CHRONIQUE DU JEUDI : Gunbuster

Top wo Nerae! - La chronique du jeudi #13

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

Difficile de nier la passion de l’animation japonaise envers les gros robots, et ce depuis la nuit des temps. La vision du genre a ainsi particulièrement évolué au fur et à mesure des époques et des tendances. On trouve aussi bien du divertissement fun et brutal à la Mazinger, une analyse poussée du concept même de guerre dans Mobile Suit Gundam, de la comédie romantique et musicale avec Macross, de la psychologie sans pitié avec Evangelion, de l’action ultra frénétique et aux innombrables rebondissements dans Code Geass, du shôjo d’action à la Escaflowne ou bien encore un hommage en profondeur aux codes du genre avec Gurren Lagann. Il n’y a finalement pas vraiment de genre « mécha » clairement défini et refuser de regarder un animé uniquement parce qu’il contient des robots est dommageable, car celui-ci, depuis toujours, s’adapte à toutes les sauces.

 

 

Prenons ainsi le cas de notre animé de la semaine, Gunbuster. Nous sommes à la fin des années 80 et voici une équipe de jeunes talents ambitieux qui décident de faire six OVA. Ils aiment les robots alors, paf, ce sera une histoire avec des robots. Mais si à côté de ça on mélangeait les genres ? Si l’on s’inspirait des animés de sport ? Et si l’on rajoutait de la science-fiction et des enjeux spatio-temporels ? Ou encore, si l’on mettait une menace extra-terrestre détruite à coup de gros coups de poing et d’explosions ? Et si l’on mettait en plus du fanservice et de jolies héroïnes, avec un tout petit peu de romance, mais pas trop non plus ?

 

Peur d’un trop grand mélange ? Si vingt-cinq ans après, Gunbuster est encore dans toutes les mémoires, vous pouvez avoir l’esprit tranquille, car voici un animé réellement culte.

 

Training with Noriko

 

Cela fait donc six ans qu’une flotte humaine intergalactique a été attaquée par des aliens menaçants. Pour contrer ses nouveaux ennemis, l’humanité forme désormais des lycéennes au combat spatial dans une académie spécialisée. Parmi les nouvelles élèves se trouve Noriko, fille de l’amiral de ladite flotte, bien déterminée à venger son père. Problème : elle n’est pas très douée. Ses performances étant ce qu’elles sont, elle est la risée de ses camarades. Entre alors en scène Ohta, dit « Coach », unique survivant de la flotte détruite qui vient alors former ces élèves au combat, et inutile de dire qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère, offrant à tout le monde une expérience ardue et décourageante. Noriko continue à peiner, mais étrangement, Coach voit en elle un potentiel unique…

 

Noriko et Coach s’entraînant sur le doux son d’une musique de montage héroïque.

 

Ceci n’est que le scénario du premier épisode, mais pour résumer, la suite implique des combats dans l’espace, des explosions, de la rivalité, de la mélancolie et de la dilatation de l’espace-temps. Dire que Gunbuster est une série riche est une évidence. Ainsi, son nom japonais, Top wo Nerae, s’inspire de deux ouvrages différents : l’animé de tennis Ace wo Nerae… et le film Top Gun. Oui, celui avec Tom Cruise. On y retrouve donc d’emblée deux constructions similaires, avec des élèves qui se retrouvent dans une école spécialisée où ils doivent survivre à des entraînements infernaux pour devenir les meilleurs dans leur domaine – ici, les gros robots spatiaux à la place du tennis et Noriko à la place de Maverick.

 

« Comment, un animé japonais, s’inspirer et presque faire explicitement référence à un film hollywoodien ? » se demanderont certains. Ce n’est pas si étonnant quand on voit que le réalisateur, issu du studio GAINAX, est Hideaki Anno. Un réalisateur très connu dont beaucoup d’œuvres empruntent des éléments à l’Occident, aussi bien le fameux Daicon IV et ses références SF (Star Wars entre autres) par milliards que Nadia et le secret de l’eau bleue, lettre d’amour à Jules Verne. C’est sans parler de Neon Genesis Evangelion et ses nombreuses références, à commencer par l’utilisation de Fly Me To The Moon comme générique de fin. Bref, c’est un réalisateur très ouvert qui, à l’époque, n’était pas encore entré dans cette fameuse dépression qui marquera sa carrière.

 

Otaku no Animation Video

 

Inutile de le préciser, mais le studio GAINAX est composé d’otakus pur jus, alors rien d’étonnant à ce que Gunbuster soit également une œuvre de passionnés. Ceci se ressent un peu dans cette construction qui tente de mélanger tous les genres possibles. Par exemple, l’auteur Toshio Okada a avoué qu’ils avaient, lors de l’écriture, essayé de caser le maximum de choses différentes sans trop se soucier de la cohérence. Cela dit, c’est très loin de mal fonctionner. Mieux : ça donne à chaque épisode une personnalité propre et un contenu ahurissant. Tout va très vite, et l’on passe par une ribambelle d’émotions. De l’humour, de l’épique et même des larmes nous sont servis sur un plateau d’argent. Le sixième et dernier épisode est ainsi extrêmement mélancolique et posé, parvenant à arracher à nos glandes lacrymales le précieux liquide qu’il renferme.

 

 

Mais il n’y a pas que ça : Gunbuster a un peu révolutionné, à l’époque, le… fanservice ! On y trouve ainsi des petits détails comme le gainax bouncing qui, tout simplement, anime le mouvement des poitrines des héroïnes, aujourd’hui standard dans l’animation japonaise. Il faut savoir pourtant qu’à la base, ce procédé a été créé dans le but d’obtenir le réalisme le plus élevé possible : après tout, pourquoi laisser les poitrines collées et immobiles sur le corps des héroïnes alors que, normalement, elles devraient remuer et suivre le mouvement ? Bref, un petit travail supplémentaire pour les animateurs pour une vision somme toute assez agréable à l’œil. On trouve également de la légère nudité par-ci, par-là. Rien de bien folichon néanmoins et si le corps féminin est mis à l’honneur, les sous-entendus graveleux et sexuels sont absents. 

 

Gunbuster reste techniquement ultra-solide, même vingt-cinq ans après sa sortie ! C’est l’apogée du style d’animation à la main, avec des scènes travaillées, colorées et ne prenant finalement que peu d’âge. Les sakugas sont nombreux, le chara-design ne vieillit pas et si vous avez la chance de regarder l’animé dans sa version Blu-ray remastérisée, vous allez en prendre plein les mirettes. Et ce même s’il y a de fortes chances que cet animé soit plus vieux que vous !

 

 

C’est comme ça qu’on peut le mieux résumer la série : elle n’a pas vraiment vieilli, tout en parvenant à rester un témoignage de l’esprit otaku de la fin des années 80. Parvenant à mélanger les genres et les ambiances, rempli d’excellentes idées, ce n’est pas pour rien que Gunbuster est considéré comme un ancêtre lointain de Tengen Toppa Gurren Lagann. On y retrouve des idées, des messages, des personnages similaires. La seconde moitié est extrêmement inventive et est restée très originale, même pour notre époque. 

 

Bref, fin des compliments, Gunbuster doit absolument être vu.

 

---

Quand il n’écrit pas des pavés, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: