CHRONIQUE DU JEUDI : Sword Art Online

Sword Art Online – La chronique du jeudi #18

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Ces articles sont garantis sans spoilers et sont susceptibles de contenir des anecdotes triviales et amusantes. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Pas encore eu d’overdose de jeu vidéo ? C’est vrai que la semaine de l’E3 est plutôt intense, même pour le non-joueur, et qu’il est difficile d’échapper au raz-de-marée de news, réactions, trailers et autres gifs amusants qui inonde l’Internet sans la moindre once de pitié. Alors, pour la peine, chroniquons cette semaine un animé qui parle de jeu vidéo et, plus particulièrement, d’un jeu qui semble remporter un sacré succès dans un univers parallèle : Sword Art Online.

 

Vous connaissez déjà ? Assez logique: il s’agit de l’un des plus gros blockbusters de l’animation japonaise de ces dernières années. Il met en scène le jeune Kirito, un lycéen comme les autres âgé de 16 ans qui est plutôt doué en jeu vidéo dans ce Japon futuriste ou la dernière mode semble être les fameux casques virtuels capables de vous immerger corps et âme dans votre jeu préféré. Après avoir arpenté pendant des mois la bêta d’un MMORPG nommé Sword Art Online, voici le jour tant attendu du lancement officiel. Plus de vingt mille joueurs se retrouvent connectés pour cette journée faste… avant de découvrir qu’ils ne peuvent plus se déconnecter et que le retrait de leur casque, ou la mort dans le jeu, impliquent automatiquement le grillage de leur cerveau. Pour s’en sortir, une seule solution : arriver au 100e étage du donjon principal de Sword Art Online et battre le boss final.

 

C’est clair, limpide, efficace.

 

Un aperçu du casting de Sword Art Online. Les deux principaux personnages restant Asuna (en bas à gauche) et Kirito (en bas à droite.)

 

 

In the Database

 

Avant de s’attaquer au contenu de l’animé, parlons un peu de son origine. C’est donc à la base un light novel écrit par Kawahara Reki, que l’on connaît également pour avoir écrit Accel World. C’est d’ailleurs là que les coïncidences sont amusantes puisque Accel World connaîtra lui aussi en 2012 une adaptation animée, trois mois avant le début de celle de Sword Art Online. Mais si aujourd’hui il faut bien avouer que l’otaku moyen a mieux gardé en mémoire le second, il est amusant de noter que c’est le succès en light novel d’Accel World qui a permis à la série Sword Art Online d’exister.

 

À la base, Sword Art Online fut écrit autour de 2002 — l’année de la première saison de l’anime dot hack — dans le cadre d'un concours de nouvelles. Mais, problème de taille, Kawahara Reki produisit un texte beaucoup trop long pour le concours et ne parvint pas à accepter de le couper. Il publia donc le tout sur le Net, sous pseudonyme. Mais lorsque, quelques années plus tard, le succès d’Accel World le mit sous les projecteurs, ses éditeurs lui demandèrent de ressortir Sword Art Online des placards. Aujourd’hui, le light novel est un vrai succès de librairie au Japon, se prépare à sortir en France avec les éditions Ofelbe et s’étend actuellement à quatorze volumes, au rythme de deux par an. Et l’on ne parle pas de la future seconde saison de l’animé, qui débarque le mois prochain et dont le premier épisode sera projeté lors de la Japan Expo, ce qui devrait offrir un visionnage assez divertissant.

 

Une seconde saison particulièrement attendue et qu’on sait d’avance soignée puisque, s'il y a une chose difficile à nier avec Sword Art Online, c’est que l’animé est techniquement assez travaillé. On retrouve derrière cette adaptation le studio A1 Pictures, que l’on avait déjà présenté pour The Idolmaster, qui offre ici une technique solide et un design bien fait. L’univers de Sword Art Online est extrêmement attirant : joli et coloré, il parvient à sortir des clichés de la fantasy. C’est un bel animé, difficile de le nier, et certains épisodes proposent des plans ou l’on sent que les graphistes du studio se sont fait plaisir.

 

 

D’ailleurs, la série est réalisée par Tomohiko Ito qui signe là sa seconde série seulement, la première étant le très vite oublié Occult Academy. Mais l’homme a également été assistant sur pas mal de très bons films de Mamoru Hosoda comme la Traversée du Temps ou Summer Wars. Plus amusant est d’entendre l’homme parler en interview aujourd’hui et avouer que certes il travaille sur Sword Art Online… mais qu’il n’aime que guère peu le support original et déteste gentiment ses personnages ! Tant pis pour lui et tant mieux pour nous: il sera de nouveau là pour la seconde saison.

 

 

Perfect Body, Perfect Soul

 

Les personnages de Sword Art Online parviennent, de manière très amusante, à être aussi bien la plus grande force… que la plus grande faiblesse de l’ouvrage. Exemple concret : la quasi-intégralité de l’animé est narrée du point de vue du héros, Kirito. Un personnage qui, il faut l’avouer, en impose : assez classe quand il s’agit de se battre, il est gentil, intelligent et possède un design efficace avec un de ces fabuleux longs manteaux noirs qui font rêver les ménagères. Bref, on se laisse facilement happer par ses aventures, mais il suffit d’un peu de recul pour sortir complètement de cet attachement et se rendre compte qu’il est juste un personnage pur et parfait.

 

En fanfiction on a un terme pour ça : Mary Sue. Vous savez, ce moment ou vous avez lu une fanfiction Harry Potter pour vous rendre compte qu’un nouveau personnage, qui ressemble beaucoup à l’auteur de la fanfic, est apparu à Poudlard et, sans prévenir, se met à être le centre de l’attention avec son charisme, ses propos toujours exagérément justes et son pathos visible depuis la Lune ? Kirito est un peu dans ce cas-là: c’est un héros « trop » bien. Pas le moindre défaut à l’horizon, tout lui réussit, à chaque fois qu’il rencontre une fille elle fond pour lui, tout le monde l’adore et, histoire de créer un peu de drama, il a un passé ~TRAGIQUE~ qui le force à être solitaire et mystérieux… 

 

Asuna & Kirito: le "Battle Couple" alpha

 

C’est, résumé de manière caricaturale, le gros souci de cette série : à l’image de son héros, elle est très superficielle.

 

Beaucoup de thématiques intéressantes sont abordées mais aucune n'est développée. Des personnages secondaires très attachants sont montrés au spectateur, mais la moitié d’entre eux ne réapparaissent plus après leur présentation initiale. Le principe même de Sword Art Online, c’est-à-dire les cent étages à monter, n’est même pas pleinement exploité. Sans trop spoiler pour ceux qui ne l’ont pas vue, disons que si la fin de l’arc Aincrad est assez jolie, elle n’est malgré tout que guère satisfaisante et donne l’impression de sortir de nulle part. C’est comme si l’auteur s’était lassé de l’univers qu’il avait créé et voulait passer à autre chose le plus rapidement possible. C’est plutôt feignant et assez frustrant.

 

Assez frustrant car restons honnêtes : même si la série est simpliste et grossière dans son écriture, elle parvient à se révéler efficace. Parfaitement rythmée, la série se révèle malgré tout un excellent divertissement et il est difficile de ne pas enchaîner les épisodes comme un postier marathonien. Et il faut l’avouer : la qualité graphique et technique de la série accompagnée de son intrigue simple et universel fait de Sword Art Online un de ses animés assez idéaux pour attirer une nouvelle génération vers l’animation japonaise. Ce qu’on constate d’ailleurs aujourd’hui en voyant l’âge moyen du fandom, ce qui n’est pas un défaut — loin de là !

 

Détail, certes, mais qui fait plaisir: la plupart des endcards de l'animé sont réalisés par des auteurs plutôt doués de leurs deux mains. Ici une illustration de Yuugen pour l'endcard de l'épisode 2.

 

 

Lords of the Bling

 

La série dure donc vingt-six épisodes et, ça n’a guère été mentionné jusqu’à présent, est clairement divisée en deux parties : l’arc Aincrad compose la première moitié de la série tandis que l’arc Alfheim prend la suite jusqu’à la fin de cette première saison. Quelle différence ? Eh bien, à peu près tout : Alfheim se déroule dans un nouveau jeu, Kirito se retrouve accompagné de nouveaux personnages et doit combattre le temps pour remplir un nouvel objectif extrêmement important pour lui : sauver Asuna, sa bien-aimée, enfermée dans les tréfonds d’un MMORPG géré par une fripouille sans foi ni loi ! Au programme: un univers heroic fantasy beaucoup plus classique avec des elfes et des filles-chats, et la possibilité de voler ! 

 

Alfheim remplace Asuna par Leafa dans le rôle de la sidekick du héros.

 

Alfheim prend les qualités et les défauts d’Aincrad… et les multiplie par mille. C’est encore plus beau, encore mieux rythmé… mais l’écriture de cet arc est encore plus simpliste et caricaturale qu’avant ! Mention spéciale au méchant de cet arc, Obéron, qui est un méchant tellement grossier que même Dreamworks ne le fait plus comme ça depuis Shrek 2…

 

Malgré tout, on y trouve quelques qualités comme le personnage de Suguha, assez attachante malgré le sous-texte incestueux devenu trop habituel dans l’animation japonaise, et une vraie fin bien bouclée. Ça fait presque vingt chroniques du jeudi qu’on râle contre les adaptations mal terminées, mais au moins Sword Art Online réussit parfaitement cet exercice avec des vraies fins bien définitives mais qui en même temps laissent suffisamment d’ouverture pour une suite...

 

 

Extrait d'un des posters officiels. Kirito a bien grandi capillairement ! 

 

Suite qui est d’ailleurs assez intrigante : on quittera l’heroic fantasy pour aller s’aventurer du côté d’un univers beaucoup plus futuriste, et Kirito va abandonner les épées pour s’essayer aux armes classiques. À voir, donc. 

 

Voilà pour Sword Art Online : un blockbuster terriblement peu subtil mais qui sait jouer de ses qualités — univers, design, technique — pour malgré tout marquer les esprits et permettre à n’importe qui — vraiment n’importe qui — de passer un très bon moment. Et à ceux qui ont aimé, on conseille très fort le très récent Log Horizon ou le moins récent dot hack//Sign, deux animés qui partent d'un principe similaire mais le font évoluer différemment ! 

 


Jeune adulte responsable et un peu trop fan du personnage de Lisbeth dans Sword Art Online, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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