CHRONIQUE DU JEUDI : Watamote

Watashi ga Motenai no wa dō Kangaetemo Omaera ga Warui! - La chronique du jeudi #37

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques



L’adolescence est toujours un moment délicat à passer. On est ni un enfant ni un adulte, on commence à acquérir des opinions, une indépendance difficile à gérer et on se croit du coup plus malin que tout le monde. Sans compter qu’on y expérimente pour la première fois nombre de sentiments, qui peuvent aller du positif au négatif. Au Japon l’adolescence est perçue moins comme un passage de doutes et de questionnements que comme un des rares instants de liberté possible et libérés d’impératifs primordiaux – pas de famille, pas de travail, pas d’argent, etc. Ce qui explique qu’il y a une quantité ahurissante de séries dont les héros sont adolescents, mais finalement, peu de séries qui parlent de l’adolescence.


En 2013 sortait sur les écrans japonais une comédie noire nommée Watashi ga Motenai no wa dō Kangaetemo Omaera ga Warui!  – qu’on va appeler à partir de maintenant Watamote –, qui se traduit par « Peu importe comment je le vois, ce n’est pas ma faute si je ne suis pas populaire » qui, du coup, se distingue par sa volonté de faire le portrait, sur le ton de la comédie, d’une adolescente solitaire et asociale qui va aller de difficultés en difficultés dans sa vie quotidienne.


Kuroki Tomoko, votre héroïne



Creep


L’héroïne de la série est donc Kuroki Tomoko. Elle vient tout juste d’entrer au lycée avec une grande ambition en tête : celle de reprendre sa vie à zéro et de devenir populaire et appréciée de ses camarades. Sauf qu’il suffit d’une ellipse d’un mois pour se rendre compte que cette noble ambition n’est pas facile à atteindre. Tout simplement parce que Tomoko a une vision très… bizarre de la vie sociale. Trop timide pour oser aborder qui que ce soit, elle fait également preuve d’une imagination féconde qui la force à voir le pire dans chaque situation. Du coup, elle s’alarme rapidement de sa solitude, mais, paradoxalement, ne semble pas forcément prompte à faire des efforts qui pourraient l’améliorer. Sans compter que ses réflexions, parfois tordues, l’entraînent dans des situations inextricables.


Watamote est donc l’adaptation d’un manga de Nico Tanigawa. Derrière Nico Tanigawa se cache un homme et une femme, l’un écrivain, l’autre artiste, sans qu’on ne sache qui fait quoi, les deux personnes étant très mystérieuses. Il faut remarquer de la part de ce duo un style assez particulier, qui rend la lecture du manga assez spéciale. En effet, Watamote n’est pas particulièrement bien dessiné, mais s’affirme par un visuel simple mais assez repoussant : en effet, l’héroïne y est volontairement dessinée avec un regard de poisson mort sous drogues et rien n’est fait pour qu’on s’attache à elle, ne serait-ce qu’en se débarrassant de tous les éléments moe qui pourrait la rendre mignonne ou attractive. Rien qu’en voyant le design du personnage, on ne peut ainsi pas s’empêcher de ressentir un certain malaise.


Car là on lâche le mot qui résume bien Watamote : malaise.



La lecture de Watamote n’est pas simple. Pour composer le personnage de Tomoko, il paraît indubitable que les deux auteurs ont dû piocher dans leurs expériences personnelles ou dans les témoignages de personnes qui n’ont pas un réel don en ce qui concerne la vie sociale. Beaucoup de chapitres sont construits sur un modèle similaire : Tomoko va se donner un objectif « noble », inventer un moyen souvent tordu d’y parvenir, se rater et s’humilier devant le lecteur. C’est pour cela que si Watamote est une comédie, alors c’est une comédie jaune. Et pour peu que vous ayez eu des expériences ou des réflexions similaires à l’héroïne dans votre passé – ou votre présent –, vous allez vous manger des madeleines de Proust. Des madeleines rassies qui auraient dépassé la date limite de consommation depuis un bon paquet d’années.


Pour l’adaptation animée, c’est le studio Silver Link qui a été mis sur le coup, avec Oonuma Shin à la réalisation. Un réalisateur particulier, habitué des adaptations après un début de carrière prometteur au sein du studio SHAFT pour la série des ef. Depuis on le connaît surtout pour des titres comme: Kokoro Connect, Fate/kaleid liner Prisma, Baka To Test, Dusk Maiden of Amnesia ou bien encore No-Rin.


Peut-on rendre une visite au Starbucks malsaine et embarrassante ? Oui.


No More Tomoko


La version animée, dans son ensemble, améliore grandement son matériau de base. Si la série garde un cachet visuel assez simple, l’ensemble est rendu plus agréable à voir que le manga. Néanmoins, si la forme s’adoucit, le fond, lui, ne se montre pas aussi gentil. Watamote reste aussi inconfortable en anime qu’en manga. Mais en même temps, cette inconfortabilité est bienvenue et sert presque d’exutoire. Ce qui arrive à Tomoko nous dégoûte, mais en même temps nous rassure quelque peu, puisque finalement on trouve enfin quelqu’un qui est susceptible d’avoir une vie bien plus pourrie que la nôtre.


Car Watamote reste principalement une série qui tourne tout autour de son héroïne. Pourtant, tout est fait pour nous la rendre détestable : elle passe son temps à juger ses camarades de manière hautaine, est feignante, souvent incompétente et passe trop souvent son temps à se perdre dans ses pensées pour en sortir des choses incompréhensibles. Solitaire, elle a une seule et unique amie que très vite elle voit d’un œil libidineux et qu’elle n’hésite pas à insulter dans ses pensées. Elle est en outre l’inverse total d’une vision idéalisée de la féminité, puisqu’elle se gratte le fessier une fois par épisode et passe ses nuits à jouer à des otome game et à écouter des dramas CD. Bourrée de failles, Tomoko est une anti-héroïne au sens le plus pur du terme. Et pourtant on arrive tout de même à vouloir qu’elle s’en sorte. Ce qui, on ne va pas vous le cacher, arrive difficilement.


La série n'hésite pas à faire des références plus ou moins subtiles


Il faut d’ailleurs souligner à quel point l’adaptation animée est réussie. Déjà parce que la doubleuse en charge de Tomoko, Izumi Kitta, fournit un travail admirable sur l’ensemble de la série qui est, en exagérant un peu, un gigantesque monologue de l’héroïne qui va prendre des tas de voix différentes, certaines pas toujours sexy ou faciles à sortir. Ensuite, parce qu’elle allonge pas mal de choses, souvent pour le meilleur. Des blagues, des dialogues, des situations entières sont rajoutées par rapport au manga et l’ensemble est bien rythmé, assez fluide et pas trop mal réalisé. Il y a même quelques petits gags visuels comme un caméo d’Animal Crossing ou des génériques de fin changeant à presque chaque épisode. Là-dessus, l’adaptation réussit parfaitement son boulot, se justifie et donnerait presque envie de lire la source originale qui est pourtant beaucoup plus simple et très différente.


En parlant des génériques, le générique d’ouverture est là aussi assez sympathique, avec une très bonne chanson de Konomi Suzuki (à qui on doit également les très jolis génériques de No Game No Life ou Sakurasou No Pet Na Kanojo), accompagnée de Kiba of Akiba pour un titre métal-mais-pas-trop très agréable.




Maintenant, oui, Watamote est particulier parce que son propos n’est finalement pas forcément simple à appréhender. Si vous avez eu (ou vous avez) une scolarité à l’écart des autres ou bien que vous souffrez d’anxiété sociale dans votre quotidien, cet animé ne risque pas d’être une vision agréable car trop souvent, il va se passer à l’écran des choses qui sont susceptibles de vous rappeler de mauvais souvenirs. On peut se reconnaître à certaines reprises dans ce personnage qui nous fait un peu le reflet de nos erreurs passées. Ce n’est pas toujours agréable et il faut parfois une bonne dose d’autodérision pour accepter ce qui se passe à l’écran sans se sentir trop touché.


Mais c’est aussi un visage de la comédie que l’animation japonaise n’a toujours que trop soigneusement évité. La comédie ce n’est pas simplement faire rire les gens avec des blagues simples et inoffensives : c’est aussi pouvoir exagérer des traits et des situations pour nous faire réfléchir dessus, nous confronter à des faits qu’on veut éviter et nous aider à les accepter avec humour. L’humour de Watamote est à double tranchant et parfois il passe, parfois il casse.


C’est pour cela que Watamote est donc une oeuvre qui polarise et que soit vous aimerez, soit vous détesterez, mais il y a peu de chances que ça laisse totalement indifférent. Et là où c’est intéressant avec cette série, c’est que bien souvent, les fans aiment la série pour la même raison que les détracteurs la haïssent, et vice-versa. Et c’est assez rare pour être souligné. N'hésitez donc pas à tenter l'aventure pour vous créer votre propre avis !



Jeune adulte responsable triste que le personnage doublé par Kana Hanazawa ne soit pas la vraie héroïne de cet animé, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo


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