CHRONIQUE DU JEUDI : Mars of Destruction

Hametsu no Mars – La chronique du jeudi #17

Tous les jeudis, Amo reviendra sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !

 

Combien de fois a-t-on pu entendre des gens médire sur l’animation, sous-estimer le format et prétendre qu’il s’agit de quelque chose réservé aux enfants ? Pourquoi, en 2014, entend-on encore des critiques estimés et expérimentés cracher sur les dessins animés en vous expliquant avec un ton précieux et ignorant que c’est un format mineur et que seule la prise de vue réelle est capable de savoir raconter une histoire et de faire passer des émotions ? Pourquoi aux Oscars voit-on Frozen l’emporter parce que la majorité du jury n’a pas regardé les films nominés et a voté par défaut pour le film que tout le monde a vu, en dépit de ses qualités propres et méprisant les autres films de la catégorie ? Doit-on encore, vingt ans après, serrer les dents et accepter d’entendre des reproches sur la soi-disant violence et débilité de l’animation japonaise, venant de personnes qui n’ont pas regardé un seul épisode d’animé depuis Ken le Survivant à l’époque du Club Dorothée ?

 

Le but de cette introduction n’est pas forcément de dire que l’animation, particulièrement japonaise, est un média supérieur aux autres, mais il faut avouer qu’il est un format qui sait se distinguer des autres, qui n’offre aucune limite à l’imagination et qui permet ainsi à un créateur de faire ce qu’il a envie, de transmettre des émotions qu’il ne pourrait pas transmettre autrement. Et ce n’est en plus pas un travail facile : ici, il ne suffit pas de poser une caméra et de monter tranquillement, mais bel et bien de créer de A à Z tous les composants de l’image, la moindre d’entre elles demandant un travail monstre.

 

L’animation est un format noble, riche et qui mérite le respect. Gardez toujours cela en tête.

 

Surtout parce que maintenant, nous allons parler de Mars of Destruction.

 

Bah alors, tu viens plus aux soirées ?

Nanar Genesis Evangelion

 

Mars of Destruction est une OVA de vingt minutes réalisée par Yoshiteru Satô. Pour résumer l’attrait de l’animé, disons que ce réalisateur est surnommé par nombre de « fans » américains « le Ed Wood japonais ». Ed Wood, évidemment, en référence au réalisateur américain du même nom, star du film éponyme et biographique de Tim Burton, mais surtout connu pour avoir été le réalisateur et scénariste de Plan 9 From Outer Space, considéré comme un des pires films de l’histoire.

 

Oui, à l’instar de Plan 9 et même s’il ne dure « que » 20 minutes, Mars of Destruction est un des pires animés de l’histoire. C’est à ce moment-là que l’auteur de cet article vous conseille énormément d’arrêter sa lecture et de partir immédiatement regarder cette « œuvre ». Mars of Destruction est un de ces plaisirs qui ne se savourent que mieux si l’on ignore le maximum de choses dessus avant de commencer.

 

Même s’il s’agit d’un mauvais animé, il reste avant tout à classer dans la catégorie des « nanars », ces ouvrages tellement mauvais qu’ils en deviennent géniaux à regarder tellement la médiocrité est exagérée. Tout ce que Mars of Destruction peut rater, il le rate. Cependant, il ne fait pas simplement que se planter : il sort carrément de la route, tombe d’une falaise et explose comme un feu d’artifice, mais avec autant de force que du kérosène enflammé. En ratant absolument tout, il en devient un modèle et nous sommes certains que, dans un monde parallèle, il existe un Mars of Destruction inversé qui est, de ce fait, le meilleur animé de tous les temps.

 

Des aliens qui tirent des lasers avec leurs bouches.

Mars Attaque

 

Le scénario, ne nous mentons pas, c’est Evangelion. Vous n’avez pas vu Evangelion ? C’est dommage, il s’agit d’un des meilleurs animés jamais produits. Pour vaguement résumer, ça raconte l’histoire d’une Terre ayant survécu de peu à une apocalypse terrifiante et qui voit l’humanité défiée par des monstruosités nommées les « Anges ». Pour combattre ces Anges, les armes normales sont inutiles et il faut faire appel à des robots particuliers, pas complètement artificiels, nommés les Evangelion. Ceux-ci sont pilotés par de jeunes adolescents, dont le héros Shinji Ikari, qui est un garçon ne disposant d’aucune confiance en lui et cherchant à tout prix la reconnaissance de son père qui est, coup de chance, le grand chef aux commandes de l’organisme chargé de protéger l’humanité.

 

Dans Mars of Destruction, l’humanité doit faire face à des monstres qui débarquèrent de nulle part après qu’une mission sur la planète Mars eut échoué. Du coup, il faut de jeunes adolescents armés d’exosquelettes pour se battre contre les nombreux « Anciens » – le nom donné aux monstres d’origine extraterrestre – et ça tombe bien, l’un d’entre eux est le fils du grand chef aux commandes de l’organisme chargé de protéger l’humanité. Oh, attendez une seconde…

 

Néanmoins, il serait malhonnête de considérer Mars of Destruction comme un plagiat puisque ce court épisode ne fait qu’adapter très vaguement un visual novel sorti simultanément – et qui est totalement tombé dans l’oubli, au point que trouver des visuels de celui-ci relève du parcours du combattant.

 

Voici la jaquette, c’est déjà beaucoup.

 

Et s’il n’y avait que le plagiat ! Si l’auteur de cette chronique arrive à vous résumer le scénario, c’est parce qu’il l’a lu sur Internet : quand on regarde Mars of Destruction, tout est tellement mal raconté que l’on ne comprend juste rien à ce qu’il se passe. Un nombre incalculable de scènes n’ont concrètement aucun sens et sont truffées de dialogues nébuleux. On passe en permanence du coq à l’âne, car il n’y a pour ainsi dire aucune transition d’une scène à l’autre. Parfois, on est tout simplement en train de pleurer de rire, ce qui explique pourquoi on ne parvient plus très bien à suivre ce qu’il se passe.

 

 

On peut compter le nombre de choses qui ne vont pas dans ce screenshot, mais ce serait avoir l’esprit trop négatif.

 

En outre, il y a des dialogues d’une telle médiocrité que ça touche parfois un peu au génie. Que dire de ce docteur qui, voyant une jeune femme décapitée, nous dit très sérieusement qu’elle est morte et qu’il ne peut rien faire pour elle, déclamant avec passion une banale évidence ? Et puis, techniquement, quelle horreur ! L’animation des personnages est minimaliste, occasionnant des scènes fabuleuses comme celle où trois pauvres dames figées comme des pics tirent de manière fixe sur un monstre invincible et incapable de se mouvoir à cause d’un budget animation trop réduit ; ou bien de cet extraordinaire dialogue dans un camion dessiné par un élève de CE2 qui devait servir de stagiaire au studio au moment de la production. Le tout étant bien sûr dans un de ces designs typiques du début des années 2000, avec des filles aux allures plastiques dont la forme dit non aux règles les plus basiques de l’anatomie.

 

Bien évidemment, tout ça ne serait rien sans une bande-son à la hauteur. Cela dit, étrangement, sur ce point il n’y a rien à dire puisque Mars of Destruction a pu se payer le service des plus grands : Ludwig van Beethoven, Érik Satie ou bien encore Fréderic Chopin ont ainsi assuré, à eux trois, toute la partie musicale de cet épisode. De plus, selon nos informations, ils l’ont fait avec générosité et panache puisque le studio n’a pas déboursé un seul sou pour se payer leurs services. Ce qui est normal, après tout, lorsqu’il s’agit de musiques issues du domaine public adaptées dans un format MIDI assez dégueulasse.




Twix of Destruction

 

Vous l’avez compris : Mars of Destruction est légitimement et objectivement une des pires choses jamais produites par l’animation japonaise.

 

Cela en fait donc un objet qu’il est difficile de ne pas vouloir regarder.

 

Tout d’abord, parce que c’est hilarant du début à la fin et que si vous aimez les nanars à la The Room, Turkish Star Wars ou Sharkedo, vous avez du très très lourd.

 

C’est aussi à voir parce que c’est tout simplement ultra didactique : toutes les erreurs que peut faire un film d’animation sont présentes ! Il suffit donc d’être un peu observateur pour apprendre ce qu’il ne faut jamais faire quand on fait de l’animation ou que l’on veut raconter une histoire.

 

À partir de là, invitez vos amis à venir voir le carnage ! Et ceux qui veulent pousser encore plus loin le délire n’ont qu’à regarder les autres séries produites par le studio Idea Factory : Run=Dim, Generation of Chaos, Skelter+Heaven, Spectral Force… Vous avez de quoi tenir une nuit entière à voir et revoir le fond du panier de l’animation japonaise et vous tenir les côtes à force de pleurer de rire. Rien que pour ça, on peut leur dire merci.

 

Merci Idea Factory !


Jeune adulte responsable et un peu trop fan de Kana Hanazawa, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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