CHRONIQUE DU JEUDI : Welcome to the NHK

NHK ni Yôkoso – La chronique du jeudi #15

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !



Sato est un jeune adulte, la vingtaine passée. Pour ses parents, il est un étudiant brillant, réussissant avec brio tous ses examens depuis 3 ans. Mais la réalité est tout autre : il est en réalité un hikikomori, reclus dans son minuscule studio tokyoïte depuis le début de ses études... Mais il fait un jour la rencontre de Misaki, une jeune fille issue d’une famille traditionnelle qui n’aura alors plus qu’une seule chose en tête :  « sauver » Sato de son statut de hikikomori.

 

Qu’est-ce qu’un hikikomori ? Phénomène social pas forcément spécifique au Japon, le terme désigne ces adolescents ou jeunes adultes qui se sont enfermés chez eux et refusent  tout contact physique avec le monde extérieur. Les raisons expliquant cela sont nombreuses : cela peut être aussi bien la pression sociale qu’ils ne parviennent pas à surmonter, une société qu’ils ne parviennent pas à appréhender ou bien tout simplement la peur d’interagir avec autrui. De nombreux ouvrages ont, depuis le milieu des années 2000, tâché de parler de ce phénomène grandissant ; l’un des principaux est Welcome to the NHK ou, dans son nom original, NHK ni Yôkoso.


Misaki, Sato et Yamazaki, un pour tous, tous pour un !

 

Seul contre tous

Avant d’être un animé, Welcome to the NHK est un roman de Tatsuhiko Takimoto. Sorti en 2002, le roman marque durablement les esprits et permet de mettre en avant, dans les médias, le « problème » hikikomori. Il faut dire que pour écrire ce roman, l’auteur n’a pas eu à chercher l’inspiration bien loin puisqu’il était lui-même hikikomori. En s’inspirant de ses propres expériences, il écrit donc un livre d’autant plus éprouvant à lire. Car Sato n’est pas un héros sans reproches : naïf, misanthrope et manipulable, passant ses journées à se droguer et à dormir, il ne dispose finalement pas de la moindre qualité et son rythme de vie est déplorable, peu hygiénique et très décalé du reste du monde.

 

Si vous avez vous-même connu ce genre de période difficile, inutile de dire que Welcome to the NHK saura taper là où ça fait mal.

 

À noter que Sato parle à son mobilier quand il est dans un état second. Normal.

 

Le roman fut adapté en 2003 en manga et en 2006 en animé. Animé qui nous intéresse donc aujourd’hui. Mais attention : un point très intéressant de l’univers de Welcome to the NHK est que chaque média raconte une histoire différente. Certes, les bases seront les mêmes à chaque fois et de nombreuses thématiques sont partagées, mais selon le format, ce ne sera pas raconté de la même manière ni concentré sur les mêmes choses. Ainsi, même si vous avez lu le très bon manga qui a été publié en France chez Soleil, l’animé vous proposera une vision, des histoires et une conclusion différentes.

 

Dans tous les cas, rassurez-vous : vous ne ressortirez pas de cet animé avec du baume au cœur. Ainsi, la grande force de Welcome to the NHK est de ne rien épargner à son spectateur. Tous les personnages sont ainsi riches en défauts, avares en sanité. Même la joyeuse Misaki, à première vue l’archétype de la jeune fille pleine d’énergie qui va sauver le héros tel un ange, montre très rapidement son côté sombre et psychologiquement instable. Une fille aussi mignonne, cacher un tempérament bipolaire et histrionique ? Et bien c’est pourtant le cas, et inutile de dire que plus les épisodes avancent, plus le malaise va s’installer pour mieux mordre lors de certains épisodes moralement difficiles à surmonter (comme le fantastique arc de l’île déserte, qui prend aux tripes comme rarement).

 

 

 

 

Pururin contre le complot

Il est difficile d’entrer dans les détails dans NHK sans trop en dévoiler. Pêle-mêle sont évoqués les suicides de masse, la vente pyramidale, les jeux érotiques, la pédopornographie, les théories du complot, la dépression, la pitié, les violences domestiques… C’est pas mal ! Et c’est en fait d’ailleurs plutôt rare dans l’animation japonaise qui est un média finalement assez peu critique et qui ne prétend que rarement à vouloir observer et analyser la société dans laquelle elle évolue.

 

Le ton est donc à la critique et à la dépression mais, heureusement, Welcome to the NHK est un animé qui sait nous donner la carotte avant le bâton et se révèle également drôle. Un humour souvent noir, parfois jaune, mais suffisant pour ne pas nous lâcher dans un gigantesque trou noir de mauvais sentiments. Et, finalement, si le propos est dur, il n’est pas cruel : les personnages souffrent mais il ne leur arrive rien de fatal, et ils parviennent finalement toujours à retomber sur leurs pattes à la fin. Il reste donc une lueur d’espoir à chaque instant et c’est en s’y accrochant qu’on parvient à regarder cette série de bout en bout sans en sortir lessivé et blasé.

 

 

Néanmoins, le gros point noir de cette adaptation est technique : nous avons donc un animé du studio Gonzo, le même que Bokurano dont nous parlions il y a trois semaines. Et comme celui-ci, NHK est techniquement honteux. Le dessin est irrégulier, l’animation minimaliste, le design parfois grotesque… Il y a plein d’excellentes idées visuelles mais, en général, l’animé souffre soit d’un manque de budget, soit d’un réel manque de talent. Détail terrible : quand la série ressort en DVD aucune des tares techniques de la diffusion télévisée n’est améliorée !

Cela nuit-il à la vision de l’animé ? Pas forcément, mais il est quand même dommageable de voir aussi peu de soin apporté à un ouvrage aux propos importants.

 

Enfin, on se réconfortera avec les génériques de la série, tous très réussis et extrêmement agréables. Aussi bien le générique d’ouverture interprété par Round Table, et sa thématique visuelle très intéressante, que les deux génériques de clôture dont l’indémodable Odoru Akachan Ningen interprété par Ohtsuki Kenji, plein de force et de puissance.

 

 

L’article de cette semaine est donc un peu plus court que d’habitude, et cela est paradoxal car de la quinzaine d’animés qui ont été traités jusqu'à présent, Welcome to the NHK est clairement l’un des meilleurs et l’un de ceux que j’encourage le plus à regarder, si cela n’a pas déjà été fait. C’est un ouvrage extrêmement intelligent, bien écrit du début à la fin, qui se permet une observation critique et bien formulée d’une société japonaise pas forcément si différente de la nôtre. On y trouve des personnages fous et remplis de défauts mais tous particulièrement attachants et qui parviennent à nous donner envie de s’intéresser à eux. Et enfin, malgré un ton sombre et cinglant, Welcome to the NHK n’est pas désespérant. Ça peut être pour certains de ses spectateurs une prise de conscience nécessaire et, quoi qu’il arrive, on sort de la vision de cet animé avec beaucoup d’éléments qui permettent une réelle réflexion, aussi bien sur la société qui nous entoure que sur nous-mêmes.

 

Vous l'avez compris, que ce soit en livre (hélas jamais sorti en France, et la seule édition anglophone vaut aujourd’hui le prix d’un rein), en manga (lui sorti en France mais hélas aujourd'hui quasi introuvable) ou en animé, Welcome to the NHK est vivement conseillé. C'est prenant, c'est poignant, c'est une vraie belle rencontre.



Quand il n’écrit pas des pavés, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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