CHRONIQUE DU JEUDI : Shinsekai Yori

From the New World – La chronique du jeudi #32

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Encore un animé récent ? Eh oui, eh oui. Cette semaine, nous partons à nouveau en 2012 pour parler de Shinsekai Yori, mais c'est promis, nous repartirons plus loin dans l’histoire dès la semaine prochaine !


Shinsekai Yori est donc l’adaptation en animé d’un roman de Yûsuke Kishi, primé par le 29e Nihon SF Taisho Award, un prix qui récompense le meilleur de la science-fiction japonaise sous toutes ses formes. Il a récompensé, par exemple, Evangelion en 1996. Initialement publié en 2008, il aura fallu un peu moins de cinq ans avant de voir le roman être adapté simultanément en manga et en animé dans une série télévisée de près de vingt-cinq épisodes. C’est de cet animé que nous allons parler aujourd’hui.


Les cinq personnages principaux de Shinsekai Yori, de gauche à droite : Satoru, Shun, Mamoru, Maria et l'héroïne Saki

Tripes à la mode du Juryoku


Shinsekai Yori prend place un millénaire après notre temps. L'humanité a beaucoup évolué : désormais initiée à des pouvoirs psychiques nommés Juryoku, elle vit recluse dans la nature dans des petites communautés disséminées partout autour du monde qui n’ont que peu de contact entre elles. Toutes traces des villes et des cités vieilles d’un millénaire semblent avoir disparu. Dans ce contexte, nous suivons donc l’évolution d’une jeune fille nommée Saki Watanabe. Préadolescente au début de la série, elle voit enfin apparaître le Juryoku en elle et rejoint donc ses amis dans une école spécialisée à la maîtrise de cet étrange pouvoir, l'académie des Sages, mais plus le temps ira en avançant, plus elle se rendra compte que la société dans laquelle elle vit cache de nombreux secrets guère reluisants…


Avec Shinsekai Yori, on est à la croisée des chemins, dans un monde qui mêle science-fiction, magie, horreur et fantastique, le tout saupoudré de complots et d’un peu de politique. Le principal intérêt sera donc d'observer Saki évoluer de l’enfance à l’âge adulte et être sans cesse confrontée à des problèmes de plus en plus inquiétants et difficiles à gérer. Les menaces sont nombreuses en dehors du village, comme les guerres opposant les différentes tribus de monstrats, la faune qui a évolué pour devenir particulièrement menaçante ; mais la menace intérieure n'est pas en reste, avec une classe dominante n’appréciant que très peu les enfants qui sortent un peu trop des clous. Difficile donc d’être adolescent et de survivre dans cette étrange société…




L’univers est une des grandes forces de la série. Sorte de 1984 campagnard, le monde de Shinsekai Yori est un monde qui, malgré des aspects enchanteurs et une sérénité indéniable, cache des problèmes qui n’attendent qu’a exploser d’une façon ou d’une autre. Ce qui aura lieu. Si quelque chose peut mal se passer dans Shinsekai Yori, c’est ce qui va arriver. Ne vous attachez pas à un personnage et n’espérez pas regarder une série de tranches de vie tartinées de pouvoirs psychiques, on en est très loin. Découpée en plusieurs arcs narratifs séparés par des ellipses importantes, l’écriture de la série ne fait preuve d’aucune pitié ni aucun ménagement envers ses personnages.


Le pire ? C’est que malgré l’aspect impitoyable, la série est incroyablement divertissante. Chaque épisode se termine sur une conclusion poignante et il est très facile de succomber au piège de l'enchaînement des épisodes. Excepté les quatre premiers épisodes qui sont un peu lents et dédiés à la construction de l’univers, la série est extrêmement bien rythmée et n'ennuie jamais. Le plus appréciable, c’est qu’elle est remplie d’action tout en ne perdant jamais de vue la volonté d’être une série intelligente.


En effet, Shinsekai Yori soulève nombre de thématiques intéressantes et relativement inédites dans l’animation japonaise récente. L’homosexualité (aussi bien masculine que féminine) y est par exemple abordée de manière frontale et sans un traitement particulièrement empreint de « fanservice » comme on aurait pu se l’attendre. Il y a du sens et des enjeux qui y sont liés, ce qui est suffisamment rare pour être signalé. On y parle également du rapport conflictuel entre la notion de liberté et celle de sécurité, et si la société ultra-surveillée et ultra-paranoïaque de Shinsekai Yori n’a rien à envier à celle d’un Fahrenheit 451 ou d’un Psycho-Pass (sorti, par coïncidence, la même saison), elle est traitée avec plus de subtilité et laisse au public le droit de la juger comme il l’entend.


C’est justement la qualité principale de l’écriture de cette série : le spectateur est traité avec intelligence. Rien ne lui est jamais vraiment servi sur un plateau : on ne lui indique jamais vraiment quoi penser. On lui fournit simplement les éléments de réflexion et c’est lui à déterminer ce qui est bien ou pas, en supposant bien sûr qu’il puisse y arriver, car certains points du scénario sont tellement ambigus moralement qu’il est difficile de trouver un « bon » point de vue parmi les personnages de la série. Plus largement, il faut avouer que la série est particulièrement douée pour manipuler son spectateur et lui faire ressentir des émotions sur commande. Elle peut ainsi être drôle et triste, mais aussi nous mettre en colère, nous peiner considérablement ou juste nous choquer avec des morts parfois soudaines et assez visuelles, sans toutefois être insoutenables. Une certaine forme d’érotisme se cache même par-ci, par-là dans certaines scènes. Le mélange fonctionne malgré tout impeccablement, grâce à des transitions travaillées et naturelles.


Souviens-toi l'été dernier

La série est donc centrée autour du personnage de Saki, qu’on va voir évoluer tout au long des 25 épisodes. Un personnage extrêmement attachant dont la stabilité mentale dans un univers ou tout s’écroule lentement mais sûrement sert de bouée bienvenue pour le téléspectateur. Évidemment, elle n’est pas seule dans la série. Au début, elle est entourée de cinq amis qui seront eux aussi développés et importants. Que ce soit sa meilleure amie et amante, Maria, doublée par une Kana Hanazawa assez inattendue dans ce rôle, ou bien l’énergique Satoru qui connaît lui aussi des évolutions et un développement assez admirable, passant d’une boule d’énergie irréfléchie à un archétype assez différent.


Hélas, le seul léger problème de la série est sur le plan technique. Particulièrement le début de la série qui alterne une animation parfois minimaliste avec des changements visuels incessants. Le design d’un personnage peut se retrouver chamboulé du tout au tout d’un plan à l’autre, ce qui est particulièrement étrange. Ça se stabilise au fur et à mesure des épisodes et, une fois que c’est le cas, il faut quand même avouer que Shinsekai Yori dispose d’un cachet graphique et visuel assez plaisant. À l’image du premier générique de fin de la série, graphiquement époustouflant en plus d’être musicalement très réussi.




Shinsekai Yori est donc dédié à un public certes assez averti mais finalement très large. Il s’agit d’une véritable pépite d’écriture à l’ambiance prenante que le studio A-1 Pictures a réussi à adapter sans se prendre les pieds dans le tapis, mais hélas, la série s’est très mal vendue dans l’archipel, ce qui semble plutôt injuste parce qu'il s’agit, de loin, d’une des meilleures séries de l’année 2012.


Jeune adulte responsable qui n'a pas parlé de l'adaptation en manga pour des raisons évidentes de bienséance, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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