CHRONIQUE DU JEUDI : K-On!

K-On! - Chronique du jeudi #9

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Adapter un yonkoma est un art difficile : nous en parlions déjà dans la chronique sur Azumanga Daioh il y a deux mois. Ces bandes dessinées comiques en quatre cases sont ainsi une horreur à adapter, car nécessitant un rythme bien spécifique, beaucoup d’inventivité pour combler les trous et pouvoir faire les transitions entre les gags de manière naturelle. Alors quand en avril 2009 arrive une nouvelle adaptation de yonkoma nommée K-On!, l’attention n’est pas au plus haut, car les précédents essais – Azumanga Daioh et Lucky Star – avaient réussi à diviser les opinions…

 

Cinq ans plus tard, K-On! est une des plus grosses mines d’or de l’histoire de l’animation japonaise. Comment cela s’est-il fait ?

 

Qu’ils mangent du gâteau


Hirasawa Yui est votre héroïne tête en l’air classique : pleine de gentillesse, mais pas forcément très maligne et dépourvue de la capacité de rester concentrée sur quelque chose plus de trois secondes. Fraîchement entrée au lycée, elle cherche alors un club à rejoindre et fait son choix sur le club de musique légère. Là-bas, elle fait la rencontre de la très sérieuse Mio, de l’énergique Ritsu et de la bourgeoise Tsumugi. Et elle va donc y apprendre à jouer de la guitare, à chanter et à écrire des chansons.

Mais elle va surtout y boire du thé et y manger des gâteaux.

Beaucoup.


 

Car ne pensez pas regarder K-On! en espérant un animé musical, vous risqueriez d’être déçu : la série se classe fièrement dans le genre des « tranches de vie » et vous proposera simplement d’observer le quotidien de personnages féminins hauts en couleur. Des personnages mignons qui font des choses mignonnes avec toujours beaucoup de légèreté et un peu d’humour. Pas de scénario, pas de rebondissements, pas de tragédie : ici l’anime n’essaiera pas de vous choquer ou de vous faire réfléchir, il vous proposera juste de vous divertir et de vous réchauffer le cœur.


On ne refera pas en un paragraphe tout le débat sur l’intérêt d’un tel genre puisque ça reste fondamentalement une question de goûts – certains adoreront, d’autres resteront froids, le débat peut ainsi continuer indéfiniment. Cet article ne se mouille pas trop, mais si vous voulez, vous pouvez lancer le débat dans les commentaires et voir à quel point les réactions peuvent être bipolaires.

 

Wake Up Girls


Tome 1 disponible chez Kazé MangaComme nous le disions, K-On! est à la base un manga de kakifly, qui prend la forme d’un yonkoma. La lecture de ce manga est, disons-le dès maintenant, relativement dispensable, car il n’est guère intéressant. Les personnages n’y évoluent pas, les gags sont assez répétitifs et le style graphique est assez médiocre. Pour une fois l’animé a beau être une adaptation, il améliore tout de même considérablement le support original.

 

K-On! est donc divisé en trois parties, à commencer par sa première saison. Débutée en avril 2009 pour un total de treize épisodes, on y découvre d’emblée le sérieux du studio Kyoto Animation qui offre un travail appliqué sur l’aspect visuel et technique. Mais à part ça des soucis de rythme se font déjà très vite remarquer et la série peine à se distinguer clairement du support original. Nombre de gags ne font ainsi pas mouche et, tristement, les héroïnes font deux années scolaires en treize épisodes… mais n’évoluent pas une seule seconde. Ce qui est d’autant plus fâcheux que l’intérêt principal d’un anime « tranche de vie » vient de ses personnages et que si ceux-ci sont les mêmes du premier au treizième épisode, la lassitude guette.

 

Pour caricaturer, cette première saison est médiocre quand elle adapte le manga… mais se révèle excellente quand elle improvise un peu. Quelques scènes, ici ou là, laissent le studio aux commandes. Celui-ci peut ainsi écrire des scènes sans se baser forcément sur les quelques maigres gags du manga. Et quand cela arrive, ça fonctionne parfaitement – les meilleures scènes de cette première saison sont celles qui s’éloignent du support original. Deux ou trois épisodes sont même intégralement composés de scènes inédites et c’est, de loin, les meilleurs épisodes. On pense ainsi particulièrement à l’épisode bonus qui possède un rythme impeccable et qui, enfin, voit la série se recentrer sur la musique tandis que les personnages connaissent, enfin, un début d’évolution et de développement.

 

 

Enfin, dans tous les cas, difficile de parler de la première saison sans parler de Don’t say lazy, l’extraordinaire générique de fin. Visuel travaillé, musique mémorable, tous les éléments sont là pour permettre un ending culte. Cela dit, généralement quand K-On! sort des chansons elles sont réussies : cette première saison introduit deux ou trois scènes de concerts très sympathiques avec des chansons agréables comme Fuwa Fuwa Time. Néanmoins, on peut être légitimement un peu déçu puisqu’aucune scène de concert ne parviendra à être aussi cultissime que celle de La Mélancolie de Suzumiya Haruhi, autre série du même studio, dont la musique n’est pas censée être le thème principal !

 

Deux points c’est tout


Il faut ensuite attendre avril 2010 pour la suite, K-On!!. Il faut dire que la première saison a été un carton commercial ahurissant et qu’il aurait été fou de ne pas exploiter ce succès. Sauf qu’il y’a un souci : le manga n’est évidemment pas assez avancé pour permettre cette seconde saison. Seconde saison qui a d’ailleurs l’ambition de vouloir proposer vingt-six épisodes au lieu des treize dans la saison précédente. Alors c’est le studio Kyoto Animation qui s’y colle et qui se retrouve responsable de l’écriture de la quasi-totalité de la saison, se contentant simplement de piquer ici ou là quelques éléments du manga.


Constat ? C’est excellent.


Déjà cette seconde saison passe au niveau supérieur d’un point de vue technique : l’animation est encore plus fluide qu’avant, tout bouge beaucoup plus, c’est un émerveillement pour les yeux et on sent à deux ou trois reprises que les gens de chez Kyoto Animation ont même voulu faire les poseurs avec des plans inutilement trop travaillés. Ce qu’on accepte volontiers, ne nous mentons pas.


Autre qualité de la série : sa capacité à faire prendre à ses personnages des trognes assez hilarantes.


Mais c’est surtout au niveau de l’écriture que tout change pour le meilleur : la première saison adaptait deux années scolaires en treize épisodes, ici on n’a qu’une seule année scolaire pour le double d’épisodes. Donc la saison évolue plus lentement et, surtout, force Kyoto Animation à trouver des occupations variées pour nos héroïnes. La première saison proposait deux épisodes à la plage parce que les filles faisaient la même chose d’une année sur l’autre, ici ce n’est pas le cas.  Chaque épisode est ainsi extrêmement différent du précédent et, miracle, les personnages connaissent enfin du développement, de la caractérisation voire même, damn, de l’évolution. Fini les mêmes gags répétitifs qui minaient la première saison, ici les personnages gagnent de plus en plus de traits qui permettent aux gags de se diversifier.

 

Et le pire ? C’est que la fin gagne en émotion. Les deux/trois derniers épisodes sont ainsi dédiés à la fin du lycée pour les héroïnes et le studio parvient le miracle de nous faire ressentir une certaine mélancolie auquel on ne s’attendait franchement pas. Rien de déprimant, le tout reste léger, mais les émotions sont impeccablement transmises, car en vingt épisodes, le studio a réussi à nous investir un chouia dans cet univers pourtant très basique.

 

D’un point de vue musical, les génériques sont à nouveau extrêmement réussis. On retiendra particulièrement le second ending, No Thank You!!, et les chansons continuent d’être très agréables – U&I et Tenshi ni Fureta yo! en tête. Seule petite déception pour les musiques de fond, assez peu inspirées. 

 

Cette seconde saison est suivie fin 2011 de la sortie d’un film, qui voit les héroïnes partir une semaine à Londres avant de quitter le lycée une bonne fois pour toutes. Un bonus plus qu’appréciable pour les fans, avec plus de trois quarts d’heure de visite dans un Londres fidèle à la réalité, avec un souci admirable du détail. Peu de choses à ajouter, c’est dans la continuité de la seconde saison.


 

Top of the Pops


K-On! est devenu une gigantesque mine d’or. Les ventes de la série ont explosé, les goodies se vendent comme des petits pains, on ne compte plus tout ce que la licence propose. Au moment de la sortie du film, on pouvait croiser des tramways décorés aux couleurs de la série sans que ça ne paraisse pas à sa place. En quelque sorte, on pourrait dire que K-On! est le blockbuster du fameux style moe.

 

Il est du coup facile de comprendre pourquoi la série fait grincer des dents, facile de comprendre pourquoi nombre de personnes ne comprennent pas en quoi K-On! mériterait un tel succès. Il y en a beaucoup que la série-même exaspère et là aussi ce n’est pas dur à comprendre, car il y a un ton très naïf, des personnages assez hyperactifs et une absence totale d’enjeux réels. C’est une phrase très clichée, mais, oui, K-On! n’est clairement pas un animé qui laisse indifférent : il ennuie, agace, exaspère, émerveille, détend ou enthousiasme, souvent de manière très extrême.

 

Il n’y a d’ailleurs aucune honte, à l’inverse, à aimer voire à adorer. Il est difficile de retrouver autre part ce que l’on retrouve dans K-On! car c’est, dans son genre, le haut du panier voire la référence. Le modèle a beaucoup été copié ces cinq dernières années, mais aucun animé n’est parvenu ne serait-ce qu’à la cheville de ce qu’a produit ici Kyoto Animation, parce que beaucoup de studios se sont dit que faire des filles mignonnes qui font des trucs mignons suffirait. Surprise : non.

 

 

K-On! c’est comme le Coca-Cola, finalement. Nombre de personnes essaient de retrouver le succès de la recette d’origine, mais personne n’arrive à faire aussi bien parce que personne n’a encore réussi à trouver le fameux ingrédient secret qui le fait se distinguer des autres. Surtout, comme le Coca-Cola, K-On! est terriblement sucré et addictif. Je vous laisse le soin de continuer la métaphore comme vous l’entendez.


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Quand il n’écrit pas des pavés, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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