CHRONIQUE DU JEUDI : Giant Killing

Giant Killing – La chronique du jeudi #14

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Vous n’êtes pas au courant ? Dans un mois, c’est le début de la Coupe du monde de football ! Inutile de dire que vous allez en manger, du ballon rond. D’ailleurs, si vous détestez le football, on vous conseille dès maintenant de débrancher votre télé et de partir deux mois en vacances au Népal. Et encore, il n’est pas dit que les moines bouddhistes les plus reclus ne passent pas leur temps à regarder des matchs et à insulter de pauvres arbitres innocents.

 

Car le football est l'un des sports les plus populaires au monde. Il n’y a bien que les Américains pour encore ne pas s’en préoccuper, car aujourd’hui, rares sont les pays dépourvus d’une équipe : le fait que même la Corée du Nord ait participé à une Coupe du monde est tout de même un exemple assez parlant. Et donc le Japon n’est naturellement pas épargné : le pays dispose d’une importante ligue nationale, est l'un des pays les plus forts du continent asiatique depuis le début des années 90 et a même coorganisé avec la Corée du Sud la compétition de 2002, laquelle était l’occasion pour les deux pays de se rapprocher et de mettre, pour quelques mois, leurs différends de côté.

 

Bref, c’est l'un des sports les plus populaires de l’archipel, supplanté uniquement par le baseball. Fort naturellement, beaucoup de mangas et d’animés se sont inspirés, avec plus ou moins de réalisme, du sport au ballon rond : il y a évidemment Captain Tsubasa, le shonen plus connu en France sous le nom d’Olive et Tom, qui vient en tête ; mais pas que. On pourra ainsi citer pêle-mêle Inazuma Eleven, L’École des Champions ou encore Ginga E Kickoff.


En 2010, quelques mois avant la coupe du monde sud-africaine, débute l’adaptation animée de Giant Killing. Et c’est cet animé qui sera le centre de l’article de cette semaine.

 

 

 

L’Entraîneur

L’histoire a en guise de héros un club de football : le East Tokyo United, ou « ETU. » Ce club, fortement inspiré d’un vrai club nommé le Tokyo Verdy 1969 FC, possède un parcours à faire pleurer les chaumières : il s’agissait à une époque du meilleur club de la ligue, mené par un joueur charismatique et talentueux nommé Takeshi Tatsumi. Mais un beau jour, celui-ci quitte le club pour partir vers l’étranger, un départ dont l’ETU ne se remettra jamais et le club se laissera entraîner dans un cercle vicieux qui fait qu’au moment du début du récit, le club est bon dernier de sa ligue, a frôlé la relégation à de nombreuses reprises et que plus personne n’a le moindre espoir envers ce club jugé ringard.

 

Alors les dirigeants décident de bouger les choses et de faire appel à un nouvel entraîneur. Un entraîneur japonais qui a fait ses preuves en Angleterre, en emmenant un club de cinquième zone jusqu’aux quarts de finale de la FA Cup anglaise. Un entraîneur qui amène donc beaucoup d’espoirs…

 

… sauf que cet entraîneur c’est Takeshi Tatsumi. Inutile de dire que les fans n’ont toujours pas digéré son départ soudain et qu’ils vont être très opposés à son retour… Et quand les joueurs vont observer ses étranges manières d’entraîner et gérer l’équipe, eux aussi vont commencer à s’opposer à cet entraîneur excentrique qui semble être seul contre tous.

 

 

 

Il va y avoir du sport


Giant Killing est donc initialement un manga de Masaya Tsumato, débuté dans le courant de l’année 2007 dans le magazine Morning (le même que Billy Bat, Les Gouttes de Dieu ou Vagabond), pour un rythme hebdomadaire. Le manga compte d’ailleurs aujourd’hui près de 31 volumes et ne semble pas vouloir s’arrêter en si bon chemin. C’est important de le signaler car pour 31 volumes, la série animée n’en couvre qu’une infime partie. Et comme quatre ans après l’adaptation, aucun signe d’une seconde saison est en vue, vous pouvez déjà vous préparer à l’inéluctable : voici encore une série animée sans véritable fin et vous invitant à poursuivre votre expérience sur le manga. À croire que cette chronique les collectionne !

 

Ceci étant dit, est-ce que l’animé vaut malgré tout le coup d’œil ? Eh bien oui. En effet, Giant Killing propose un point de vue assez « unique » pour un animé de football puisqu’il va se concentrer avant tout sur l’aspect stratégique de ce sport et, surtout, le dépeindre avec réalisme. Fini les sprints de trente kilomètres de Captain Tsubasa ou les attaques élémentaires d’Inazuma Eleven : ici, le football est pris au sérieux dans tout son aspect tactique et technique cher à Didier Deschamps. Si on retrouve quelques tropes habituels aux animés de sport ,  comme ce personnage de jeune footballeur sans confiance en lui mais au potentiel infini que seul parvient à voir l’entraîneur, Giant Killing surprend par son traitement sérieux du football, heureusement colorié par des personnages aux caractères extravagants afin de ne pas être trop rêche. 

 

 

Et on s’y attache vite, à l’East Tokyo United ! Chaque joueur a ainsi sa propre personnalité, ses propres ambitions et tous sont visibles à un moment ou à un autre sur le terrain pour apporter leur pierre à l’édifice footballistique. Ça aurait pu être glissant puisque cela implique de l’animé qu’il nous développe une vingtaine de personnages en très peu de temps afin de parvenir à nous les rendre attachants… et il y arrive. Bon gré mal gré, épisode par épisode. D’ailleurs, c’est une série qui aime prendre son temps : à la fin de la série, il n’est pas rare que quatre ou cinq épisodes soient dédiés à un seul match, comme si on avait du temps réel !

 

 

Mais, évidemment, la star c’est Tatsumi. Entraîneur extravagant, dans sa bulle, divisant tout le monde autour de lui, il remplit parfaitement ce rôle du « petit malin » qui fait des choses qui sont destinées à réussir mais dont personne ne sort vraiment convaincu. Mais ce qui est tout aussi intéressant, c’est que le contexte du football fait que s'il met au point des stratégies et des tactiques impeccables, sa réussite est avant tout due aux joueurs. Même si, oui, « réussite » est un bien grand mot puisque Giant Killing est aussi un animé qui n’hésite pas à faire perdre ses héros. L’issue d’un match est ainsi réellement incertaine et on est plusieurs fois surpris par les résultats finaux. Ce qui est un bon point et change un peu d’une formule embêtante mais classique des mangas et animés sportifs, c'est-à-dire la victoire quasi inéluctable du ou des héros. Ici, pas de miracle et chaque « victoire » est le fruit d’efforts mis en avant.

 

Après, là ou Giant Killing pèche, c’est sur son aspect technique : nous retrouvons ainsi le très contestable studio DEEN à la réalisation qui nous offre là un travail assez minimal, avec un usage de 3D qui peut justifier le fait de se planter des fourchettes dans l’œil pour arrêter de souffrir. Beaucoup de plans sont grossièrement réutilisés, le chara design n’est pas toujours beau et on sent un budget extrêmement limité… ou mal utilisé. D’autant plus dommage que le contexte de la sortie de l’animé (en pleine coupe du monde sud-africaine de 2010) aurait pu justifier une débauche de moyens et un peu d’ambition.

 

On rigolera également aux dépens de l’animé pour quelque chose qui était initialement une bonne idée : les personnages de cette série parlent ainsi dans leur langue natale. Ainsi, quand on voit débarquer trois joueurs brésiliens, ceux-ci communiquent entre eux en portugais. Sans parler du personnage du sélectionneur de l’équipe nationale, qui s’appelle Monsieur Blanc (!) et est d’origine française… et parle donc un français extrêmement gênant à écouter. Grammaticalement juste, mais très mal parlé. Enfin, on ne peut pas reprocher aux Japonais d’essayer…

 


 

Bref, vous cherchez à vous échauffer l’esprit avant la compétition ? Vous cherchez à découvrir le foot un peu plus en profondeur ? Vous souhaitez juste un animé sportif réaliste et bien écrit ? Giant Killing peut vous plaire. Vous n’aimez vraiment pas le football ? Passez votre chemin. 


Quand il n’écrit pas des pavés, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: