CHRONIQUE DU JEUDI : Otaku no Video

Otaku no Video - La chronique du jeudi #22

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Vous connaissez l’adage : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même. » C’est peut-être en l’entendant qu’en 1991, les membres du studio Gainax se sont décidés à faire une série de deux OAV visant à rendre hommage à la communauté otaku. À une époque où les médias japonais tiraient à boulets rouges sur les otakus, les désignant comme des grands gamins incapables de grandir et qui dépensent leurs argent dans des VHS de dessins animés, le studio s’est dit qu’il allait falloir riposter.


Le résultat c’est Otaku no Video. Une œuvre qui a certes plus de vingt ans, mais qui encore aujourd’hui se révèle étrangement instructive.

 

Le héros, Kubo, le doigt levé vers le ciel au milieu d'otakus touchés par la lumière


Tatakae !


Otaku no Video prend place au début des années 80 et raconte l’histoire de Kubo, un étudiant universitaire âgé d’un petit peu plus d’une vingtaine d’années qui semble avoir tout pour lui : doué, charmeur et particulièrement sociable, il est toujours entouré d’un petit cercle d’ami et vit le parfait amour avec sa petite amie. Mais une rencontre va bouleverser sa vie : celle avec Tanaka, un de ses anciens camarades de classe, qui va lui faire découvrir le monde des otakus – la collection de figurines, le cosplay, le matage d’animés en pleine nuit !


Kubo se prend alors de passion pour cet univers et décide de se trouver un nouveau but dans la vie : devenir l’Otaking, le roi des otakus ! Pour cela, tous les moyens seront bons, à commencer par développer une entreprise autour de sa passion… et bien plus encore.


La structure d’Otaku no Video est d’emblée sa plus grande particularité : la série n’est composée que de deux épisodes d’une demi-heure, mais ceux-ci sont divisés en plusieurs parties. La partie animée avec Kubo est ainsi parfois entrecoupée d’images en prises de vues réelles, filmées comme un documentaire, ou une équipe questionne de vrais otakus. Ceux-ci ont le visage flouté, la voix modifiée et parlent de leurs passions avec un mélange de fierté et de gêne : un tel est un fan de Gundam, l’autre adore les cosplays ou bien celui-ci a pour passion de dessiner du hentai en pixel art…


Inutile de dire que ce mélange perpétuel est une véritable bizarrerie dans le monde de l’animation japonaise. On suit donc ainsi deux intrigues en parallèle : celle de cette équipe de documentaristes et l’histoire de Kubo et son ascension dans la communauté otaku du Japon. Par ailleurs, au sein du récit de Kubo, chaque coupure documentaire est une sorte d’ellipse. Inutile de dire qu’en à peine deux OAV cette intrigue est traitée assez rapidement, même si l’essentiel du message est transmis.




Tatakae !!


Le studio derrière Otaku no Video est Gainax, dont nous avons déjà parlé à deux reprises, pour Kare Kano et Gunbuster. Lors des articles précédents, nous mentionnions à quel point il s'agissait d'un studio composé de passionnés et Otaku no Video en est la preuve, puisque pour résumer rapidement, il ne serait pas idiot de penser que ces deux OAV racontent l’histoire de Gainax ! Ainsi, les otakus interviewés en prises de vues réelles sont clairement des membres du studio, même si l'on ignore s'ils jouent un rôle ou sont présentés au naturel. Par exemple, le fameux dessinateur de pixel art érotique n’est ni plus ni moins que Hideaki Anno qui, trois ans après ces OAV, sera le réalisateur du mythique Neon Genesis Evangelion.


De même, toute l’intrigue de Kubo est une histoire à peine déguisée des origines du studio : certains obstacles rencontrés par le héros sont les mêmes que ceux rencontrés par les créateurs de l’OAV dans la création de leur petite entreprise. Ironiquement, l’histoire se termine d’ailleurs mal pour Kubo et sa boîte, qui va perdre sa passion et sa personnalité, comme si les animateurs et réalisateurs de Gainax exprimaient leurs peurs les plus profondes.



Cependant, réduire Otaku no Video a une série d’OAV dédiée à Gainax serait un peu caricatural : au-delà de cet aspect méta assez amusant, il faut aussi avouer que la découverte par Kubo du monde otaku, de ses particularités, de ses modes et de ses passions est particulièrement intéressant à voir. Même si la série dépeint la communauté otaku des années 80, c’est à dire trente ans en arrière par rapport à maintenant, il est difficile de ne pas s’identifier à elle un minimum, toutefois sans pouvoir s'y reconnaître totalement. Après tout, les deux seules différences réelles entre aujourd'hui et cette époque, c’est l’absence d’Internet – compensée par le fanzinat et la vente par correspondance – et les séries cosplayées.


D’ailleurs les fans d’animation japonaise de cette période apprécieront les nombreuses références : Albator, Lamu, Gundam, Lupin III… Comme Genshiken dix ans plus tard, en somme. 



Tatakae Otaking


De l’autre côté, il y a ces fameux passages en prises de vues réelles, nommés Portrait of an Otaku. Mine de rien, ceux-ci font un peu polémique. Déjà parce qu’on ne sait finalement jamais vraiment comment réagir : doit-on être amusé, émerveillé, gêné ? Car ces passages rendent souvent assez mal à l’aise : l’image est sombre, parfois floue, comme s'il s’agissait de caméras cachées et qu’on entrait dans l’intimité de ces personnages aux voix modifiées et aux yeux en mosaïque. Le tout étant souvent illustré par des graphiques et des statistiques présentées par une voix morne et peu assurée.



En fin de compte, avec du recul, on peut presque déplorer ces passages-là, au rythme lent et haché, qui sont finalement assez peu compatibles avec l’histoire animée d'Otaku no Video. Malgré tout, même si ces passages ont du mal à s’intégrer dans l’histoire, on ne peut pas dire qu'ils soient forcément inintéressants et ceux-ci peuvent nous amener à réfléchir, ce qui n’est pas non plus une mauvaise chose.



Otaku no Video est une sorte d’OVNI, même vingt ans après. Il mélange plusieurs genres, il parvient à rendre hommage à une communauté tout en la parodiant, il se veut inspirant, mais possède une fin éloignée de toute happy end… Tous ces sentiments ambivalents font la force de cette courte série d’OAV qui est une intéressante source de réflexion en plus d’être assez divertissante à voir. Si vous avez une heure devant vous, n’hésitez pas !


Jeune adulte responsable qui s'identifie un peu trop au mec qui a une collection immense de VHS dans Otaku no Video, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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