CHRONIQUE DU JEUDI : Hanasaku Iroha

Hanasaku Iroha – La chronique du jeudi #34

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.



Relatif nouveau venu dans l’animation japonaise, le studio P.A. Works a pu se faire remarquer ces dernières saisons pour des titres comme Nagi no Asukara ou Uchôten Kazoku. Si ce studio s’est rapidement fait remarquer, c’est bien souvent pour la qualité de ses décors et le soin apporté au visuel de ses séries, et ce dès 2008 qui voit être diffusée la première véritable série du studio, True Tears, mais c’est en 2011 que le studio produisait un animé visuellement épatant et aux thématiques originales, Hanasaku Iroha.



Toute l'équipe du Kissiuiso, Ohana au centre avec les barrettes en forme de fleur

Onsen & Ohana


L’héroïne de cette série est la jeune Ohana Matsumae, une lycéenne de 16 ans qui vit seule avec sa mère à Tokyo. Une vie normale, mais qui se retrouve chamboulée quand, à cause de dettes contractées par le petit ami de sa mère, Ohana se retrouve envoyée chez sa grand-mère maternelle, une personne qu’elle connaît peu et qui est la tenancière d’une auberge réputée. Alors qu’elle tente d’expliquer la situation à son ami d’enfance, celui-ci lui avoue ses sentiments envers elle et s’en va, gêné, avant même d’écouter la réponse. Et ça va de mal en pis : une fois arrivée sur place, Ohana découvre que son séjour chez sa grand-mère ne sera pas de tout repos puisque celle-ci l’oblige à travailler pour l’auberge familiale. Inutile de le dire, c’est un métier difficile et animé.


Hanasaku Iroha va donc tâcher, pendant 26 épisodes, de nous montrer l’évolution d’Ohana et des nombreux employés de l’onsen qui vont papillonner autour d’elle. Que ce soit Minko l’apprentie cuistot, la grand-mère d’Ohana ou bien certains étranges invités de l’auberge qui vont, pour certains, rester plus longtemps que prévu.



La série se classe clairement dans le genre de la tranche de vie et dépeint, la majorité du temps, le quotidien animé d’un onsen. Même si derrière, on y trouve tout de même quelques petites intrigues, que ce soit les problèmes de cœur des personnages féminins (Ohana et Kô arriveront-ils à éclaircir leur situation ?), ou bien l’histoire des troubles familiaux entre la mère d’Ohana et sa grand-mère. En outre, l’héroïne aura bien du mal à gérer la transition entre une vie urbaine et désinvolte à Tokyo et une vie de travail et de pression à l’auberge. Après, pour que le ton soit allégé, de nombreuses scènes comiques s'intercalent.


En fin de compte, le tout fonctionne bien… durant une dizaine d’épisodes, car Hanasaku Iroha est une de ses séries animées qui possèdent le défaut d’être trop longues. C’est simplement un problème d’équilibre : la seconde partie de l’animé est, dans l’ensemble, beaucoup moins réussie que la première. Elle s’emmêle dans des histoires parfois inintéressantes et, surtout, étale beaucoup trop le récit, au point de produire quelques épisodes qui sont tout simplement ennuyeux et possèdent le défaut de ne souvent rien ajouter à l’univers ou aux intrigues. L’arc du festival scolaire, par exemple, souffre de ces maux.



Une famille en or


Hanasaku Iroha aborde donc principalement deux thématiques : la famille et le travail. Et s'il y a une chose qu’on peut dire, c’est qu’elle aborde ces questions avec une idéologie conservatrice presque revendiquée. Ce qui serait donc susceptible de déplaire à ceux qui ne partagent pas vraiment cette vision de la société.


Déjà, oui, le concept de tradition joue un rôle important dans l’ensemble de la série. Cet onsen à l’histoire ancienne symbolise, d’une façon ou d’une autre, la vision d’un Japon « ancien » qui doit se défendre face au changement d’époque, qui serait porteur d’un esprit moins authentique, moins « chaleureux » et travailleur. C’est illustré par le personnage de Wakura qui est certes une jeune fille agréable et généreuse, mais qui n’a jamais vraiment travaillé dans sa vie, s’attendant à ce que la gestion de son auberge familiale lui tombe entre les mains.


Quant à l’auberge des héros, celle-ci est gérée par une cellule familiale gérée par une matriarche à la main de fer. Matriarche qui n’a jamais digéré le départ de sa talentueuse fille. Départ qui punit l’auberge, qui doit être gérée par un fils beaucoup moins compétent, malgré sa motivation. Ohana passe ainsi la quasi-totalité de la série à être punie pour les actions de sa mère, comme si elle était coupable par le sang. Et c’est par la sueur et le travail que l’héroïne doit expier le péché familial, sans attendre derrière de remerciements ni même de compliments. Comme si c'était naturel et attendu.


Mamie Ohana


Dans Hanasaku Iroha, le travail est présenté comme quelque chose de libérateur, de positif. Ohana ne semble jamais vraiment avoir de temps libre. Durant tout son temps dans cette campagne japonaise, elle est soit au lycée, soit en train de travailler à l’auberge, mais ça ne lui pose pas véritablement de problèmes passé le temps d'adaptation et elle finit par en redemander volontiers. C’est là que les plus libéraux d’entre nous hausseront un sourcil face à de nombreuses questions morales, car peu importe comment on le tourne : de ce qu’on en voit, Ohana est quand même clairement exploitée et le Code du travail français aurait beaucoup de choses à dire sur la manière dont les aubergistes japonaises d’animé font travailler leurs proches pour des clopinettes. Cela dit, encore une fois, l’animé préfère le montrer sous un angle positif, montrant l’évolution d’une héroïne qui apprend à trouver joie et plaisir dans son travail qui ne laisse que peu de temps à l’inactivité.


Quant à la question de la famille, elle est donc, comme on l’a dit, assez importante. Le nom de l’héroïne, Ohana, vient du mot hawaiien pour « famille » et tout l’intérêt de l’animé va être de la voir devoir pardonner à sa mère d'avoir clairement été abandonnée, mais également devoir pardonner à sa grand-mère d’être aussi stricte envers elle. Là encore, la question de la famille est abordée de manière très traditionnelle, avec le respect incontestable des aînés. Si Ohana conteste au début la manière dont sa grand-mère se comporte, elle apprend vite à rentrer dans le rang et à la respecter, et c’est sans compter le concept même de fondation d’une famille. À nouveau, le personnage de Wakura joue beaucoup là-dedans puisque c’est une lycéenne qui, à 16 ans, est déjà fiancée et projette déjà la fondation d’une famille pour gérer l’auberge familiale. Inutile de dire qu’en France, l’idée même de voir une adolescente de 16 ans être fiancée et aussi ambitieuse pour le business familial paraît décalée avec la réalité.



Maintenant, on peut se poser la question : est-ce que Hanasaku Iroha est un animé plus conservateur que la moyenne ou est-ce qu'il n'est finalement qu'un reflet de la société japonaise, qui est elle-même très conservatrice sur ces questions de travail et de famille ? Il serait tentant de suggérer que la seconde proposition serait la bonne…



Évidemment, on a peu parlé de l’aspect technique depuis le début de l’article, mais s'il y a bien un point sur lequel Hanasaku Iroha est inattaquable, c’est son visuel. Les décors sont soignés, le chara design (de Mel Kishida, à qui l'on doit le chara design d’épisodes de la série de J-RPG Atelier ou de l’animé So Ra No Wo To) est une véritable merveille et le travail sur les couleurs est à couper le souffle. P.A. Works possède cette petite patte graphique immédiatement perceptible qui fonctionne à merveille. On notera également les deux excellents génériques d’ouverture, qui ont révélé le groupe nano.RIPE.


Malheureusement, Hanasaku Iroha est un animé qu’il reste difficile de conseiller avec enthousiasme. Il n’est clairement pas mauvais, mais sa seconde partie inférieure à la première est regrettable. Regrettable parce que les treize premiers épisodes possèdent pas mal de bonnes choses : un bon rythme, de l’humour, du drame, de la romance et même un peu de bondage. Cependant, la série possède ensuite au moins trois ou quatre épisodes en trop, et passé le quinzième ou le seizième épisode, on sent beaucoup trop que l’équipe cherche à meubler au maximum avec des épisodes lents et assez bâclés. Sans ça, Hanasaku Iroha aurait pu se poser comme un animé tranche de vie de bonne qualité dont le seul grand défaut, finalement, aurait été d’être très japonais aussi bien dans son ton que ses idées.


Jeune adulte responsable qui serait parti de l'onsen en pleurant au bout de deux heures s'il avait été obligé d'y travailler, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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