CHRONIQUE DU JEUDI : Psycho-Pass

Psycho-Pass - Chronique du jeudi #10

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Bienvenue dans le Tokyo de 2112. Depuis maintenant quelques décennies, le Japon a fermé toutes ses frontières et s'est complètement isolé du jeu politique mondial. Désormais, la quasi-totalité du pays est gérée par une Intelligence Artificielle nommée Sibyl qui offre à chaque Japonais, dès sa naissance, un destin quasi tracé et lui offre à la sortie du lycée un travail à vie qui correspond le mieux à ses capacités. Et dans le même temps, logements et loisirs lui sont offerts à volonté. Bref, jamais celui-ci ne doit s'inquiéter ni trop prendre de décisions car le pays s'en occupe pour lui.

 

Mais pour mériter de voir sa vie et ses soucis disparaître, le Japonais moyen doit abandonner tous ses sentiments négatifs et accepter d'être contrôlé en permanence par des caméras et des scanners. Ces sentiments négatifs — stress, dépression, colère, révolte — sont quantifiés en chiffres, ceux-ci composant le « Psycho-Pass » de tout Japonais. Et gare à ceux dont le Psycho-Pass atteint un seul critique : des « thérapies » (dont on revient rarement) les attendent...

 

C'est dans cet univers qu'on suit les aventures d'une brigade de la police tokyoïte chargée d'appréhender les rares criminels en liberté et d'agir en cas de crise. Mais pour éviter que les policiers honnêtes qui composent cette brigade ne soient trop stressés ou traumatisés par ce qu'ils vont voir, la majorité de celle-ci est composée de personnages nommés les « exécuteurs », aux Psycho-Pass largement considérés comme dans le rouge...

 

Le premier épisode nous introduit à Tsunemori Akane, une jeune recrue de la police japonaise qui a choisi de servir dans cette brigade malgré des résultats partout exceptionnels lors de cette scolarité. Elle va très vite découvrir l'envers de cette société japonaise idyllique, s'opposer à des esprits manipulateurs qui parviennent à contourner le système à leur avantage et voir des choses qu'elle n'aurait pas dû voir...

 

De gauche à droite: Shinya Kogami, Tsunemori Akane, Ginoza Nobuchika, Kagari Shuusei, Kinuzika Yayoi, Karanomori Shion, Masaoka Tomomi

 

The Temple of Syrinx

La science-fiction est une composante essentielle et historique de l'animation japonaise depuis ses débuts. Après tout, le média s'est à peu près fondé autour de l'Astroboy de Tezuka et son enfant-robot confronté à une société pourrie par une humanité corrompue. Depuis, le genre a trouvé différentes façons de s'exprimer, que ce soit avec des catégories aussi variées que la guerre (une grande partie des Gundam), la tranche de vie (Aria), l'action (Cowboy Bebop), l'artistique (Texhnolyze), l'humoristique (Space Dandy), le psychologique (Evangelion) ou bien le supernaturel (Akira). Mais rares sont les animés proposant une véritable dystopie dans le pur sillage de classiques comme 1984, Le Meilleur des Mondes ou Fahrenheit 451. Et encore plus rares sont ceux qui en font clairement leur sujet.

 

Car c'est de loin la plus grande réussite de Psycho-Pass qui parvient, durant 22 épisodes, à poser un univers extrêmement travaillé, très bien codifié, plutôt original dans son fonctionnement et au final assez effrayant car plutôt insidieux. Il fonctionne d'autant plus admirablement que contrairement à d'autres univers dystopiques, ici, ses bons aussi bien que ses mauvais côtés sont montrés, nous laissant dans une posture prompte à la réflexion : pourrions-nous vivre dans cet univers ? 

 

Mais l'univers n'est pas la seule qualité de cette série. C'est une série très prompte au marathonage car son rythme et son écriture s'y adaptent bien — de nombreux rebondissements parsèment l'aventure d'Akane et de ses camarades de brigade. Le début de la série passe ainsi son temps à alterner d'une enquête à l'autre, nous permettant de nous initier à l'univers et à ses problématiques ainsi que de poser les différents personnages de la brigade, à commencer par Shinya Kogami, un « exécuteur » qui, avant de partir en thérapie, était un policier doué et promis à un grand avenir. Il passera l'ensemble de la série à la recherche du meurtrier de son ancien coéquipier. Une quête pour la vengeance qui le rendra difficile à contrôler et capable d'un individualisme peu accepté dans cette nouvelle société.

 

 

L'héroïne, Tsunemori Akane, est également une des grandes forces de la série. Avec sa tête de tatou dépressif à qui on l'a envie d'offrir câlins et cookies, elle se montrera plutôt naïve au début mais évoluera très vite tout en gardant un idéalisme qui restera indestructible malgré tout ce qu'elle se prendra dans la face, et croyez-nous quand nous vous disons qu'elle va voir des choses capables de détruire psychologiquement n'importe qui. Doublée par une Kana Hanazawa qui offre ici un de ces meilleurs rôles (parmi les très très nombreux inscrits à son CV), le personnage est d'autant plus génial qu'il sert un peu de bouée de sauvetage pour le spectateur en quête de sanité.

 

Enfin, dernier personnage immanquable de la série : l'antagoniste principal, Shogo Makishima. Un manipulateur hors pair, capable de garder son sang-froid en toutes circonstances. Difficile d'en dire plus sans vous spoiler des éléments importants de l'intrigue mais il est un des vilains les plus remarquables de l'histoire récente de l'animation japonaise, possédant une personnalité forte et, mine de rien, très ambiguë...

 

 

Urobutcher strikes again

À l'écriture de la série on retrouve Gen Urobuchi. Cet auteur, dévoilé grâce à l'extraordinaire — mais très violent — visual novel Saya no Uta et invité de la dernière édition en date de la convention Epitanime a su se faire remarquer grâce à un style sombre, souvent dérangeant, riche en dialogues et se plaisant à surprendre le lecteur... en cherchant à le rendre en colère. Rares sont les personnages des ouvrages de Gen Urobutchi à connaître des happy ends ! Puella Magi Madoka Magica ? C'était lui ! Fate/Zero ? Idem ! Vous savez maintenant qui maudire.

 

Ici, on est dans un univers qui colle parfaitement au style de l'auteur, lequel se fait plaisir de bout en bout — et cela se ressent. Dommage qu'en contrepartie l'anime pèche énormément du coté technique : des soucis de délais ont plombé toute la réalisation de la série télévisée et certains épisodes de la version télévisée se sont fait remarquer pour être des horreurs techniques. L'épisode 18 — avec ses faux raccords, ses personnages mal proportionnés et son absence totale d'animation — aura même valu des excuses publiques de la part du réalisateur, Naoyoshi Shiotani, qui est, il est vrai, assez peu expérimenté. On ne regarde pas vraiment Psycho-Pass pour le plaisir des yeux même si quelques beaux plans parsèment la série ici et là. Regrettable, même si les versions Blu-ray des épisodes ont un peu amélioré les choses... 

 

Dommage car le chara design de la série, qu'on doit à Akira Amano, la mangaka de feu Reborn, est très bien fait. 

 

Voici un screenshot de la version télé du fameux épisode 18. Le but du jeu est d'essayer de retrouver le personnage bien dessiné.

 

Enfin qu'importe. En attendant la sortie de la saison 2 qui débutera en octobre 2014, il est très conseillé de regarder Psycho-Pass. Un ouvrage intelligent, très bien écrit, aux personnages riches et proposant un univers extrêmement attirant. Recommandé aussi bien aux otakus les plus hardcores qu'à un public peu initié, voilà un animé qui mériterait une meilleure reconnaissance de la part des fans de SF partout autour du monde !

 

Attention néanmoins : quelques scènes sont assez violentes, à ne pas faire regarder à votre petit neveu de huit ans, donc !

 

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Quand il n’écrit pas des pavés, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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