CHRONIQUE DU JEUDI : My-Hime

Mai-Hime – Chronique du jeudi #8

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

Le studio Sunrise est un de ces studios à l’histoire immense. Fondé en 1972, la liste des animés produits peut faire tourner la tête : comptons, entre autres, la totalité des Gundam, City Hunter, Patlabor, Escaflowne, Cowboy Bebop ou bien encore Code Geass. Et ces grands noms ne sont, évidemment, qu’une infime partie de la totalité de la production du studio qui n’a jamais baissé de vitesse depuis maintenant près de quarante ans.

 

Mais au sein même de ce studio une figure mystérieuse erre, qui signe de son nom les plus grandes œuvres du studio…

 

Pour certains il s’agirait d’un fantôme qui erre dans le bâtiment, laissant chaque nuit des scripts et des storyboards…
Pour d’autres, il s’agirait d’une loge franc-maçonne infiltrée au sein du studio, influençant dans l’ombre l’écriture des animés en cours de production…
Certains diraient même qu’il s’agit d’un homme qui veut rester anonyme à tout prix, peut-être pour cacher le fait qu’il est un prisonnier enfermé à vie…

 

Tout ce que nous savons c’est un nom : Hajime Yatate. Mais ce nom n’est pas celui d’un homme travaillant chez Sunrise. Alors qui est-il ?…

 

Bon, fi de sensationnalisme. Hajime Yatate est donc un nom qui revient très souvent au sein des productions Sunrise. On le retrouve aussi bien au générique du Mobile Suit Gundam de 1979 que dans celui de Buddy Complex, la dernière série en date du studio fraîchement sortie en janvier 2014. Mais ce « Hajime Yatate » n’est pas un être humain — il s’agit d’un nom utilisé pour signer collectivement un ouvrage. Devenu une sorte de tradition pour signer les histoires originales créées par le studio, nous allons aujourd’hui parler d’un de ses ouvrages : My-Hime.


De gauche à droite: Mai, Mikoto, Natsuki, Shiho, Akane (en haut), Nao (en bas), Yukino, Shizuru.

 


Jeux d’enfants

Débuté en octobre 2004, My-Hime raconte l’histoire d’une jeune fille nommée Mai qui rejoint une nouvelle école nommée l’académie Fuuka. Accompagnée de son frère malade, elle embarque dans le ferry l'amenant au campus quand soudainement celui-ci est attaqué par un monstre. Elle se découvrira alors d’étranges pouvoirs et remarquera qu’elle n’est pas la seule élève de l’académie à en avoir. Car l’académie Fuuka cache de nombreux secrets et le transfert impromptu de Mai n’est pas un pur hasard.

 

La série, de vingt-six épisodes, est donc divisée en deux parties : la première partie est celle où Mai, accompagnée d’une dizaine d’autres personnages féminins, découvre ses pouvoirs et combat d’étranges monstres nommés les « Orphans ». Les bases de l’univers sont posés : les filles possédant des pouvoirs sont nommées les « Hime » et peuvent invoquer des monstres à leur coté nommés les « Child ». Ceux-ci possèdent différentes compétences — celui de Mai, par exemple, est lié au feu tandis que le Child du personnage de Natsuki est un chien avec deux canons sur le dos. Sachant que ce pouvoir amène une conséquence : en cas de décès d’un Child c’est un de vos proches qui meurt à sa place…

 

Les treize premiers épisodes de My-Hime servent donc à poser ces bases, dans une ambiance assez fluctuante : un épisode dédié à des Orphans gras voleurs de petite culotte (!!?) peut donc précéder un épisode assez sérieux et riche en émotions. Mais les personnages sont introduits et l’univers commence à se creuser, avant d’arriver à son apothéose, c'est-à-dire le début de la seconde moitié de la série. Sans trop spoiler, les Hime vont devoir se combattre entre elles, et c’est à ce moment-là que cette longue première partie commence à payer. Une gigantesque battle royale se met en place et, inutile de le dire, il va y avoir des morts.

 

 

Donc méfiez-vous car My-Hime est un de ces animés dont le début ne permet pas de deviner à quoi ressemblera la suite — le ton met ainsi beaucoup de temps avant de se fixer une bonne fois pour toutes, la faute à des premiers épisodes qui alternent d’une humeur à l’autre sans vraiment savoir où aller. Mais une fois passé ce moment, My-Hime fonctionne extrêmement bien.

 

Oh le vilain Orphan pas beau !


Girls on film

Le premier atout est ainsi une très bonne galerie de personnages. À commencer par un trio d’héroïnes très équilibré : nous avons donc l’héroïne, Mai, qui est certes un archétype très classique (l’héroïne pleine d’énergie au grand cœur) mais qui ne sombre pas dans les clichés et parvient à trouver sa propre personnalité assez rapidement. Elle est accompagnée de Mikoto, une fille au tempérament un peu bestial qui manie une épée gigantesque et ne semble penser qu’a manger. Assez peu parlante, il s’agit d’un personnage qui parvient malgré tout à être à la fois assez adorable et, en même temps, assez cool quand la situation l’exige. Enfin nous avons Natsuki, qui est une rebelle dans la plus pure tradition du genre, avec sa moto, son indépendance et son respect tout relatif des règles.

Si ces trois personnages principaux fonctionnent bien ensemble, ils sont loin d’être les seuls et il y’a une ribambelle de personnages secondaires pour les soutenir. Certains sont amusants, comme Haruka la présidente du comité de discipline, d’autres mystérieux comme Mashiro la proviseure handicapée, tandis que certains sont juste badass comme Nao ou Shizuru. Évidemment, ce casting large prendra toute son importance durant la Battle Royale et chaque disparition de personnage est un petit déchirement.

 

On admirera d’ailleurs ce casting très féminin qui, en 2004, faisait figure de nouveauté. Le réalisateur de la série, Masakazu Obara, a d’ailleurs admis que la série avait été écrite avec pour but celui de renverser les archétypes de genre. Ainsi les femmes remplissent ici le rôle habituel des hommes, et vice-versa. Et c’est vrai que c’est une initiative à saluer, qui fonctionne ici extrêmement bien.

 

La relation assez mystérieuse entre Shizuru et Natsuki qui encore aujourd'hui fait vrombir les forums de débats passionnés.

 

Techniquement solide, il est important de noter que l’animé possède une OST composée par Kajiura Yuki (Noir, Garden of Sinners, Madoka Magica) qui propose ici une de ses meilleures soundtracks. Si vous deviez écouter certains titres en particulier, jetez un tympan à des titres comme Mezame, Ensei ou It’s only the fairy tale.

 

Mais gros bémol de la série : sa fin. Pour être plus précis, même, les dix dernières minutes. On pourrait vous la spoiler pour vous dire à quel point c’est mal écrit, mal amené et ça sabote l’impact émotionnel de la quasi-totalité de la série mais nous préférons vous laisser la découvrir. Si après l’avoir vu vous avez besoin de soutien et de quelqu’un pour vous écouter, laissez un commentaire.  

 

 

De la royauté à l’adolescence

Dès sa création My-Hime était conçu comme un ouvrage 100 % transmédia : en même temps que l’animé sortait ainsi un jeu vidéo et un manga, tous deux prenant le même univers mais ne le racontant pas de la même façon. S'il sera très difficile pour l’auteur de cet article de parler du jeu vidéo, le manga mérite quand même une certaine attention car il se révèle extrêmement différent de l’animé. Il est plus sombre mais aussi plus riche en fanservice. La plupart des personnages possèdent un caractère similaire à l’animé mais peuvent changer de fonction. D’ailleurs le héros change puisque Mai passe au second plan au profit de Tate, un des rares personnages masculins de la série.


On perd beaucoup d’attraits de la série : fini ce casting composé de personnages féminins forts et indépendants ! À la place on a du fanservice à gogo, un scénario qui part dans des délires riches en drogue, des retournements de situations dignes de Code Geass R2 et beaucoup plus de combats (qui n’ont pas toujours beaucoup de sens.) En l’état ce n’est objectivement pas très bon mais ça ne dure que cinq volumes et on est pas très loin d’un bon gros nanar, pour le meilleur comme pour le pire.

 

Nous pourrions également dédier une grande place de cet article à Mai Otome, la « seconde saison » de la série, qui reprend la quasi-intégralité du casting pour le placer dans un univers différente. Mais nous y dédierons une prochaine chronique du jeudi. Pour deux raisons : la première est que Mai Otome ne nécessite pas d’avoir vu My-Hime et se suffit amplement à elle-même, la seconde est que les deux séries sont très différentes dans leurs ambiances et leurs propos. Pour résumer le scénario, tout se déroule dans un univers alternatif ou les pays se font la guerre non plus en utilisant des armées mais des Otome, des jeunes filles qui représentent leur pays et se battent en duel les unes contre les autres. On suit donc Arika, une toute fraîche apprentie Otome et ses aventures dans l'académie de Garderobe...

 
En l’état, signalons juste que c’est une bonne série qui, comme My Hime, se divise en deux parties, les treize premiers épisodes étant assez légers et irréguliers, les treize autres étant plus sombres. Mais là aussi, Kajiura Yuki signe une OST du feu de dieu avec des titres remarquables comme Materialise.

 

 

Alors, en attendant de vous présenter Mai-Otome un de ces prochains mois, donnez déjà sa chance à My-Hime. Pour résumer c’est une série très divertissante, qui a pas trop mal vieilli et qui possède une des meilleures battle royale de l’animation japonaise. Tout n’est pas parfait (à commencer, encore une fois, par son début en dent de scie) mais c’est une série qui continue, presque dix ans après sa sortie, à attirer de l’affection. Et c’est mérité ! 

 

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Quand il n’écrit pas des pavés, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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