CHRONIQUE DU JEUDI : Code Geass

Code Geass – Lelouch of the Rebellion – La chronique du jeudi #23

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !



Il y a toujours des animés que leur popularité rend inévitables. Dites que vous n’avez pas vu Dragon Ball, Naruto ou Death Note et on vous regardera avec de grands yeux ronds. Cela dit, les générations se succèdent et ce qui était « culte » pour les spectateurs d’hier n’est plus forcément aussi populaire chez les spectateurs d’aujourd’hui.


Tenez, prenez Elfen Lied qui était un des animés les plus populaires de l’année 2004, sachant séduire un public adolescent et amateur d’histoires un peu gores, mais qui aujourd’hui est finalement peu connu auprès de la nouvelle génération de passionnés d’animation japonaise, qui lui préférera un Mirai Nikki, possédant le même ton et le même esprit. Si vous avez actuellement 16 ans et que vous êtes gavé par les grands papys de 25/30 ans qui, sur Internet, se plaignent que vous ne connaissiez pas « leurs » classiques, eh bien rassurez-vous : dans une petite dizaine d’années, vous serez à leur place et vous trouverez que les jeunes otakus français ne sont décidément pas très cultivés.


C’est un roulement culturel inévitable, qui est encore aujourd’hui source de conflits et d’incompréhension. Cependant, il ne faut jamais oublier qu’un animé reste, comme toute œuvre culturelle, un témoin de son temps et du public de l’époque.


Rassurez-vous : nombre d’animés arrivent à transcender ce phénomène. Dans vingt ans, on continuera vraisemblablement d’acclamer et apprécier des titres comme Neon Genesis Evangelion, Cowboy Bebop ou Full Metal Alchemist, pour ne citer que les plus évidents – tandis que d’autres marquent durablement une génération de passionnés, mais restent « cantonnés » à celle-ci, ne parvenant à convaincre ni la génération passée ni les générations futures.


Ce peut être pour de multiples raisons : parce que l’œuvre en question vise un public bien précis qui ne peut exister que dans une période temporelle donnée (l’adolescent de 2002 est différent de celui de 2014, par exemple), parce que l’œuvre en question utilise des codes et un schéma narratif que la génération passée a déjà vus et que les générations futures reverront sous un nom différent, ou bien parce que, tout simplement, passé la campagne marketing et le bouche-à-oreille, l’œuvre ne parvient pas à se créer un héritage suffisant pour continuer à exister sur le long terme.


Exemple concret aujourd’hui : si vous avez découvert l’animation japonaise entre 2005 et 2010, il y a très peu de chances que vous soyez passé à côté de Code Geass: Lelouch of the Rebellion. C’était LE gros animé de l’époque. En matière de popularité, c’était très similaire à celle que connaît Sword Art Online aujourd’hui. Un blockbuster finement huilé, fait pour cartonner et qui réussit à toucher un public extrêmement large. Mais si on met sa nostalgie de côté, que reste-t-il de Code Geass, près de huit ans après le début de sa diffusion au Japon ?



Un petit aperçu du cast de Code Geass de gauche à droite : Karen, Suzaku, Lelouch, CC



Open up your mind and let me step inside


Code Geass se déroule dans un univers uchronique où les États-Unis n’ont jamais vraiment réussi à devenir indépendant par rapport aux Anglais, créant un monde géopolitiquement différent, dominé par un empire géant nommé Britannia, entre mille autres différences. Tout est chamboulé lorsque Britannia envahit l’archipel du Japon, volant au pays sa souveraineté et son identité, la nation étant renommée « Zone 11 » et ses habitants les « Eleven ». Ceux-ci sont maltraités par les nouveaux maîtres des lieux qui se contentent d’exploiter les précieux minéraux que contient le pays. Dans ce contexte se trouve un étudiant britannien vivant en zone Eleven nommé Lelouch Lamperouge. Très malin, mais un peu en marge de la société, ce beau parleur passe son temps à sécher les cours et à aller affronter des nobles aux échecs. Tout change lorsqu’il est pris dans une action de la résistance japonaise, fait la rencontre d’une étrange jeune fille aux cheveux verts et se retrouve porteur d’un pouvoir nommé le Geass qui lui permet de donner un ordre absolu (et un seul) à tous ceux dont il croise le regard…


Ce qui va l’arranger, car Lelouch n’est pas qu’un simple étudiant : il est l’un des nombreux héritiers du trône de Britannia, a vu sa mère l’impératrice mourir devant ses yeux, a été déshérité avec sa sœur, avant d’être méprisé par sa famille et exilé de force. Pour tout ça, il compte bien se venger en tuant l’empereur, qu’il soupçonne d’avoir ordonné la mort de sa femme, et en prenant sa place. Afin de parvenir à ses fins, il va prendre la tête de la résistance japonaise à l’aide d’un masque, d’une cape, de son intelligence, de ses moyens et, surtout, de son pouvoir bien pratique.



Comme vous pouvez le constater, l’intrigue de Code Geass est très riche et propose dès le début une multitude d’enjeux, tous centrés autour du personnage de Lelouch. On s’amusera des quelques similitudes qu’il peut y avoir avec Death Note dont, par ailleurs, l’adaptation animée débuta à peu près au même moment : un garçon charmeur et intelligent qui se retrouve doté d’un pouvoir surnaturel extrêmement pratique et très réglementé, qui doit apprendre à gérer aussi bien une personnalité publique que privée, et qui a des ambitions démesurées. Là ou Death Note se concentre plus sur le duel intellectuel entre deux hommes, Code Geass ratisse beaucoup plus large et y rajoute – entre autres – de la géopolitique, des bastons en mécha, des histoires de royauté, un univers uchronique créé de toute pièce, un front de résistance, des combats riches en stratégie, des situations hautes en couleur, des festivals scolaires, des pubs pour de la pizza ou encore un casting beaucoup plus riche et beaucoup plus développé.


*Keikkaku signifie plan


Code Geass est un de ces animés qui placent le divertissement du spectateur avant tout le reste et il serait assez injuste de nier qu’il y arrive. C’est le genre d’œuvre qui se regarde très vite et il n’est pas compliqué de se retrouver dans une situation rocambolesque du genre : « Je voulais en mater un, mais finalement j’en ai regardé une dizaine d’un coup et je me lève dans deux heures. » Très inspiré par Death Note ou par des séries américaines comme 24, Code Geass développe pas mal la science du cliffhanger. Jamais un épisode de Code Geass ne se termine sereinement : il y a toujours un évènement important. Que ce soit un héros dans la panade, un risque important pour Lelouch ou bien l’apparition d’un nouveau personnage, il arrive régulièrement qu’une scène importante ou qu’un retournement de situation – attendu ou non – soit interrompu par le pourtant agréable générique de fin. Il faut également mettre au crédit de la série son rythme très dynamique, qui fait que de nombreux épisodes se regardent sans temps mort, bien aidé par un contenu toujours très divertissant.



Car comme on l’a dit plus haut, Code Geass joue sur plusieurs terrains simultanément. Les longues batailles entre la résistance et Britannia sont par exemple les meilleurs moments de la première saison, avec des épisodes entiers ou tout n’est que stratégie et ingéniosité. Comme Light Yagami avant lui, Lelouch est le roi des plans rondement menés, avec des retournements de situations maîtrisés grâce à sa capacité à prévoir les actions de l’adversaire. Cela rend toutes les scènes d’actions extrêmement palpitantes, car on ne sait finalement jamais vraiment ce qui va se passer, d’autant plus quand commencent à apparaître des antagonistes qui savent connecter leurs neurones et essayer de prévoir les actions de Lelouch.


À côté de ça, l’aspect technique est plus que correct, le visuel est assez séduisant (pour rappel le chara design est assuré par les CLAMP) et dans l’ensemble, il faut quand même saluer la grande variété de personnages qui jouent tous un rôle dans l’histoire, qu’il soit mineur ou non.


En contrepartie de ce rythme un peu fou et de ces nombreuses qualités, il faut tout de même reprocher à Code Geass un certain manque de profondeur. Il reste finalement assez simpliste idéologiquement et parfois ne fait que gratter des thèmes sans jamais les approfondir. Cela dit, finalement, est-ce un véritable problème ?


 A-t-on précisé que la pizza était indissociable de la série ?



R2 des 2


Cette formule a su immédiatement séduire et toucher un public large. La première saison se terminant, à l’image de toute la série, sur un gigantesque cliffhanger, la seconde saison était inévitable. Intitulée Code Geass R2, on en retient surtout son aspect… polémique. L’attente derrière la série était certes démesurée, mais encore aujourd’hui elle est source de discorde et de débats enflammés.


Il faut dire que la série a peut-être été justement victime de son succès. À l'origine, Code Geass était diffusé, dans sa première saison, au milieu de la nuit comme beaucoup d’autres animés. Mais la seconde saison, grâce au succès de Lelouch of the Rebellion, était diffusée bien plus tôt dans la journée. Certes, ça lui assure d’être vu par un public encore plus élargi, mais de l’autre côté ce qu’on peut montrer à la télé de nuit et ce qu’on peut montrer à la télé en début de soirée sont deux choses différentes.


C’est une des multiples raisons qui peuvent expliquer le léger changement de ton de Code Geass. Dans l’ensemble, Code Geass R2 reste une digne suite et continue à bénéficier des qualités de la première saison : c’est même beaucoup plus dynamique et chaque épisode contient une quantité de choses assez effarante, d’autant plus que même s'il se passe plus de choses en 20 minutes, la série reste claire et facile à suivre. Malgré tout, aussi divertissante soit-elle, cette avalanche d'évènements crée son lot de problèmes, à commencer par la cohérence et la crédibilité de l’ensemble. Ainsi, plus on avance dans la série plus deviennent gros les ressorts scénaristiques destinés à garder l’attention du spectateur : on pensera par exemple au dictaphone qui fait tomber tout un front de résistance à lui tout seul. Les dix derniers épisodes contiennent ainsi une multitude d’éléments qui sortent presque de nulle part et certaines réponses données à des questions importantes, comme celles qui rongent les spectateurs depuis les premiers épisodes, ne sont simplement pas satisfaisantes ou aussi importantes qu’on aurait pu l’espérer.



Néanmoins, cela ne veut pas dire que cette seconde saison est ratée, loin de là. Seulement, le ton est très différent. Là où la première saison essayait tout de même de garder son sérieux et savait se retenir quand il le fallait, la seconde est plus décomplexée et se vit plus comme un grand huit. C’est parfois audacieux, parfois ça frôle le nanar assumé, mais ça reste extrêmement plaisant. Et l’épisode final apporte tout de même une conclusion plus que satisfaisante, ce qui est toujours bon à prendre.



Vis!


Malgré tout, Code Geass est une franchise qui n’a pas su s’imposer sur le long terme. Des OAV sont sortis récemment (Akito the Exiled), mais ceux-ci n’ont pas vraiment motivé les foules. L’univers a été décliné en une multitude de mangas d’une qualité variable et Sunrise semble ne plus vraiment avoir envie de mettre ses billes dans l’univers de Britannia et compagnie. C’est surprenant, car l’univers proposé dans Code Geass est finalement assez riche, très documenté et rempli de potentiel.


Maintenant, nul ne pourrait prédire l'avenir de la franchise et elle pourrait aussi bien pourrir dans un coin que revenir avec bruit, fureur et explosion. En attendant, nombre d’entre nous continueront d’exprimer une certaine nostalgie un peu coupable pour la cinquantaine d’épisodes qui composèrent cette grande montagne russe nommée Code Geass.



 
 
Jeune adulte responsable qui se demande combien de temps CC passe chaque semaine à se laver les cheveux, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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