CHRONIQUE DU JEUDI : Monster

Monster – La chronique du jeudi #39

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Très grand mangaka aujourd’hui renommé auprès d’un public large qui dépasse largement le cercle des passionnés de mangas, Naoki Urasawa est un auteur prolifique, talentueux et dont le succès n’est pas démérité. Que ce soit avec des titres comme 20th Century Boys, Pluto ou Billy Bat, chaque ouverture d’un de ses tomes est l’assurance d’avoir affaire à un travail maîtrisé, léché, extrêmement efficace et extrêmement réussi.


Mais étrangement, ce ne sont pas ses travaux les plus connus qui sont adaptés. Si l’on excepte 20th Century Boys, qui a été adapté en 2008 et 2009 en une trilogie de film, les séries animées issues des mangas de Naoki Urasawa ne sont pas celles que l’on attend vraiment : en 1989 commence la diffusion de Yawara, qui adapte un de se ses premiers mangas, centré sur une héroïne qui a pour but, sous la pression de son grand-père, de devenir une judoka titrée aux Jeux olympiques. En 1998, c’est Master Keaton, racontant l’histoire d’un ancien militaire devenu expert antifraude pour une célèbre société d’assurance, qui est adapté en une cinquantaine d’épisodes.


Il faudra après cela attendre 2004 pour voir un autre ouvrage d’Urasawa adapté en série animée, et ce n’est pas n’importe lequel : Monster.



Docteur en 86 à Dusseldorf


Monster se déroule dans un cadre extrêmement original puisqu’il prend place dans l’Allemagne des années 80 et 90. Inutile de dire qu’il ne néglige pas le fait que c’est un pays qui connaît une histoire particulière à cette époque ; et que la guerre froide et ses conséquences ne sont pas ignorées. L’histoire débute en 1986 à Dusseldorf où, dans un hôpital de la ville, arrive un jeune chirurgien japonais nommé Tenma. Particulièrement doué et talentueux, il devient rapidement la star de son hôpital et est promis à un avenir radieux. Fiancé à Éva, la fille du directeur de l’hôpital, tout semble merveilleusement se dérouler pour le jeune Tenma.


Sauf qu’évidemment, cette vie parfaite va vite être confrontée à un problème de taille : un soir, le chirurgien doit faire face à un dilemme puisqu’arrivent à l’hôpital deux personnes qui ont un nécessaire besoin de chirurgie : d’un coté, le maire de la ville, puissant et reconnu, de l’autre un jeune garçon de dix ans, blessé par balle à la tête. Avec ses compétences hors-norme, il est le seul à pouvoir sauver l’un des deux et choisit le jeune garçon, arrivé en premier. Le maire, quant à lui, meurt. À partir de cet instant, Tenma va baisser en grade, sa relation avec Éva être arrêtée brutalement et sa carrière se stopper net.


Mais ce n’est pas la seule conséquence de ce choix. Le directeur de l’hôpital va alors mourir assassiné dans des conduits mystérieux et neuf ans plus tard, Tenma continue de travailler comme chirurgien dans cet hôpital lorsqu’une série de meurtres va avoir lieu tout autour de lui, lui permettant de devenir chef du service chirurgie. Voilà qui est déjà assez suspect, d’autant plus que le responsable de ces meurtres pourrait être Johann, le jeune garçon sauvé neuf ans plus tôt…


Tenma


Accusé de ces meurtres par la rumeur populaire, Tenma va fuir à la recherche de Johann tout en étant lui-même pourchassé par l’inspecteur Runge, inspecteur froid et méthodique qui, tel un Javert des temps modernes, souhaite interroger le docteur à tout prix…


Les 18 tomes du manga et les 74 épisodes de la série développeront donc cette poursuite effrénée entre ces trois hommes, mais incorporeront également nombre de développements : quel est le passé de Johann ? Celui-ci existe-t-il vraiment ? Qu’est-il arrivé à sa sœur ? Tenma est-il réellement innocent ? Que se cache-t-il dans l’ancienne Allemagne de l’Est qui pourrait être lié à l’affaire ? L’histoire prendra place de Dusseldorf jusqu’à Prague, pour s’achever dans un petit village allemand semblable à tout autre…


Runge, l’inspecteur à la volonté inébranlable qui pourchassera Tenma dans toute l’Europe



Monstre-fleuve


Si Monster a aussi rapidement acquis une solide réputation d’œuvre culte, ce n’est pas pour rien. En plus d’un scénario extrêmement intéressant, prenant place dans un cadre original, le manga se révèle très intelligent, bien écrit et n’est jamais avare en rebondissementsà s’exploser la tête. Dessinés avec un style caractéristique, fluide et lisible, les 18 tomes sont un régal à parcourir et offrent à son lecteur un thriller psychologique haletant, efficace et bourré d’excellentes idées.


Si le manga est excellent, alors qu’en est-il de son adaptation animée ? Eh bien, elle a une très grande qualité : la version animée respecte le manga à la lettre, ce qui lui permet de récupérer la totalité de ses points forts. Le défaut ? la version animée respecte le manga à la lettre. C’est une demande d’Urasawa qui n’a laissé au studio que très, très peu de liberté pour l’adaptation. Ce qui fait que, finalement, on peut clairement dire que les deux supports sont presque équivalents qualitativement parlant ; mais de l’autre côté, si vous avez lu/vu l’un, difficile de prendre plaisir à voir/lire l’autre tant les différences sont minimes.


Une échelle, peut-être ?


Néanmoins, ceci mis à part, il faut admettre que c’est une adaptation solide qui parvient amplement, malgré ses limites, à garder la même intensité, la même intelligence et à ne jamais faire preuve d’irrégularité dans son rythme. À ce sujet, attention : même si la série est intense, elle n’est pas forcément remplie d’action. Mine de rien, Monster est une série dans laquelle la discussion est très présente et qui fonctionne beaucoup en sachant prendre le temps de poser une ambiance. Cela dit, dans l’ensemble, la série animée se boit comme du petit-lait et les 74 épisodes vont passer plus vite que vous ne pouvez l’imaginer.


Difficile également de ne pas mentionner la bonne OST de l’animé, principalement ses génériques, démoniaques dans leurs ambiances et particularités. Difficile de ne pas avoir le sang glacé devant le premier générique de fin, instrumental dans la version européenne pour des raisons de droits ce qui, étrangement, met encore plus mal à l’aise que dans la version originale.


Regarder Monster dix ans après le début de sa diffusion japonaise, c’est constater que, comme les grands crus, c’est une œuvre qui vieillit bien. Au-delà de son côté thriller très efficace, Monster est avant tout un manga sur la notion de bien et de mal. Le mal le plus pur peut-il réellement exister ? Où s’arrête l’humanité et où commence la folie maléfique ? Très ambigu moralement, le personnage de Johann est le pivot de cette réflexion, avec lequel sont ensuite imbriquées de nombreuses personnalités, aussi bien des anciens « savants fous » ex-soviétiques que des néonazis tchèques qui vont essayer d’utiliser la figure de Johann pour servir leurs idéaux…


Johann



Monster reste toujours un classique auquel la version animée parvient à rendre un hommage impeccable, même si l’on pourra regretter son aspect très carré, ce qui ne l’empêche pas de fonctionner extrêmement bien. La série avait déjà marqué beaucoup de monde lors de son passage sur Canal+ en 2006 et elle est aujourd’hui diffusée sur France 4. On espère qu’elle saura trouver son public et faire découvrir au maximum de personnes la grande qualité de cette série à laquelle il est honnêtement difficile de faire le moindre reproche…


Jeune adulte responsable pour qui Monster a pas mal occupé ses soirées de début 2006, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: