CHRONIQUE DU JEUDI : Les Enfants Loups, Ame & Yuki

Ôkami Kodomo no Ame to Yuki – La chronique du jeudi #31

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Et si nous changions un peu de tempo pour cette semaine ? Depuis février, c’est près d’une trentaine de séries qui ont été évoquées dans le cadre de cette chronique. Trente, c’est un peu l’âge de la maturité : nous allons pouvoir commencer à ouvrir la chronique du jeudi à de nouvelles expériences. Et si nous commencions à parler des films d’animation ? Cette semaine, nous allons nous attarder sur le réalisateur Mamoru Hosoda et plus particulièrement sur son dernier film en date, Les Enfants Loups. Sorti en salles en France il y a un peu plus de deux ans, ce film du réalisateur japonais a su marquer les esprits, et pour plein de bonnes raisons.


De gauche à droite : Yuki, Hana, Ame



Loup qui dort


Hana est une jeune étudiante plutôt solitaire. Un beau jour, lors de ses cours, elle fait la rencontre d’un garçon aux cheveux mal peignés et à l’aspect mystérieux. Les deux vont commencer à interagir et à développer des sentiments l’un envers l’autre. Mais le garçon – dont on ignore le nom durant l’ensemble du film – cache un secret important : il est en réalité mi-homme mi-loup et peut se transformer à volonté d’une espèce à l’autre. Il dévoile alors son secret à Hana qui, loin de le rejeter, réaffirme son amour pour lui. Les deux forment alors un couple absolument adorable, qui donne même naissance à deux enfants, Ame et Yuki.


Hélas, une tragédie va toucher la famille, aboutissant à la disparition du père. Hana se retrouve alors seule avec ses deux enfants, qui ont eux aussi hérité de la capacité de pouvoir alterner entre forme humaine et forme canine, et va devoir prendre la direction de la campagne afin de pouvoir élever ses deux enfants dans le calme et la tranquillité nécessaires…


L’histoire se concentre alors, à partir de ce point, sur l’évolution de cette famille incongrue…



Les Enfants Loups se place ainsi au croisement de plusieurs genres : on y trouve aussi bien du drame que de la comédie, de la tranche de vie que du fantastique. On pourrait ainsi découper le film en quatre actes, chacun concentré sur un moment et un thème différent.


Le premier acte se concentre ainsi sur la rencontre entre Hana et le mystérieux garçon-loup. Avec un peu de recul, on trouve finalement une certaine similitude entre le début des Enfants Loups et le début d’un autre film d’animation beaucoup plus connu en Occident : Là-Haut de Pixar. Ainsi, on voit une histoire d’amour se créer de manière rapide, en presque un quart d’heure. Ceux qui ont vu le film de Pixar et se souviennent avec émotion de la première partie du film ressentiront peu ou prou la même chose au début du film : le réchauffement du cœur, les rires et les larmes. Rarement dans l’histoire récente de l’animation japonaise un couple aura créé autant d’émotions chez son spectateur en aussi peu de temps.


Le deuxième acte se veut plus tragique et se concentre sur Hana et ses nouveaux problèmes de mère célibataire dans un milieu urbain. Plutôt court, mais riche aussi bien en humour qu’en inquiétudes, il est suivi d’un troisième acte plus libérateur qui voit la famille changer de cadre et découvrir la liberté de la campagne japonaise. Les enfants y apprennent à être eux-mêmes, tandis que la famille apprend à interagir avec les habitants locaux. Après un passage sombre, cet acte permet de remettre les pieds sur terre et reprendre une bonne dose de bons sentiments.


Enfin, le dernier acte, le plus long du film, se concentre beaucoup plus sur les deux enfants et nous permet d’apprécier leur évolution, de l’enfance jusqu’a l’adolescence. Ceux-ci vont commencer à créer leur identité et gérer, à leur façon, leur étrange appartenance à deux espèces différentes…



Crier au loup


Derrière ce film se trouve le réalisateur Mamoru Hosoda, qui est ici loin d’être à son premier succès. Sa carrière débute à la fin des années 90 et réalise quelques épisodes de Digimon et de One Piece. Hasard ou coïncidence, ses deux premiers travaux de réalisateur de longs-métrages seront, justement, deux films Digimon (Digimon Adventure et Digimon Our War Game, tous deux « fusionnés » en occident sous le nom Digimon the Movie) et le sixième film One Piece, en l’occurrence One Piece : le Baron Omatsuri et l’Île aux Secrets. Mais, pour l’anecdote, sachez que Hosoda aurait pu débuter encore plus tôt sur la grande scène puisqu’en 2003/2004, il était pressenti pour réaliser Le Château ambulant, film du studio Ghibli qui sera finalement réalisé, comme vous le savez sans doute déjà, par Hayao Miyazaki !


Malgré tout, sa première réalisation de film « original » viendra en 2006 avec La Traversée du Temps. Adaptation libre d’un roman à succès, ce film raconte l’histoire de la jeune Makoto, une lycéenne normale qui se retrouve soudainement avec la possibilité de remonter le temps à volonté. Tout comme Les Enfants Loups, on y retrouve déjà cette fusion de multiples genres : comédie, science-fiction, tragédie, vie quotidienne… tout y passe avec une certaine maîtrise. Le film remporte un succès critique aussi bien au Japon qu’en Occident, ce qui finit de lancer la carrière du réalisateur. En 2009, sort au Japon Summer Wars, qui rencontre lui aussi un franc succès, avant de sortir en 2012 les Enfants Loups.



Ainsi, les Enfants Loups partage nombre de qualités similaires à ses productions précédentes. Techniquement, le film est solide, mais ce qui se distingue particulièrement est la qualité visuelle de l’ensemble. Le chara design est remarquable, mais il est important de surtout complimenter la qualité des décors et des dessins de l’ensemble. Les deux derniers tiers du film sont ainsi une vraie ode à la beauté de la nature, avec des plans travaillés et somptueux, qu’on pourrait comparer, de manière un peu osée, à la qualité des décors du studio Ghibli.



Le film est donc une vraie claque visuelle, qui cumule les plans somptueux. Mais le visuel n’est pas la seule qualité du long-métrage, loin de là : l’écriture et le rythme du film sont également à mettre du côté des points forts. La partition en trois actes fonctionne ainsi très bien, et pendant les deux heures que dure le film, le spectateur est réellement soumis à des émotions extrêmement différentes qui parviennent sans problèmes à cohabiter entre elles. On rit, on pleure, on s’émerveille, la palette est large et aucune émotion n’empiète vraiment sur l’autre. L’équilibre est donc merveilleusement géré. C’est d’autant plus appréciable que le film pose, en sous-texte, plein de questions intéressantes. Le dilemme d’Ame et de Yuki, qui doivent choisir entre être des humains ou des loups, est le même dilemme que celui traversé par des immigrants de seconde génération, qui doivent choisir entre la culture de leur pays d’accueil, ou celle de leur pays d’origine…


Comme d’habitude avec Hosoda, le concept même de famille et de vie en petite communauté est fortement mis en avant. Déjà centrales dans Summer Wars – dans une vision très traditionaliste qui avait pu choquer les plus libéraux d’entre nous –, les valeurs familiales sont au centre des débats. Le personnage de Hana est ainsi présenté comme une mère forte, qui ne se plaint jamais et se sacrifie totalement pour ses deux enfants, qu’elle protège avec force et courage...



Les Enfants Loups n’est donc pas qu’un beau film : c’est un film rempli d’émotions qui veut dire des choses et les dit bien. Adapté à tous les publics, il prouve, si besoin est, que même si demain le studio Ghibli s’éteignait à jamais, il resterait encore au sein du cinéma d’animation japonais des talents et des visions qui peuvent, eux aussi, produire des films d’excellente qualité, capables de marquer les esprits tout autour du monde. Un authentique chef-d’œuvre.


Jeune adulte responsable qui avait une larme 47,7 % du temps devant ce film, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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