CHRONIQUE DU JEUDI : Final Fantasy Unlimited

Final Fantasy Unlimited – La chronique du jeudi #35

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

La saga Final Fantasy a toujours su illuminer l’imagination des joueurs depuis maintenant près de 25 ans. Sans doute la saga de JRPG la plus mondialement connue et la plus respectée, il reste étonnant de voir qu’elle a été relativement épargnée par les adaptations animées. Là où, par exemple, chaque jeu de la saga Tales Of connaît un OAV animé résumé ou que, comme on l’a vu récemment, les adaptations de Persona commencent à être relativement présentes dans l’industrie, Final Fantasy n’a jamais beaucoup joué à ce jeu de l’adaptation.


Ainsi, malgré des jeux très connus et adorés, il n’y aura finalement en tout que deux adaptations de l’univers d’épisodes de la saga : en 1994 était adapté le jeu Final Fantasy V en une série de quatre OAV sous le nom Legend of the Crystals. Mais le fameux film d’animation 3D, qui servait de préquelle à Final Fantasy VII, est sans doute bien plus connu et bien plus emblématique - le fameux Advent Children, sorti en 2005.


Cela ne veut pas dire pour autant que la série méprise l’animation. On pense ainsi principalement à Final Fantasy: les Créatures de l’Esprit. Un film d’animation en 3D au budget pharaonique, qui révolutionna sous de nombreux points le cinéma d’animation à son époque, mais fut récompensé par une absence totale de succès critique et public. Le film ayant même été un gouffre financier sans nom, il a fortement contribué à la fin du studio Squaresoft, obligé de fusionner avec son ennemi juré, le créateur de Dragon Quest: Enix.


Mais en 2001, Les Créatures de l’Esprit ne furent pas le seul échec animé de la saga. Car en octobre de cette année-là était diffusée sur les écrans japonais une série pleine d’ambition : Final Fantasy Unlimited


Artwork officiel représentant les héros de Final Fantasy Unlimited

Dead Wonderland


Le scénario de Final Fantasy Unlimited prend comme héros deux jumeaux, nommés Ai et Yu. Âgés de 12 ans, ce frère et cette sœur, tous deux issus de la Terre, utilisent un train fantôme pour naviguer dans une dimension parallèle nommée le « Wonderland. » Ils sont tous deux à la recherche de leurs parents, deux scientifiques spécialistes des dimensions et mystérieusement disparus. Durant leur voyage, ils vont ainsi faire la rencontre dans ce Wonderland de personnages hauts en couleur qui vont les accompagner dans leur recherche. Cette dernière s’accompagnera d'ailleurs de la découverte d’un scénario sinistre puisque ce Wonderland serait peuplé de dieux malfaisants dont certains ne seraient pas opposés à s’attaquer à la Terre…


On y retrouve pas mal de points classiques d’un Final Fantasy, pour ne pas trop perdre le fan. On y trouve ainsi un habituel Cid (ici un inventeur qui aime bien donner des petits noms féminins à ses machines), des Chocobos, des dieux manipulateurs et même des fanfares quand les héros gagnent le combat. Mais comme d’habitude, ne tentez pas de vous raccrocher à un épisode connu puisque, tout comme le 7 et le 8 n’ont aucun point commun, Unlimited ne réutilise pas l’univers d’un autre jeu. Il crée le sien, et le fait pas trop mal.


Évidemment, une grande partie du scénario repose sur un ensemble de personnages qui composent, comme le veut la thématique JRPG, une équipe soudée. On a donc les deux jumeaux, Ai et Yu, aux caractères assez différents : l’une est pleine d’énergie, l’autre plus doux et peut parler aux animaux. Motivés par la recherche de leurs parents, ils sont malgré leur jeune âge le « centre » de l’équipe. On a Lisa Pacifist, la « combattante. », entre guillemets, car malgré le fait qu’elle soit décrite comme puissante et compétente, elle est souvent assez médiocre à l’écran et n’arrive jamais à vraiment gagner. On a Shiroi, le mystérieux épéiste taciturne. Et il y a Kaze, un amnésique balafré, armé d’une arme nommée le Magun, un pistolet légendaire et surpuissant.


La première partie des 25 épisodes de l’animé se suit ainsi comme un feuilleton : à bord de leur train, les héros vont naviguer dans un monde différent à chaque épisode. Il faut attendre la moitié de la série pour qu’un « véritable » scénario s’installe, se concluant de manière tragique, aussi bien pour les héros que pour les… spectateurs.




Comme un Pampa Triste


Final Fantasy Unlimited a été un bide. Total et magistral. La série dure 25 épisodes mais était prévu initialement pour en faire le double - c’est-à-dire 51 épisodes. Avec même une fin ouverte de planifiée pour, pourquoi pas, faire une suite en cas de succès. Et ce succès, malgré le nom Final Fantasy, il n’est juste jamais arrivé. À tel point que la série doit être stoppée à la moitié, au bout de 25 épisodes, la « suite » étant distribuée via des goodies moins onéreux comme des livres ou des dramas CD. Un aveu d’échec pour Square qui, couplé à l’échec du film Final Fantasy quelques mois plus tôt, finira de vacciner le studio contre l’idée de créer des univers Final Fantasy autrement qu’en jeu vidéo.


Les raisons de cet échec sont assez simples : la série n’était simplement pas au niveau. Il faut en outre comprendre que le public visé n’était peut-être juste pas le bon. Final Fantasy Unlimited s’adresse ainsi en priorité… aux enfants. Certes, ce n’est pas une excuse (doit-on rappeler que Gurren Lagann fut initialement diffusé à 8h du matin et que ça n’a jamais remis en cause sa qualité et sa capacité à plaire à un public adulte ?), mais cela peut expliquer tout d’abord une certaine déception auprès des nombreux fans de FF. De plus, est-ce que c’est une saga populaire auprès des enfants japonais de 2001 ? La question pouvait se poser.


Autre source de déception, le studio s’occupant de cet animé était Gonzo. On a déjà parlé d’eux pour Bienvenue dans la NHK et VanDread mais, pour résumer, c’est un studio à l’histoire assez controversée, qui s’est spécialisé dans des animés mélangeant 2D et 3D pour des résultats contestables. Dans Unlimited, on retrouve à nouveau cette technique particulière, pour un résultat qui reste toujours ouvert à débat.

 

Faut dire aussi que ça a parfois mal vieilli


C’est d’autant plus triste qu’on retrouve au staff des noms quand même porteurs d’un certain optimisme : Nobuo Uematsu, le compositeur attitré de la saga, s’occupe des musiques de la série qui, même si on est loin de l’excellence et l’inspiration d’un Final Fantasy VI ou IX, reste tout à fait honnête. À la réalisation, on trouve Mahiro Maeda, un homme au parcours très intéressant, qui récemment aura co-dirigé Rebuild of Evangelion 3.33, participé à la réalisation de certains épisodes de Kill la Kill (le 16e), qui possède le nom de Ghibli sur son CV (animateur sur Le Chateau dans le Ciel ou Porco Rosso), qui a quasiment fait à lui tout seul la série Gankutsuou aka le remake 2004 très apprécié du Comte de Monte-Cristo et qui a travaillé sur la première série Macross et le Daicon IV, ce qui ne nous rajeunit pas. Pas n’importe qui donc.


Enfin on retrouve au design Nakazawa Kazuto, qui partira plus tard travailler sur Samurai Champloo ou Zankyou no Terror, en plus de collaborer au JRPG Tales of Legendria. Un style efficace, très ancré dans cette époque du début des années 2000, mais qui aujourd’hui encore fonctionne bien.



Que s’est-il donc passé ? Techniquement la série peine mais surtout, offre un scénario qui n’est pas vraiment à la mesure et s’empêtre très rapidement dans les clichés mal maîtrisés. Le rythme est lent et la 3D est envahissante, mal intégrée. Le fait qu’une fin a dû être improvisée sur le fil termine de rendre l’ensemble assez indigeste. Et, évidemment, le nom « Final Fantasy » fait qu’on est, même inconsciemment, beaucoup plus sévère à son égard que si c’était une série de fantasy SF lambda. Ce qui est finalement d’autant plus terrible puisque, avec du recul, la seule chose qui fait que l’on se souvienne de Final Fantasy Unlimited est parce qu’il porte un nom « prestigieux ! »


Car c’est là le plus grand défaut de cet animé : de ne pas être mémorable. Si Final Fantasy, en tant que JRPG, a atteint un statut culte, c’est parce que chaque épisode se réinventait et révolutionnait son genre. Même les épisodes les plus récents et contestés de la saga ont une idée en tête, un propos qu’on ne voit pas ailleurs. Aimez ou détestez Final Fantasy X, VIII, XIII ou V, mais il est difficile d’y être indifférent. Alors qu’Unlimited, finalement, est une série qui ne marque pas les mémoires, qui n’est rien de neuf. C’est simplement un shonen Fantasy/SF de plus, qui ne se distingue guère de la masse et ne semble même pas montrer l’envie de le faire. Et c’est d’autant plus impardonnable que derrière, il porte un nom, il porte des moyens, un staff et des ambitions qui ne sont pas celles d’un animé normal…


Vous êtes fans de Final Fantasy ? Pour la curiosité, ça peut être une vision intéressante pour votre culture, mais ne vous attendez pas à un miracle. Pour les autres ? C'est très dispensable, hélas.

 

Jeune adulte responsable qui a comme Final Fantasy préféré le neuvième, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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