CHRONIQUE DU JEUDI : Panty & Stocking with Garterbelt

Panty & Stocking with Garterbelt – La chronique du jeudi #29

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques !


Panty Stocking Panty Stocking Oh Panty Stocking Oh Panty Stocking Tell Me Baby Tell Me Baby Alright… Panty Stocking ♪


Confessons-le, ce mois d’août a été un peu méchant pour la chronique du jeudi. Un honnête commentateur l’a fait remarquer lors de la chronique sur Vandread : effectivement, on a passé le mois à parler d’animés moyens, voire à éviter. Écrire un article sur un animé juste pour lui casser du sucre sur le dos, va encore, mais le faire trois semaines d’affilée, faut-il s’inquiéter ? Est-ce parce que la météo riche en humidité de ce mois d’août parisien a poussé l’auteur dans un mélange de dépression et de cynisme incontrôlable ?


Mais tout ça est terminé. La rentrée arrive, avec elle la motivation, la volonté de repartir du bon pied. Au revoir tristesse, faisons un doigt au marasme et à la mélancolie : chroniquons Panty & Stocking with Garterbelt, une bombe de personnalité et de bonne humeur sortie fin 2010 du studio Gainax.


À gauche Panty, à droite Stocking


Les Super Nanas : a Gainax Parody


Scénario simple : Panty et Stocking sont deux anges, sœurs, descendues du paradis pour errer sur Terre à la recherche de fantômes à décimer. Elles sont aidées dans cette tâche par Garterbelt, un curé à la coupe afro démentielle et Brief, un jeune geek naïf et assez peu doué dans l’exercice de l’art social.


Dans l'esprit, on retrouve donc un scénario classique de dessin animé pour enfants : des héros, un monstre différent à éliminer dans chaque épisode, une absence relative de continuité et une bande d’amis inséparables. Le tout est évidemment mis en exergue par un style graphique très très inspiré de nombre de cartoons emblématiques de l’âge d’or de Cartoon Network, à commencer par les Super Nanas, série culte de l’américain Craig McCracken qui fut un énorme carton au Japon.


Sauf que le twist est que ce n’est pas une série pour enfants. Pas du tout. En fait, l'esprit de la série est même plus proche de South Park ou Archer. Ainsi, le personnage de Panty n’est pas une gentille jeune fille, loin de là. Accumulant les insultes comme certains politiques accumulent les affaires avec la justice, sa seule véritable passion dans la vie c’est le sexe, sous toutes ses formes. Elle se fiche de la loi, de l’ordre et de la morale et veut juste passer sa vie libre en navigant d’un mec à l’autre, sans jamais s’engager, mais sans se gêner pour profiter. Et sa sœur, Stocking, n’est pas non plus un modèle de vertu : égoïste et misanthrope, elle passe son temps à manger tout ce qui est sucré et lui passe sous la main tout en commentant tout ce qui l'entoure de manière acerbe, cassante et blessante.



Pour résumer encore plus simplement l’esprit de Panty & Stocking, disons que la première moitié du premier épisode met face aux deux héroïnes un monstre en forme d’étron géant. Bref, le concept de vulgarité, la série le prend et l’emmène vers de nouveaux horizons.


À la tête du projet, on retrouve un réalisateur dont le nom peut vous dire quelque chose : Hiroyuki Imaishi. Celui-ci, âgé à l’heure actuelle de 42 ans, est une de ces personnes formées dès le biberon par le studio Gainax. Il a ainsi travaillé comme storyboardiste sur Neon Genesis Evangelion avant d’occuper un poste d’importance variée sur la majorité des œuvres du studio. Il est ainsi directeur de l’animation sur certains épisodes de FLCL ou bien storyboardiste sur He is my Master ou encore Karekano.


Cependant, ce sont deux œuvres phares qui lui permettent véritablement de le faire passer de l'ombre à la lumière. D’abord un film, sorti en 2004 et intitulé Dead Leaves, qu'il a réalisé. Cette œuvre montre un univers barré, très inspiré par le LSD, où se mélangent de nombreuses émotions, le tout avec un ton plutôt mature. D’ailleurs, l’héroïne se nomme Pandy tandis que le second héros, Retro, ressemble pas mal à un des personnages de FLCL. Comme quoi, Imaishi a de la suite dans les idées.


La seconde œuvre est une série qui date de 2007 et dont vous avez sans doute déjà entendu parler tellement le choc sur le public fut fort : c’est Tengen Toppa Gurren Lagann. L’histoire d’un jeune garçon mineur (dans tous les sens du terme) nommé Simon, qui vit dans une cité souterraine avec son meilleur ami, le très charismatique Kamina. Aidé par une étrangère nommée Yoko, les deux compagnons (et leur animal de compagnie) sortiront des tréfonds terrestres pour découvrir le monde extérieur, acquérir un mécha nommé le Gurren et, vingt-cinq épisodes plus tard, sauver la galaxie. On ne développera pas trop car, inutile de le dire, une chronique sur cet animé est dans les tuyaux, mais si vous n’avez jamais vu cette série, on ne peut que vous conseiller d’y jeter un œil. C’est une série qui parvient non seulement à rendre un hommage magnifique au « genre » mécha des années 70 à nos jours, mais qui en plus se révèle drôle, intense et parfois émouvante, le tout souligné par une technique chiadée et qui transpire la passion, en gras rouge et lettres capitales, de tout un studio pour l’animation dans son ensemble.



L’homme étant devenu avec Gurren Lagann la nouvelle icône d’un studio qui cherchait un nouveau leader artistique depuis le départ de ses fondateurs, celui-ci a eu les mains libres pour proposer un projet qui lui tenait à cœur. En effet, Imaishi est un passionné, mais pas seulement d’animation japonaise : il adore également toute la pop culture occidentale. Dans sa liste d’auteurs préférés figurent de grands noms comme Tarantino, Rodriguez, John Woo et il se régale de séries d’animation comme South Park. Son objectif ? Rendre hommage, en tant que Japonais, à toute cette culture dont il se délecte.


Panty & Stocking with Garterbelt est né.



Tournez Manèges


L’aspect original de Panty & Stocking, en plus de son style graphique pour le moins original, c’est une idée simple : et si, au lieu de confier la série à un réalisateur, celle-ci était confiée simultanément à plein de gens créatifs du milieu ? C’est ainsi qu’intervient la première idée de l’animé : chaque épisode est en réalité divisé en deux parties, chacune racontant une histoire totalement différente. Le premier épisode voit ainsi sa première partie avec un monstre caca, comme on l’a déjà dit, mais la seconde partie voit les deux héroïnes faire face à un fantôme réincarné dans une voiture de course qui panique les automobilistes de la cité.


En plus d’un scénario totalement différent entre ces deux parties, qui n’ont parfois aucun lien l’une et l’autre, elles sont réalisées par des réalisateurs différents. D’ailleurs, ceux-ci sont souvent jeunes et se retrouvent, pour certains d’entre eux, pour la première fois au poste de réalisateur. On peut ainsi citer des noms comme Shin Itagaki, qui réalisera plus tard les très prometteurs Ben-To et Teeky, ryo-timo, qui s’occupera ensuite en 2013 chez Tatsunoko de l’adaptation haute en couleur de Yozakura Quartet, ou bien Atsushi Nishigori, qui prendra la tête de l’adaptation de The [email protected] chez A-1 Pictures pendant quelques mois. On compte aussi quelques noms plus « expérimentés » comme Sayo Yamamoto (réalisatrice de Michiko to Hatchin puis, plus tard, de l’étrange série Lupin III de 2012 dédiée à Fujiko Mine) ou Kobayashi Osamu (réalisateur de l’adaptation animée de Beck).

 


Tout ceci donne un résultat simple : chaque demi-épisode est différent de ce qu’on a pu voir précédemment. Ambiance différente, propos différent, blagues différentes… Chaque réalisateur donne sa vision de l’univers Panty & Stocking et certains en profitent même pour expérimenter des choses. Un demi-épisode entier se déroule, par exemple, en plan fixe. Un autre est dédié à un clip musical tandis qu’un dernier offrira une vision déprimante et réaliste de l’univers de la série.


Voilà qui donne à Panty & Stocking un aspect également un peu fourre-tout. Si aucun épisode ne se ressemble quant à l'écriture et au rythme, il y a également le fait que chaque épisode est différent de l’autre qualitativement parlant. C’est même difficile de parler ici de qualité « objective » : certaines personnes seront plus attitrées par le ton de certains épisodes que d’autres détesteront sans autre forme de procès. Il faut donc aborder Panty & Stocking avec la certitude qu’on ne va pas forcément aimer tout ce qu’on va voir.


Après, en règle générale, la majorité des épisodes reposent sur plusieurs éléments communs : tout d’abord, un certain je-m’en-foutisme global des règles de bienséance élémentaire avec nombre d’insultes proférées, une ambiance très prompte à la vulgarité assumée et décomplexée et, surtout, un nombre incalculable de références à la pop culture américaine. Chaque épisode porte un titre en référence à un film hollywoodien et visuellement l’univers de la série fourmille de clins d’œil visuels. Du faire-valoir habillé explicitement façon Ghostbusters en passant par un épisode entièrement consacré à parodier les Transformers, le champ est large. Parfois habilement cachées, parfois grosses comme un camion, les références de Panty & Stocking sont un plaisir à débusquer. Jamais un animé n’a autant débordé d’amour envers nous, les Occidentaux, et ça serait dommage de cracher dessus.




Panty & Stocking with Garterbelt est une série véritablement unique au sein du paysage de l'animation japonaise récente. Laissant peu de gens indifférents, il est aussi facile à adorer qu’à détester. Souvent drôle, parfois bourré d'action, plus rarement émouvant, c'est un animé qui tente des choses et qui, même s'll n'y arrive pas systématiquement, a le mérite d'essayer et de taper un peu du pied dans la fourmilière. En fin de compte, on ne peut qu’admirer ce petit défi irrévérencieux sorti des tiroirs de Gainax qui, au train où vont les choses, risque d’être la dernière œuvre majeure d’un studio de plus en plus transparent au sein du paysage otaku.


Ainsi, ce n’est pas un hasard si la plupart des talents « formés » ou découverts grâce à Panty & Stocking ont rejoint Imaishi quand celui-ci a quitté Gainax pour aider à former le studio Trigger qui nous a présenté, il y a peu de temps, le très remarqué Kill la Kill. Et il y a un peu de Kill la Kill, déjà, dans Panty & Stocking with Garterbelt



Jeune adulte responsable qui est heureux de voir un animé faire référence à t.A.T.u. parce que ça lui rappelle son adolescence, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo


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