CHRONIQUE DU JEUDI : Genshiken

Genshiken – La chronique du jeudi #16

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

Un point important de vocabulaire pour commencer : le terme « otaku » était très péjoratif au Japon.  Servant à désigner, dans leur globalité, la quasi-totalité des fans de culture visuelle japonaise (animé, manga, jeu vidéo, etc.), ce terme était donc initialement vu comme insultant et une manière pour la société « normale » de désigner ces « autres. » Ces adultes qui n’avaient pas grandi et restaient enfermés dans leurs plaisirs pour enfants.

 

Aujourd’hui, ce terme n’est plus si insultant. Nombre de personnes désignées comme « otakus » se sont emparées de ce mot et l’ont porté comme un étendard de fierté. En occident, on pourrait dire des choses similaires vis-à-vis du terme « geek ». Un mot autrefois péjoratif qui aujourd’hui devient simplement un élément de vocabulaire comme un autre, perdant au fur et à mesure de sa force.

 

Et s’il y’a un ouvrage qui, justement, permet de voir « l’évolution » des otakus dans la société japonaise, c’est Genshiken. À la base un manga de Shimoku Kio, il a été adapté en animé à plusieurs reprises. Qu’est-ce qu’un otaku ? Comment réfléchit-il ? Comment vit-il ? Qu’est-ce qui le distingue du reste de la société ? Est-il si différent ? C’est ce que nous allons voir.

 

Extrait du générique de fin de Genshiken 2, les principaux membres du Genshiken.

Au premier plan, Ogiue.

Au second plan de gauche à droite : Ohno, Kugayama, Sasahara, Madarame, Kôsaka, Tanaka, Saki.

 

Unbalance

Le Genshiken est un club d’une université perdue dans les zones vallonnées de la banlieue de Tokyo. Ce nom est le mot-valise d’un véritable nom bien plus compliqué puisqu’il signifie Gendai Shikaku Bunka Kenkyûkai, ce qui signifie grossièrement Club de la culture visuelle moderne. Ce club cherche donc à « étudier » le jeu vidéo, l’animation japonaise, le manga, les figurines, j’en passe et des meilleures; « étudier » n’ayant ici pas forcément un sens très sérieux. Nous avons par exemple un membre clé nommé Madarame. Celui-ci est féru d’animation japonaise, mange des nouilles tous les jours pour pouvoir dépenser tout son argent en fanzines et fait preuve d’une fierté doublée d’un certain élitisme vis-à-vis de sa passion. Le vrai ultrafan, un peu effrayant au premier abord.

 

Alors que voilà la rentrée scolaire, il est temps pour ce club composé d’une poignée de mâles à l’âge avancé de recruter quelques nouveaux. Parmi eux, un jeune garçon nommé Kenji Sasahara. Venant de la province, ce jeune garçon aime les mangas, les animés, les jeux vidéo, mais ne se sent pas encore otaku. Curieux, il rejoint ce club après avoir été appâté par quelques fanzines graveleux et, très vite, met un pied et part vers un long chemin qui l’amènera peu à peu à devenir un otaku, un vrai.

 

Parallèlement, un jeune homme nommé Kôsaka rejoint également le club et, avec lui, son amie d’enfance, Saki. Saki n’est absolument pas une otaku et pour cause, c’est une caste sociale qu’elle méprise. Cherchant à séduire Kôsaka, elle va cependant s’impliquer dans ce club et se trouver, bon gré mal gré, liée à son quotidien…

 

 

Voici le postulat de base de Genshiken. Nous avons donc un club composé d’otakus purs et durs rejoints par deux personnages : un qui va découvrir l’état d’esprit de ce club et de ses membres, et un qui va s’y opposer, permettant à ceux-ci d’expliquer et de légitimer leurs opinions. Prenez tout cela ensemble et vous obtenez un ouvrage qui se voudra analytique sur « l’idéologie » otaku, en plus d’être extrêmement accessible. D’autant plus que Genshiken se veut une comédie qui, comme elle est écrite par un auteur qui est un otaku assumé, est jonchée de très nombreuses références à des ouvrages populaires du jeu vidéo ou de l’animation japonaise, avec un ton proche de l’hommage chaleureux à la totalité de ces œuvres connues. Ce qui fait que l’otaku « moyen » sera lui aussi ravi de lire Genshiken, y retrouvant sans nul doute des éléments de sa propre expérience.

 

 

Tatakae Otaking

 

Genshiken a donc deux thématiques : la première est d’analyser la communauté otaku japonaise, avec un ton souvent très sympathique et jamais extrêmement critique. Il n’y a pas de mauvaises morales dans Genshiken là où, par exemple, Bienvenue dans la NHK n’hésite pas à attaquer les aspects les plus sombres du milieu (comme la pédopornographie et le rejet par la société, entre autres). Les personnages ne sont pas spécialement considérés comme des parias par une société « normale » qu’on ne voit que finalement peu tout le long de l’ouvrage. Cela renforce un peu la solitude de la communauté, mais montre aussi son aspect inoffensif et bon enfant.

 

Une série qui ose les caméos gentillets. Reconnaîtrez-vous ce cosplayer désespéré ?

 

La seconde thématique, c’est ses personnages. La totalité du casting est étudiant, les personnages vont donc passer du statut de lycéen à celui d’adulte, avec les responsabilités que cela entraîne. Ils vont donc apprendre à mûrir, découvrir leurs premières difficultés professionnelles ou, au contraire, leurs premiers bonheurs sentimentaux. Le personnage de Sasahara en est ainsi parfaitement témoin, puisque l’intégralité de la « première saison » du manga se déroule de son arrivée à l’université jusqu’à son départ de celle-ci, ou il est devenu un salarié en couple heureux.

 

La majorité des membres du club est concernée par ces développements. Tous connaissent, un moment ou à un autre, un chapitre ou un épisode dédié. Tous connaissent des petits rebondissements dans leur vie et chacun à une personnalité clairement définie et symbolisent, chacun à leur façon, un « pan » de la culture otaku. De Kagayama le fana de moe artiste procrastineur à ses heures perdues à Madarame l’ultra otaku aux poches percées en passant par Ohno la yaoiste cosplayeuse ou Tanaka qui est passionné par les cosplays et les maquettes.

 

Le tout est en général très bien écrit, sans naïveté ni rebondissements dramatiques exagérés. Les personnages de Genshiken donnent l’impression d’être « vrais » et c’est une qualité indiscutable du manga. Comme ils réussissent à donner l’impression d’être proche de nous sans pour autant être exagérément réalistes, ils sont aussitôt attachants et il est difficile de ne pas avoir un petit favori...

 

L’Aventure continue


Le casting de Genshiken Nidaime de gauche à droite: Yoshitake, Yajima, Kuchiki, Ogiue, Sue, Ohno, Hato



Le manga s’arrête après 9 volumes, concluant l’histoire sur une jolie note, mais quatre ans et demi après ce dernier volume, une suite commence à paraître, suivant la suite de l’aventure du Genshiken, avec un casting mélangeant vieilles et nouvelles têtes. Son nom ? Genshiken Nidaime. Le manga reprend ce qui faisait la force de la première saison, avec des personnages toujours aussi bien écrits, des références et de l’humour à foison, mais rajoute cette fois-ci un ton qui se veut bien plus progressiste et universel qu’auparavant. Ainsi, le Genshiken évolue et devient majoritairement féminin, avec en outre un personnage certes masculin, mais qui s’est crée une personnalité féminine de fujoshi et se travestit dès qu’il en a l’occasion, ce qui sera l’occasion de développer nombre de questionnements, entre autres sur les transgenres, quelque chose rarement évoqué aussi sérieusement par le manga.

 

De plus, les autres nouveaux personnages représentent tous des nouvelles tendances du monde otaku, avec entre autres le personnage de Yoshitake qui représente cette génération qui a grandi avec les valeurs otakus et qui ne voit finalement pas le moindre problème à celles-ci puisqu’elles lui paraissent naturelles.

 

Une évolution logique et bien faite, donc. Certes, Genshiken sacrifie un poil son propos otaku avec Nidaime, mais il gagne une universalité qui fait du bien et lui permet d’attaquer des questions intéressantes avec humour et cohérence.

 

Et la série continue une fière tradition de cosplayers habilement référentiels. Voilà un cosplay à en perdre la tête !

 

« Les séries qui n’ont pas de fin sont les meilleures. » — Madarame

 

Vous l’aurez noté : jusqu’à présent, nous n’avons pas encore parlé de l’adaptation animée de Genshiken. C’est parce que… il n’y a fondamentalement pas beaucoup à en dire. L’animé Genshiken est l’exemple même de l’adaptation « moyenne ». Il y a donc eu pour résumer plusieurs saisons : une première saison de 12 épisodes en 2004, suivie en 2006 de 3 OAV puis en 2007 d’une seconde saison de 12 épisodes. En 2013, la série fait un retour inattendu au format animé puisque Genshiken Nidaime est adapté, à son tour, en une série de 13 épisodes.

 

Sans compter qu’en plus de cela est créée une série de 25 épisodes nommée Kujibiki Unbalance qui n’a à première vue AUCUN RAPPORT avec Genshiken, mais qui se déroule dans le même « univers » que lui puisque Kujibiki Unbalance était à la base un animé diffusé exclusivement dans l’univers de Genshiken et était par ailleurs le manga préféré des membres du club. D’ailleurs, les membres du Genshiken font des caméos dans certains des DVD de la série, comme si de rien n’était...

 

Donc pourquoi adaptation moyenne ? Parce que, quelle que soit la saison, quels que soient les studios, ces trois séries Genshiken ont le même point commun : ce sont des séries qui se contentent d’adapter le manga tel quel, ou presque, sans trop de folies. Pas d’animation extraordinaire, pas de technique extravagante, pas d’écriture sublimée, pas de scènes spéciales, bref rien de bien excitant. Seul Genshiken 2 se distingue un peu par quelques scènes et délires inédits par-ci, par-là, mais ça reste encore trop limité.

 

En l’état, on ne peut que conseiller aux gens intéressés par l’univers Genshiken de se jeter en priorité sur le manga. Ça ne veut pas dire que les animés sont mauvais. Loin de là. Ils ont certes une technique moyenne, mais la qualité d’écriture du support original leur permet d’être des séries intéressantes à regarder. À un seul détail près : si vous vous contentez de l’animé, vous aurez un gigantesque trou entre Genshiken 2 et Genshiken Nidaime. En effet, les deux tomes finaux du manga n’ont jamais été adaptés alors qu’il s’y passe des choses importantes. Autre point choquant : l’intégralité des doubleurs change avec Nidaime. Sasahara, Kousaka, Madarame, Ohno, Ogiue… Les personnages présents avant Nidaime changent ainsi complètement de voix ce qui est extrêmement déstabilisant si jamais vous avez l’idée de regarder toutes les séries dans la foulée.

 

 

Non, vraiment, lisez au moins le manga original, c’est-à-dire les neuf premiers volumes qui ont été publiés chez nous par Kurokawa (qui a fourni sur ces éditions françaises un travail colossal avec des dizaines de pages d’explications à la fin des volumes). Et après, pourquoi pas, entamez Nidaime en anime – c’est l’adaptation la plus solide techniquement et celle qui a, évidemment, le mieux vieilli.

Dans tous les cas, quel que soit le support, Genshiken est le genre d’ouvrage léger et intelligent parfait pour « promouvoir » la culture otaku. Si vous vous proclamez otaku, jetez-vous dessus, vous y apprendrez beaucoup sur vous-même et vous en sortirez avec une très bonne humeur. 

 

Jeune adulte responsable et un peu trop fan de Kana Hanazawa, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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