CHRONIQUE DU JEUDI : Serial Experiments Lain

Serial Experiments Lain - La chronique du jeudi #19

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Present Day

Present Time

Hahaha !


La seconde partie des années 90 furent, pour l’animation japonaise, une période d’expérimentations et de remise en cause des modèles passés. C’est en 1995 que le modèle du shônen fut violemment déconstruit par Neon Genesis Evangelion tandis que, deux ans plus tard, le réalisateur Kunihiko Ikuhara (Sailor Moon) et le studio J.C. Staff s’occupent de détruire un par un tous les clichés du shôjo manga avec Utena, la fillette révolutionnaire. Ces deux ouvrages ne passent pas inaperçus et leur succès critique ainsi que populaire pousse le média tout entier à réfléchir sur lui-même afin de se renouveler et de ne plus utiliser des codes narratifs devenus désuets.


C’est dans ce contexte où l’animation japonaise tout entière se cherche que surgit Serial Experiments Lain. Et, même dans cette période où la tendance semble être de jeter au feu la quasi-totalité des modèles établis jusqu’à présent tout en filmant l’incendie, voici une série qui détonne tant elle ne ressemble à rien d’autre… et ce encore aujourd’hui.




And you don’t seem to understand


Diffusé en 1998 sur les télés japonaises, Serial Experiments Lain se déroule dans un contexte que l’on peut décrire par l’expression « vingt secondes dans le futur ». L’univers voit ainsi une sorte d’Internet prendre une importance démesurée dans la société. Le nom de ce réseau ? Le « Wired ». L’héroïne de la série est Lain Iwakura, une jeune lycéenne très détachée de la réalité, assez monolithique dans ses expressions et, par conséquent, assez peu impliquée dans la vie sociale de son lycée. Elle a bien une meilleure amie, Alice, mais ce n’est rien de très poussé. Un jour, sa vie change quand une de ses camarades de classe se suicide. Initialement peu touchée par l’événement, Lain s’intéressera à l’histoire quand elle recevra un mail venant de la défunte…


Dès lors, elle demandera à son père, féru de technologie, de lui monter un ordinateur pour pouvoir explorer ce fameux Wired, dans lequel se cache peut-être la solution à ce mystère. Commence alors Serial Experiments Lain et, inutile de le dire, il va s’en passer des choses.



Derrière cet animé, on trouve une équipe assez distinguée. À l’écriture, on retrouve ainsi Chiaki J. Konaka – qui se distinguera plus tard pour Digimon Tamers –, au design c’est Yoshitoshi ABe – qui ira ensuite créer l’univers du très très bon Haibane Renmei – et à la réalisation, c’est Nakamura Ryutaro – qui nous a quittés en 2013 à la suite d’un cancer du pancréas, non sans avoir signé presque une décennie avant la très belle Odyssée de Kino. C’est donc une équipe complète et talentueuse, il serait dommage de faire comme beaucoup en résumant la création de Serial Experiments Lain au – certes très – talentueux Yoshitoshi ABe.


L’écriture tout entière de la série a fait l’objet d’efforts particuliers. L’auteur, Chiaki J. Konaka, et le producteur Yasuyuki Ueda avaient ainsi en tête de créer une série qui serait vue différemment par le monde japonais et par le monde occidental. Une idée étrange en 1998, puisqu’à l’époque, il n’était pas forcément naturel (et ça ne l’est d’ailleurs toujours pas aujourd’hui) de penser qu’une série japonaise pouvait avoir un public occidental. Non seulement le duo le prend ici en compte, mais il centre une grande partie de son écriture sur la différence de perception qu’il peut y avoir entre le Japon et l’Occident.


La déception sera de mise pour Konaka et Ueda puisqu'en fin de compte, les deux sociétés auront le même jugement sur la série : personne n’est exactement sûr d’avoir compris ce qu’il se passait, mais tout le monde en sortait le cœur lourd et déprimé.




It hurts :-)


Dire que Serial Experiments Lain est difficile à comprendre est un euphémisme ! C’est une série qui cultive un certain art du mystère et du symbolisme. Il y a un scénario principal, mais celui-ci est sans cesse parasité par des scènes qui ne semblent avoir aucun rapport (ou qui n’en ont que si l’on prend un recul très large)… Aujourd’hui encore, il est compliqué de trouver quelles thématiques aborde vraiment la série. Les créateurs eux-mêmes ne semblent pas vraiment convaincus de quoi que ce soit et soit prennent un malin plaisir à esquiver la question en interview pour nous laisser galérer, soit ils sont honnêtes et ne savent juste pas.


La série est comme un gigantesque grand huit qui, effectivement, alterne souvent les ambiances et les thèmes. Il y a un grand univers, mais beaucoup de choses ne sont qu’effleurées. Le tout reste assez maîtrisé et prouve, si besoin est, que c’est voulu et assumé par l’écriture et pas juste un défaut mal contrôlé.



Mais cet aspect mi-chaotique mi-maîtrisé provoque un effet secondaire heureux : Serial Experiments Lain est une série susceptible de vous toucher personnellement. Chacun ne verra pas forcément la même série et c’est un de ces très rares ouvrages dont la perception de l’intrigue peut changer selon l’individu qui la regarde. C’est une série qui touche aux tripes et, que ce soit de la haine, de l’amour, de la mélancolie, du malaise ou bien du défoulement, vous êtes assurés en regardant Lain de ressentir des émotions fortes.


D’un point de vue plus technique, il faut quand même avouer que la série ne vieillit pas mal du tout. Il y a une vraie patte artistique qui donne à la série une forte personnalité et lui permet de se distinguer de la grosse production science-fiction/fantastique issue du Japon des années 90. Les personnages ont une vraie trogne, et même les phases en 3D ne sont pas trop loupées. La série est un vrai plaisir à voir, pour peu qu’on aime l’esthétique vaguement cyberpunk.


Notons également un générique d’ouverture absolument merveilleux. Interprété par le groupe anglais Bôa (à ne pas confondre avec la star coréenne du même nom) et particulièrement envoûtant, il permet de se mettre idéalement en condition avant chaque épisode. Surtout grâce au fameux « Present Day, Present Time » immédiatement iconique.






Serial Experiments Lain est une sorte de témoignage des temps passés : c’est une œuvre qui se veut profonde, artistique et particulièrement riche en choses à dires. C’est une œuvre qui, aujourd’hui, serait compliquée dans une industrie qui ne se prend plus tellement au sérieux. Alors certes, sans dire pour autant que c’est un calvaire à regarder, Serial Experiments Lain n’est pas un bon divertissement. Non, vous n’en sortirez sans doute pas la banane au visage, et non, c’est pas un animé qui se mate entre potes avec des bières (quoique ça puisse être spécial). Serial Experiments Lain, c’est avant tout un animé qui veut donner une expérience touchante et personnelle avec son spectateur, qui veut vous parler directement, quitte à le faire via votre inconscient. Quinze ans après sa sortie, ça reste un titre unique et extrêmement mémorable, qui mérite tout votre intérêt.




Si vous avez aimé Serial Experiments Lain, donnez une chance à : Texhnolyze, qui repousse encore plus les limites de l’étrange dans un univers SF/fantastique très semblable à Lain. Le plus gros point commun reste les artistes travaillant dessus, puisqu’on y retrouve Chiaki J. Konaka à l’écriture, Yoshitoshi ABe au design et Ueda à la production. Cependant, la série est encore moins accessible que Lain, donc accrochez-vous !
 
 
Jeune adulte responsable et un peu trop convaincu du fait que le thème principal de Serial Experiments Lain était la dépression, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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