CHRONIQUE DU JEUDI (version mardi) : Shaft

Studio Shaft – La chronique du jeudi (version mardi) #21

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Note de l’auteur : La chronique du jeudi… le mardi ? Par quelle magie ? Eh oui, si vous aviez remarqué, la semaine dernière avait lieu la convention Japan Expo et, croyez-le ou non, j’y étais en tant que staff associatif. Le temps manquant, l’article de la semaine dernière a dû être sacrifié. Pour me faire pardonner, voici un article bonus assez particulier puisqu’au lieu de consacrer l’article à un animé, celui-ci sera consacré à un studio, qui sera présenté au travers de cinq animés. Et ce studio, c’est Shaft !

 

Pour le cours d’histoire, Shaft est un studio fondé en 1975 et basé, comme beaucoup d’autres, à Tokyo. C’est au départ un studio qui se veut spécialisé dans les petites tâches ingrates mais éminemment importantes de l’animation comme la colorisation. Il faudra attendre 1987 pour qu’ils produisent leur première série d’OAV (Yume kara Samenai) et 1995 pour leur première véritable série originale (Juuni Senshi Bakuretsu Eto Ranger.)

Le studio commença à sortir des clous à partir de l’année 2004 avec l’arrivée au sein de leur studio du réalisateur Akiyuki Shinbo. Celui-ci permettra à Shaft de s’ouvrir à un nouveau public grâce à un univers et un style extrêmement particuliers. Nous allons revenir sur cinq de ces animés qui ont permis à ce studio de se démarquer. Si cela vous paraît un peu succinct, ne vous inquiétez pas, nous reviendrons sur certains d'entre eux plus en profondeur à l'avenir !

 

Negima !? (2006)


Pari osé que ce Negima !?. Alors que la popularité du shônen de Ken Akamatsu n’a jamais été aussi élevée au Japon, le choix est fait d’offrir aux fans une nouvelle saison de l’animé, et inutile de dire qu’une fois celle-ci arrivée, les fans ont été… désarçonnés.  Ce n’est ni une suite ni un reboot de l’adaptation originale mais bel et bien une nouvelle aventure ! Les personnages et l’univers sont quasiment identiques, avec quelques exceptions notables comme l’apparition d’un narrateur, mais le scénario connaît des changements plutôt profonds.

 

De plus, l’ensemble de la réalisation connaît déjà un changement radical par rapport à l’itération précédente : le style graphique « classique » de la première saison laisse la place à un style beaucoup plus artistique, très inhabituel pour un shônen, tout comme le générique d’ouverture qui ne contient ni chants virils, ni artistes à la mode. Juste les filles qui se présentent via un générique au ton sombre.

 

Une saison étrange, qui divise les fans, mais qui montre déjà la capacité du studio à sortir des clous et à surprendre.

 

 

 

 

Sayonara Zetsubou Sensei (2007)

Le manga est sorti en France dans un désintérêt total, ce qui contraste fortement avec le statut de best-seller que Sayonara Zetsubou Sensei connaît au Japon. Pour l’adaptation en anime c’est donc Shaft qui est choisi et inutile de dire que le studio, et son réalisateur Akiyuki Shinbo en particulier, s’y donnera à cœur joie avec cet ouvrage qui se permet toutes les excentricités.

 

Sayonara Zetsubou Sensei raconte donc l’histoire d’un professeur dépressif qui essaie de se suicider à tout prix (ce qu’il n’arrive jamais à faire) et qui passe son temps avec ses élèves à porter un regard critique et acerbe sur la société japonaise. Chaque épisode se concentre sur deux ou trois « tendances » de la société qui sont souvent expliquées avec beaucoup d’exagération. C’est très malin, mais c’est aussi très ancré dans la société japonaise, avec des exemples qui ne parleront qu’aux personnes les plus au courant des faits divers japonais.

 

Niveau réalisation, le studio se lâche avec des idées nombreuses et délirantes — un épisode est ainsi réalisé en pâte à modeler, tandis qu’un autre voit les personnages parler dans un langage extraterrestre tandis que les sous-titres racontent vaguement n’importe quoi. Les personnages sont hauts en couleur et tous portés par un casting extrêmement large qui continuera par la suite de fréquenter régulièrement les ouvrages du studio : citons ainsi Kamiya Hiroshi, Chiwa Saito, Kobayashi Yû ou bien Ai Nonaka.

 

Cela fait aujourd’hui cinq ans depuis le début de la troisième et dernière saison de l’animé, Zan Sayonara Zetsubou Sensei, tandis que le manga s'est terminé il y’a maintenant deux ans. Reverra-t-on un jour Shaft revenir vers les aventures du Professeur Désespoir ?

 

 


Bakemonogatari (2009)

Adaptation d’un light novel, Bakemonogatari est là aussi un ouvrage particulièrement étrange qui semblait être fait pour le style d’Akiyuki Shinbo. Racontant l’histoire d’un jeune vampire nommé Araragi qui fait la rencontre de Senjougahara Hitagi, une lycéenne ne pesant que 5 kg qu’il va tâcher d’exorciser. Évidemment, plus l’aventure continue, plus les adolescentes maudites et nécessitant un exorcisme vont s’accumuler sur son chemin…

 

Bakemonogatari est un ouvrage extraordinairement verbeux : écrit par NisiOsin (qui a écrit le shônen Medaka Box), le light novel original est ainsi composé de dialogues d’une longueur interminable, rempli de jeux de mots et d’explications techniques déclamés par des personnages au caractère fort. L’animé rend donc logiquement hommage à l’ouvrage en proposant énormément de scènes de dialogues, qui sont toutes suffisamment mises en scène pour éviter l’ennui chez le spectateur. Plans fous, idées visuelles, délires de réalisation… Tout est bon pour animer ces longs dialogues et rares sont les moments de silence dans Bakemonogatari !

 

La série continuera en 2012 avec Nisemonogatari qui surprendra en prenant un ton un peu plus sexuel que ses prédécesseurs — la scène de la brosse à dents marquant particulièrement les esprits les plus purs. En 2013 arrive une seconde saison nommée intelligemment Monogatari Second Season et c’est cet été que sortiront six épisodes supplémentaires sous le nom Hanamonogatari.


Une série qui, d’ailleurs, se distingue par sa popularité immense au Japon, avec des scores de ventes de Blu-ray et de DVD extrêmement élevés. Qui disait que l’artistique ne vendait pas ?

 

 

 

Puella Magi Madoka Magica (2011)

Véritable phénomène, Madoka Magica est, étrangement, le premier vrai projet original auquel participe le duo Shaft/Akiyuki Shinbo. Extrêmement populaire, rares sont ceux qui aujourd’hui ne connaissent pas cette histoire sombre de magical girls qui a surpris tout le monde au début de l’année 2011.

 

Tout ce que le studio pouvait faire pour faire de Madoka un carton, il l’a fait : techniquement la série est travaillée et la patte graphique étrange du studio convient parfaitement, offrant de la personnalité et une ambiance unique à l’ensemble. À côté, le rythme est travaillé et la série est un plaisir à regarder.

 

Vision intéressante des animes de magical girls, Madoka Magica s’est depuis développé grâce à une pelletée de spin-off mangas et, surtout, trois films cinématographiques. Et pour les fans de Shaft, c’était aussi la preuve que le studio pouvait parvenir à assurer un animé qui ne soit pas une adaptation de manga ou de light novel.

 

 

 

 

Nisekoi (2014)

Shaft s’est donc imposé comme un studio « artistique » et un peu à l'écart des autres, n’adaptant finalement que des ouvrages soit extrêmement verbeux, soit différents du reste de la production manga. Qui aurait pu croire un jour que la Shueisha leur confierait la responsabilité d’animer un titre issu du Shônen Jump ? En l’occurrence, c’est Nisekoi, une comédie romantique dans laquelle deux héritiers issus de deux clans yakuza différents doivent faire semblant d’être en couple pour éviter une guerre des gangs sanglante. Mais bien entendu, tout se complique quand le héros se rapproche d’une de ses camarades de classe, dont il est secrètement amoureux…

 

De manière amusante, le style du studio semble ainsi parfaitement s’adapter à l’ouvrage et on semble presque oublier l’origine prestigieuse de l’animé. Terminé récemment dans un nombre d’épisodes assez inédit — 20 épisodes —, Nisekoi était une expérimentation intéressante qui semble prouver qu’aujourd’hui Shaft est un studio qui peut se permettre d’aller visiter un nombre large de domaines et d’univers. Aussi bien du light novel verbeux que du manga issu du Shonen Jump, aussi  bien une comédie sociale qu’un animé de magical girls... C’est un studio certes typé, mais qui possède plusieurs cordes à son arc !

 

Quant à Nisekoi en lui-même, cela reste un ouvrage certes très simple et aux ficelles grossières, mais il est difficile de nier un certain plaisir à le regarder. C'est l'effet Shônen Jump à son paroxysme: des personnages et des enjeux simples et clairs, un humour très abordable et une volonté de divertissement bienvenue. C'est un animé amusant et finalement pas trop mal fait dans son genre.

 

 

C’était une sélection évidemment infime des ouvrages du studio. On aurait, par exemple, pu citer des titres comme ef, Pani Poni Dash, Maria Holic, Sasami-san Ganbaranai ou bien le très récent Mekakucity Actors. Le plus important reste de comprendre que Shaft reste aujourd’hui encore un studio unique et très productif dans le paysage de l’animation japonaise, qui a su créer une patte et un style qui lui sont propres, ce qui vaut le coup d’œil.

 

Rendez-vous jeudi pour une véritable chronique qui devrait, cette fois, arriver à l’heure ! Nous allons retourner dans les années 90 pour un animé qui parlera aux otakus... car c'est un animé qui parle d'eux ! Qu'est-ce que ça peut bien être ?

 

Jeune adulte (peu) responsable qui part staffer à Japan Expo sans finir ses impératifs rédactionnels, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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