ambiance devait être tendue dans les relations entre Masami Kurumada et le studio Toei et ça se voit : tout est beaucoup plus médiocre. Techniquement loin d’être aussi peaufinée, cette suite adapte en faisant le strict minimum, sans génie ni talent. Le combat final contre Hadès manque d’envergure et d’inspiration, clôturant la série sur une sorte de coup de mou assez indigne.

 

C’est d’autant plus dommage, car ces OAV n’ont pas été la seule victime : en 2004 sortait un film, Tenkai-hen, produit lui aussi par la Toei et se réclamant comme une suite directe au manga. Seiya se retrouvait ainsi dans un fauteuil roulant, affaibli, et voyait Athéna se faire (encore) kidnapper. Un film intéressant qui se terminait sur un cliffhanger… dont on ne connaîtra jamais la résolution, le second film ayant été annulé aussi sec.

 

 

Autre animé prenant place dans l’univers de Kurumada, Saint Seiya, the Lost Canvas adapte le manga du même nom dans une série de vingt-six OAV de facture correcte. Ici, on se retrouve 300 ans en arrière par rapport à la guerre entre Hadès et les chevaliers d’or du XVIIIe siècle. Les personnages sont attachants même si, malheureusement, ils possèdent quasiment le même physique que leurs versions « contemporaines ». L’histoire cependant demeure solide, les combats bien menés, et on admire la manière avec laquelle l’univers Saint Seiya parvient à se renouveler et à se réinventer. On en reparlera peut-être plus longuement un prochain jeudi.

 

 

Plus polémique est Saint Seiya Omega, nouvelle série télévisée débutée en avril 2012 et se voulant une suite inspirée du manga – et, à ce titre, non canonique. On est projeté vingt-cinq ans après les événements de la guerre contre Hadès, le dieu Mars fait son apparition et cherche à kidnapper la nouvelle réincarnation d’Athéna – décidément ! – pour asseoir son autorité sur le Sanctuaire. Face à lui, cinq nouveaux chevaliers de bronze, dont le nouveau chevalier Pégase.

 

Inutile de dire que la série a fait effroi chez les fans : les armures devenues des cristaux ? Des femmes-chevaliers non masquées ? Un chevalier ninja ? Pourtant, il serait dommage de s’arrêter à ces détails, car Omega constitue une modernisation efficace de l’univers Saint Seiya, en plus de posséder nombre de qualités propres qui méritent une certaine curiosité…

 

 

Un cosmos qui jamais ne s'éteint

 

 

L'univers Saint Seiya, même presque trente ans après sa création, continue d'attirer les foules et d'inspirer les auteurs ainsi que les éditeurs. Cet article ne couvre pas les mangas spin-off ni le futur film en 3D, mais inutile de dire qu'ils sont nombreux ; et il suffit de se balader dans la zone fanzine de Japan Expo pour voir que les artistes en herbe sont toujours très attirés par cet univers. Encore récemment, une des plus grandes sensations de l'Internet francophone était Les Chevaliers du Zodiaque, la série abrégée, qui revient sur l'arc du Sanctuaire avec beaucoup d'humour et de références. Et, pour l'anecdote, le groupe de mangaka CLAMP faisait beaucoup, dans leur jeunesse, de doujins Saint Seiya tendrement yaoi. Bref, en voilà une franchise qui possède un certain impact !

 

Alors aujourd'hui, vaut-il le coup de revoir les 114 épisodes de la série animée ? Eh bien, sans surprise, oui ! L'animé partage les mêmes défauts que sa source, avec une qualité d'écriture irrégulière d'un arc à l'autre, mais, dans l'ensemble, ne serait-ce que pour le duo Sanctuaire-Asgard, la série mérite qu'on se penche dessus et est, évidemment, à conseiller à tout fan de shônen. Certes, pour quelqu'un qui a grandi avec Bleach ou Naruto, Saint Seiya peut sembler peu original, mais c'est bien parce qu'il a fondé, avec les autres grands shônen de l'époque, des codes encore aujourd'hui utilisés. 

 

Sans compter que la série se permet, de manière insolente et allègrement, de supplanter l'ouvrage qu'elle adapte. Difficile de conseiller réellement la lecture du manga : l'œuvre à voir, c'est bel et bien son adaptation animée ! Et c'est suffisamment rare pour être signalé.

 

 

Quand il n’écrit pas des pavés, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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