CHRONIQUE DU JEUDI : Persona: Trinity Soul

Persona: Trinity Soul – La chronique du jeudi #28

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


S’il y a bien une montée en puissance qui a été intéressante à suivre dans le milieu du JRPG, c’est celle de la saga Persona. À la base un spin-off de Shin Megami Tensei, créé à la fin des années 80 et qui fusionne mythologie et Pokémon — à l’époque ou ce dernier n’existait pas encore. Le premier épisode est sorti en 1996 sur PlayStation, suivi trois ans plus tard de non pas une mais deux suites : Persona 2: Eternal Punishment et Persona 2: Innocent Sin. Exclusifs à l’archipel japonais, à l’exception d’Eternal Punishment sorti discrètement aux États-Unis, ceux-ci ont remportés un succès estimable mais hélas resté dans l’ombre des nombreux JRPG de qualité sortis sur la console de Sony — que ce soit Final Fantasy VII, Chrono Cross, Valkyrie Profile, Dragon Quest VII, Final Fantasy IX, Grandia, Vagrant Story, Saga Frontier, Final Fantasy Tactics, etc.


Les héros de Persona 3


Mais malgré tout, ces trois jeux se distinguaient déjà de la production de l’époque. Pas forcément d’un point de vue qualitatif, mais plus au niveau de l’ambiance. Là ou la plupart des titres cités plus haut restaient assez traditionnels dans leur univers, avec souvent des emprunts à l’heroic fantasy, Persona prenait place dans le Japon urbain et contemporain et se mettait en avant grâce à un mélange audacieux entre un Tactical RPG, la collection de monstres, les dating sims et de la science-fiction un chouia cyberpunk.


Mais c’est en 2006 que la saga Persona commence à se distinguer, avec la sortie sur PlayStation 2 du troisième volet. Celui-ci sort deux ans plus tard en Europe, avec une distribution certes limitée mais qui permettait aux férus français de JRPG de pouvoir enfin toucher le jeu et découvrir la franchise. Pour l’Europe commence alors une montagne russe démentielle : six mois après la sortie de Persona 3 débarque son extension, nommée Persona 3 FES, qui rajoute un épilogue et de très nombreuses fonctionnalités. Et six mois encore après sort Persona 4. Comme ses deux prédecesseurs, la sortie européenne est discrète et limitée à une niche réduite.


Mais la sauce prend et le fandom occidental se crée tandis qu’au Japon les jeux faisaient déjà un carton démentiel. C’est à partir de ce moment que la saga Persona devient la vache à lait de son éditeur d’origine, c’est-à-dire Atlus. Les autres jeux de la franchise Shin Megami Tensei sont mis de côté et la PSP reçoit coup sur coup des remakes de la quasi-totalité des jeux de la saga. Un remake du premier, un remake d’Innocent Sin et, évidemment, un remake de Persona 3 Portable adapté à la console portable de Sony avec, en bonus, la possibilité de choisir une héroïne au lieu d’un héros. On pourrait croire que l’éditeur essaie à tout prix d’exploiter la licence, mais il parvient à offrir des jeux de qualité parfaitement adaptés à leur support.


Quant à Persona 4, ultrapopulaire, le jeu bénéficie rapidement d’une suite sous la forme d’un jeu de combat, Persona 4 Arena, mais également d’une adaptation animée, sortie en 2011. De cette adaptation suivra une seconde jeunesse pour le jeu avec la ressortie sur PS Vita du jeu (nommé Persona 4 Golden) et une multitude de spin-offs : un jeu de danse, un dungeon crawler (Persona Q) fusionnant les personnages de Persona 3 et de Persona 4, une suite à Persona 4 Arena… Tant et si bien que cet été est diffusée (et disponible sur Crunchyroll) une adaptation de la nouvelle sortie PS Vita du jeu ! Tandis que dans les salles obscures, c’est au tour de Persona 3 d’être adapté en une série de films d’animation…


Mais, étrangement, les séries Persona 4 et les films Persona 3 ne sont pas la première fois que la série sort du domaine du jeu vidéo. En fait, ce n’est même pas la première fois que Persona sert de base à un animé ! Remontons à 2008, nous sommes quelques mois avant la sortie au Japon de Persona 4 et débarque sur les écrans de télévision une série nommée Persona: Trinity Soul... 


Les héros de Persona: Trinity Soul, de gauche à droite : Takurou, Shin, Megumi, Kanaru


Mon pouvoir est un Persona


La série se déroule dix ans après les événements de Persona 3. Nous sommes dans une grande ville balnéaire nommée Ayanagi, une ville bâtie pour héberger et accueillir toutes les victimes de l’« Apathy Syndrome », une maladie mystérieuse qui rend ses victimes incapables de se déplacer et d’agir par elles-mêmes. Alors que deux frères rejoignent la ville, celle-ci est en parallèle victime d’événements surnaturels comme la disparition de l’intégralité de l’équipage d’un sous-marin ou l’apparition de mystérieux fantômes à différents endroits de la ville. Ces deux frères, nommés Shin et Jun, vont s’y retrouver mêlés bon gré mal gré. Cela débouchera sur une découverte étrange de la part de Shin : celui-ci possède des pouvoirs mystérieux, personnifié par une forme spectrale nommée Persona.


Persona: Trinity Soul se veut ainsi être une suite directe à Persona 3. Un statut que la promotion de l’époque lui offrait volontiers mais qui s’est trouvé modifié au fur et à mesure des années : un des éléments de promotion de Persona 3 Portable, sorti un an après l’animé, clame ainsi que, finalement, Persona: Trinity Soul n’est qu’une « suite alternative » à ne pas considérer comme canon dans l’univers Persona. Ce qui certes en dit long de la manière dont le staff des jeux considère l’animé mais n’est, de toute manière, pas spécialement important. Car, au final, il est inutile de jouer à Persona 3 avant de regarder l’animé, celui-ci n’en faisant presque jamais mention. Mis à part le caméo du personnage d’Akihiko, qui était dans le jeu Persona 3 le mentor cool de l’équipe et qui dans Trinity Soul joue le rôle d’un détective assez frustré et aigri, l’animé n’utilise pas du tout l’univers du jeu dont il est pourtant censé être la suite.



C’est un choix qu’on pourrait dire osé et courageux. Après tout, il aurait suffi aux écrivains de l’animé de faire une suite directe à Persona 3 avec le même univers et les mêmes personnages pour engranger succès, attention et argent. Au final, non, c’est un piège : le terme « suite » est un trompe-l’œil pour une série totalement différente. Les Persona de la série ne ressemblent absolument pas à ceux des jeux Shin Megami Tensei, les héros sont des inconnus, l’univers est totalement différent et les points communs avec le jeu se comptent, finalement, sur les doigts d’une main. On pourrait même suspecter qu’à la base, le studio, A-1 Pictures, était parti sur un animé original et que, finalement, on leur aurait dit de mettre le nom Persona dessus pour améliorer sa renommée.


Après, c’est aussi une des particularités de l’univers Shin Megami Tensei : chaque épisode est finalement très différent du précédent. Que ce soit en matière de ton, de visuel ou de gameplay, il y avait un fossé entre le premier Persona, les deux seconds et le troisième volet. Ce n’est finalement qu’à partir du troisième volet que les épisodes ont commencé à partager des points communs évidents. Donc, en soi, ce n’est pas choquant que la série parte dans une direction inattendue.


Finalement, il est difficile de juger négativement les intentions de l’animé qui, avec un peu de recul, sont intéressantes. Mais, derrière, qu’est-ce que cela vaut ?



Les Persona dans le Plat


On l’a dit plus tôt, le studio derrière Trinity Soul est A-1 Pictures. Aujourd’hui studio reconnu et salué avec des animés tels que Shinsekai Yori, Fairy Tale, Sword Art Online, Tsuritama, Aldnoah.Zero ou The Idolmaster, il était, à l’époque de Trinity Soul, encore jeune et balbutiant. En réalité, Trinity Soul est le second « gros » projet de l’histoire du studio, derrière l’adaptation du manga de baseball Ôkiku Furikabutte. Reste qu’on y retrouve déjà un certain soin technique typique du studio avec des visuels assez agréables à l’œil. C’est un bel animé, c’est certain.


Mais sa qualité technique cache un souci très important d’écriture. Tout d’abord, la série possède un rythme finalement plutôt lent. Ce n’est pas forcément un souci mais, hélas, cela s’ajoute à un contenu rachitique et très étiré. La série dispose de 26 épisodes mais possède un scénario qui aurait très bien pu être développé avec moitié moins. Ce qui implique au spectateur de l’animé de s’accrocher s’il veut suivre, car l’ennui guette régulièrement et nombreux sont les épisodes qui peinent vraiment à proposer un contenu suffisant.


Et le problème, c’est que cette mollesse générale s’empare aussi des scènes d’action, rarement passionnantes. Il faut attendre la toute fin de l’animé pour que celui-ci se réveille quelque peu et offre enfin des épisodes un chouia animés, mais c’est déjà trop tard arrivé à ce moment-là. En outre, tout est fait avec un criant manque de subtilité et le scénario ne brille ni par son originalité ni par sa pertinence. C’est un amas de clichés de la science-fiction rarement mis en valeur ou particulièrement bien utilisés.



En fin de compte, Persona: Trinity Soul est un de ces animés qu’on peut clairement qualifier d’expérience difficile : mou et peu original, il ne laisse aucun souvenir en mémoire après le visionnage malgré le fait qu’on se soit sacrément ennuyé durant 26 épisodes. Trop bon techniquement pour être qualifié de mauvais et trop mal écrit pour être qualifié de bon, Trinity Soul est un de ces animés moyens voués à être oubliés. D’ailleurs, l’auteur de cette chronique l’aurait déjà oublié s’il n’était pas un grand fan des Persona.


Et c’est dommage, finalement. Il y avait derrière cet animé des intentions intéressantes. Reprendre le canon d’une série aussi charismatique que Persona pour se l’approprier différemment était osé et aurait pu déboucher sur de bonnes choses. Mais, au final, la série peine à se trouver une place. Le fan de Persona s’étranglera en voyant les bases de la série être royalement ignorées tandis que le non-connaisseur du jeu verra juste une série de SF/fantastique qui se cherche une identité sans jamais la trouver et qui est au final totalement dépourvue d’action ou de message. Néanmoins, si vous aimez Persona 3, on vous conseille de tenter tout de même le coup afin de voir si le rythme de la série vous plaît ou pas.


Quant à A-1 Pictures, tout va bien pour eux puisque même s’ils auront été mis de côté pour l’adaptation animée de Persona 4 en 2011 (qui a été réalisée par AIC), ils retrouvent la saga Persona cet été puisque ce sont eux qui s’occupent de la très étrange adaptation de Persona 4 Golden. À l’heure où le studio japonais connaît sa saison la plus chargée avec pas moins de quatre animés simultanément, ils ont, en quelque sorte, retrouvé un peu des éléments de leur premier « gros » animé. S’occuperont-ils de l’éventuelle adaptation en animée du futur Persona 5 ? Les paris sont ouverts.


Après, une adaptation animée de Persona 4: Dancing All Night, ça peut être fun


Jeune adulte responsable qui se sent bizarre depuis le jour où il a compris que Pokémon Alpha Saphir et Persona Q sortiront à la même date en Europe, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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