CHRONIQUE DU JEUDI : Mobile Suit Gundam

Gundam 0079 – La chronique du jeudi #33

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Cet automne, ce n'est ni plus ni moins que deux séries étiquetées Gundam qui vont débuter, entre la seconde saison du très surprenant Gundam Build Fighters et le retour du créateur de la saga, Yoshiyuki Tomino, avec une nouvelle série originale intitulée Gundam Reconguista in G. Près de 35 ans après sa création, la saga possède toujours une force inégalable dans l’archipel nippon : elle vend toujours des figurines par milliers et excite l’imaginaire japonais au point qu’aujourd’hui nul n’est vraiment surpris de voir trôner au milieu de Tokyo une reconstitution en vraie grandeur d’un authentique mecha de guerre.

 

En trois décennies, inutile de dire que la franchise s’est beaucoup développée, avec de nombreuses séries, spin-offs, suites, prologues, univers alternatifs, on en passe et des meilleures. Entre Gundam SEED, Gundam 00, G Gundam, Turn A Gundam, Zeta Gundam, Gundam X ou bien une vingtaine d’autres séries, on ne regarde que très rarement deux fois la même chose. La variété est en effet une qualité reconnue à l’univers Gundam et chaque série se veut accessible même à ceux qui n’ont jamais regardé les séries précédentes.

 

Aujourd’hui, nous allons simplement nous concentrer sur les origines avec Mobile Suit Gundam. La série originelle de 1979, celle grâce à qui tout a commencé.

 

Le Gundam RX78



Amuro, Bright, Char et leurs potes

 

Le scénario se déroule en 2079, dans un futur où la colonie spatiale n’est plus un rêve mais une réalité concrète. Tout débute quand un ensemble de colonies, qui se fait appeler le duché de Zeon, décide de devenir indépendant de la Fédération terrestre. Une idée comme une autre, certes, mais qui débouche sur un conflit spatial et terrestre majeur qui parvient à éradiquer la moitié de l’humanité. Après un statu quo de huit mois relativement paisible, la guerre semble redémarrer après que Zeon eut attaqué une base de la Fédération hébergeant en son sein un projet militaire censé donner aux Terriens un avantage considérable sur leurs adversaires...

 

Dans ce contexte, nous suivons donc les aventures d’Amuro Ray, un jeune garçon qui se retrouve involontairement pilote du Gundam RX-78-2, la fameuse arme terrienne censée inverser la tendance de la guerre, qui prend la forme d'un robot géant à forme humanoïde. Il va se trouver engagé au sein du White Base, un vaisseau commandé par des soldats inexpérimentés qui vont essayer de participer, à leur façon, à cette guerre aux enjeux primordiaux.

 

Amuro, le « héros » de l'aventure

 

Évidemment, il s'agit juste du scénario initial puisque s’ajoutent ensuite des personnages nommés Newtypes, dotés de capacités surhumaines, beaucoup d’intrigues politiques au sein du duché de Zeon et, bien entendu, le combat homérique entre Amuro et le mystérieux Char Aznable, un pilote masqué qui terrorise les champs de bataille avec son mecha rouge et ses compétences hors du commun…

 

Prévu initialement pour durer 52 épisodes, Mobile Suit Gundam est une œuvre qui a lancé le genre du Real Robot dans l’animation japonaise. Jusqu’à ce moment-là, le robot était généralement quelque chose d’exceptionnel. Pensez à Mazinger Z (Goldorak) par exemple : le Mazinger Z était une création unique, construit dans l’anonymat par un scientifique afin de lutter contre les forces du mal. Il n’y avait qu’un seul Mazinger Z, il était tout-puissant et piloté par un héros jeune qui passait par là. C’est le genre du Super Robot. La différence ? Dans Gundam, et toutes les œuvres Real Robot, le mecha est considéré comme un outil produit en série. Par exemple, le Gundam est certes tout-puissant, mais il est avant tout un prototype militaire voué, plus tard, à être produit comme on produit des tanks et des avions de chasse de nos jours. Quant au pilote, s'il arrive souvent au pilotage du robot par pur hasard, il reste généralement membre d’un encadrement militaire plus large.

 

Et c’est une différence importante car, finalement, dire de Mobile Suit Gundam et de nombre des séries de la franchise qui suivront qu’ils sont simplement des « animés de robots » est très réducteur : c’est avant tout une saga dont le sujet principal est la guerre ; et c’est un sujet avec lequel la franchise ne rigole pas. Dans Gundam, la guerre est sale, moche et les « héros » n’y existent finalement que guère, ils ne sont souvent que de simples pions au service d’un ensemble qui les dépasse. Bien souvent, rares sont les personnages qui veulent se battre, qu’ils soient militaires ou politiciens, mais ils s’y trouvent obligés car forcés par la situation et dépourvus du moindre contrôle sur les évènements.

 

Une partie de l'équipage du White Base

 

 

White Base & Red Comet

 

La série animée date donc de 1979. On disait plus haut qu’elle était initialement prévue pour 52 épisodes, mais n'en compte finalement que 43. La raison est toute bête, même si toujours très surprenante avec 35 ans de recul : la première diffusion de la série a vu celle-ci faire un four total en chiffres d’audience. Aussi inattendu que ça puisse paraître, le succès de Gundam n’a pas été immédiat, pire c’était au départ quelque chose qu’on pourrait presque qualifier de bide. Les sponsors décidèrent que le 39e épisode allait donc être le dernier diffusé mais, heureusement, le staff de Sunrise réussit à demander quatre épisodes supplémentaires pour improviser tant bien que mal une fin décente.

 

À présent, plusieurs choses ont sauvé la série. Déjà, il a fallu attendre un an plus tard pour que Bandai commence à commercialiser des maquettes de la série. Ces fameuses maquettes de robots, nommées gunpla, feront aussitôt un carton… et c'est toujours le cas trente-cinq ans après. Aussi étrange que ça puisse paraître, ces maquettes créeront un tel engouement pour la série que les rediffusions de la série qui suivront trouveront enfin le succès qui était attendu à la base. Tant et si bien que le studio Sunrise décide de compiler l’intégralité des 43 épisodes en trois films, qui seront projetés dans les salles japonaises et rencontreront, à nouveau, un énorme succès.



Le réalisateur ? Yoshiyuki Tomino. Avant Gundam, il a réalisé pas mal de titres certes peu connus en France, mais certains sont restés assez emblématiques dans l’imaginaire japonais. Ainsi son premier vrai travail de réalisateur en chef fut sur l’adaptation animée du manga Triton d’Osamu Tezuka, le créateur et dieu du manga. Assez logique, compte tenu d’un de ses premiers travaux : storyboardiste et écrivain sur la première série Astroboy qui fut, faut-il le rappeler, le premier succès de l’histoire de l'animation. Il a autrement été réalisateur sur d’autres séries de Super Robot comme Zambot ou Daitarn 3. Longtemps dépressif, il a un temps été surnommé « Kill’em All Tomino » car, comme Gen Urobuchi ou Hajime Isayama de nos jours, il n’hésite pas à élaguer régulièrement le casting de ses séries à l’aide de morts et de sacrifices régulièrement inattendus.

 

Ainsi Zambot 3 est un dessin animé de Super Robot pour un public jeune dans la lignée des Mazinger ou Tetsujin 28, sauf que les enfants qui servent de héros y sont très explicitement et régulièrement maltraités et que les destructions de bâtiment qui suivent les combats épiques du robot-héros contre les forces du mal sont traitées très sérieusement. Déjà à l’époque, Tomino s’amusait à déconstruire son genre de prédilection en plus de remettre en cause le manichéisme et l’éternel combat du bien contre le mal qui voudrait que le bien n’ait jamais grand-chose à se pardonner.

 

Char Aznable à gauche, l'emblématique Comète rouge

 

Cette absence de manichéisme se retrouve dans Mobile Suit Gundam. C’est d’ailleurs un des points qui font sa force : à l’image d’un Dark Vador dans Star Wars qui est certes du côté du mal, mais qui le justifie par une histoire tragique et un charisme indéniable, il reste difficile de ne pas craquer pour Char Aznable, certes pilote modèle des « méchants », mais possédant ses propres motivations et questionnements vis-à-vis de la politique de Zeon.

 

L’univers en lui-même, s'il livre quelques références à la Seconde Guerre mondiale avec ce Zeon très ancré dans le Japon impérialiste et ses personnages nommés comme des avions de l’époque (le nom du héros, Amuro, fait référence au Zéro, cet avion japonais mythique de la bataille du Pacifique), reste très original et dépeint un conflit meurtrier où la moitié de l’humanité est annihilée et où aucun camp n’arrive véritablement à prendre l’avantage sur l’autre, entraînant des décisions tragiques et des ordres génocidaires. Par exemple, un bombardement de la Terre à coup de colonies spatiales (!), ce qui entraîne entre autres la destruction totale du sud-est de l’Australie, avec un Sydney rayé de la carte. Et ça, c’est qu’on apprend dès les cinq premières minutes !

 

Autre point assez intéressant de Mobile Suit Gundam : l’aspect stratégique des combats. Ici, pas de combats qui se résument au Gundam qui arrive, détruit les méchants à coup de laser, et repart en sifflotant Dragostea Din Tei. Si le Gundam est un avantage tactique certain, il n’est ni invincible ni omnipotent et ne peut souvent servir qu’à minimiser les dégâts. D’ailleurs, les combats sont rarement propres, les différents camps utilisant souvent des tactiques désespérées pour arracher la victoire coûte que coûte. Aussi, sans atteindre le ratio de morts d’un Game of Thrones ou de L'Attaque des Titans, ne vous attachez pas trop aux personnages secondaires de Gundam, parce que non seulement peuvent-ils tout à fait servir de sacrifice, mais en plus on ne s’y attend jamais vraiment, d’où un certain choc lorsque de telles morts se produisent.

 

 

Techniquement, il faut bien avouer que ça porte son âge. Oui, Mobile Suit Gundam a 35 ans et ça se voit, difficile de le nier. Néanmoins, c’est très loin d’être laid. Les versions cinéma sont plus jolies et mieux animées, et sont tout à fait regardables donc vous pouvez mettre vos inquiétudes de côté : oui Mobile Suit Gundam porte son âge, mais le porte aussi bien que, disons, George Clooney ou Glenn Close. De plus, les versions Blu-ray de la série – assez récentes – sont d'une qualité visuelle indéniable.

 

Du coup, on en parlait plus tôt, mais il existe deux versions de cette première série : la série télévisée et la trilogie de films sortie deux ans après. Si l’on peut vous donner un conseil, privilégiez les trois films. Ceux-ci sont techniquement plus solides, le rythme y est mieux géré et pas mal de choses ont été revues, ajoutées, modifiées ou supprimées. Ainsi exit le Gundam Hammer, cette attaque jugée trop « Super Robot » et peu adaptée à la direction que veut alors prendre l'univers Gundam. A contrario, les batailles les plus importantes de la fin de la série sont étendues et développées plus en profondeur, ce qui est un bonus toujours plaisant. Chaque film dure entre deux heures et deux heures et demie, mais la qualité de l'œuvre permet au temps de passer plutôt vite, donc pas d’inquiétudes particulières à avoir à ce propos.

 



On ne s'étendra pas trop sur les suites de la série, mais évidemment, Gundam ayant commencé à cartonner, c’est en 1985 que débutera Zeta Gundam, une suite directe des évènements de la série d'origine, extrêmement bien reçue. Ce sera ensuite suivi du très polémique ZZ Gundam et du film Char’s Counterattack. C’est après ces titres que les séries Gundam commenceront à se différencier et à se dérouler dans des univers alternatifs : Gundam Wing, Gundam Seed, Gundam 00, Gundam AGE, etc.

 

Si vous vous posez la question : oui, vous pouvez commencer Gundam par n’importe quelle série car elles sont toutes étudiées pour être prises à part et les suites sont évidentes (Gundam SEED Destiny est, par exemple, explicitement la suite de Gundam SEED). Rien ne vous oblige à commencer par Mobile Suit Gundam, loin de là, mais n’hésitez vraiment pas à y jeter un œil : c’est bien écrit, c’est divertissant, c’est intelligent, bref c’est loin d’être un animé qui n’existerait juste que pour vendre des maquettes. C’est plus que ça.

 

« Vous m'avez frappé ! Même mon père ne m'avait jamais frappé ! »


Jeune adulte responsable qui a découvert les Musô avec Gundam Dynasty Warriors, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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