CHRONIQUE DU JEUDI : Kokoro Connect

Kokoro Connect – La chronique du jeudi #44

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Changer de corps avec quelqu’un d’autre est un fantasme vieux comme le monde. Échanger sa vie, son physique et ses expériences pour un jour ou plus, voilà un moyen simple de changer son quotidien, sortir de son train-train et de pouvoir s’amuser sans la moindre conséquence. Dans l’animation japonaise, l’échange de corps est un procédé scénaristique assez classique, utilisé majoritairement dans la comédie. C’est l’occasion pour un personnage de découvrir le quotidien d’un autre et de faire nombre de gags lubriques et débauchés. Si une série comique sur le long terme n’exploite pas ce procédé, alors il y a quelque chose qui cloche.


Depuis peu, quelques œuvres commencent à mettre l’échange des corps au cœur de leur scénario. C’est le cas, par exemple, du shônen à succès Yamada-kun and the Seven Witches, dont l’adaptation animée débutera au printemps prochain. Un arc de Que sa volonté soit faite utilise un échange de corps pour compliquer la situation du personnage principal. Parfois, c'est traité avec un sérieux glaçant, par exemple dans le manga Inside Mari, où un otaku reclus se retrouve dans le corps d’une lycéenne de 17 ans sans connaître ni son nom, ni son caractère, ni la douleur du fameux cycle menstruel.


Revenons donc deux ans en arrière. En 2012, un animé utilisait ce thème : Kokoro Connect.


Couverture du premier tome du light novel de Kokoro Connect


K-okoro !


L’histoire a lieu dans un lycée japonais tout à fait banal. Au sein de cet établissement existe un club nommé le club d’étude culturelle de la société. Deux garçons, trois filles, un quotidien très classique. Sauf qu’un beau jour, ces cinq camarades sont visités par un personnage étrange nommé Heartseed qui leur offre un pouvoir dont ils se seraient bien passés : à n’importe quel moment, leurs esprits peuvent être échangés d’un corps à l’autre. Rigolo au début, il devient beaucoup moins comique quand ceux-ci se trouvent dans des positions gênantes qui vont forcer les cinq lycéens à découvrir les secrets cachés par les autres…


La série se concentre donc sur les cinq personnages principaux :



Taichi, le héros. Un garçon gentil, toujours prêt à aider ses amis et qui fait chavirer les cœurs au sein de son propre club. Amoureux d'Iori, il est aussi passionné de catch américain. Évidemment, sa générosité est un vrai problème puisque, peu à peu, il va se rendre compte qu’à force de vouloir aider à tout prix, des ennuis inattendus peuvent survenir.



Iori est la présidente du club. Remplie d’énergie et très positive, c’est un tourbillon d’optimisme et une bonne vivante un peu maladroite que ne renieraient pas les Yui Hirasawa ou autres Minori Kushieda. Bien entendu, tout n’est pas si rose : elle a d’importants problèmes familiaux, et surtout, semble avoir un certain don pour la manipulation de son caractère au point de ne plus vraiment savoir qui elle est. Elle est amoureuse de Taichi, mais n’est pas consciente des sentiments de notre héros.


Inaba est la présidente officieuse du club, très sérieuse, assez cynique et acerbe, elle fait un peu tout le boulot. Assez cultivée et plutôt franche du collier, elle sert un peu de maman au club. Si elle n’a pas vraiment de traumatisme ou de problème d’identité, elle a un important souci de confiance en elle et se blâme perpétuellement pour son caractère tout en essayant en permanence de garder la face et de ménager son orgueil. Amoureuse de Taichi.



Yui semble être plus féminine que ses deux collègues, mais cet aspect cache une experte du karaté et un fort caractère qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Derrière sa féminité et sa sociabilité se cache une jeune fille traumatisée par un événement malsain durant sa préadolescence, qui l’a laissée agoraphobe et incapable de faire confiance à qui que ce soit.



Enfin, Aoki est le meilleur ami du héros… et est un peu le punching-ball du club. Amoureux de Yui, c’est un garçon sérieux et assez comique, mais cet humour et ce manque de sérieux peuvent parfois se retourner contre lui.





Voici les cinq protagonistes principaux de l’histoire, autour desquels gravite une poignée de personnages secondaires qu’il n’est pas forcément utile de détailler, car ils ne jouent qu'un rôle mineur. Tout va donc se dérouler entre ces cinq élèves et, évidemment, le mystérieux Heartseed qui peut intervenir en « empruntant » le corps de leur professeur référent…


Attention, voici un mini-retournement de situation : Kokoro Connect ne parle pas que d’échange de corps. En fait, c’est même seulement un quart du propos de la série. En réalité, les héros vont trouver un moyen de faire disparaître leur bien encombrant pouvoir… pour se voir en récupérer un nouveau, tout aussi embêtant. Ainsi, l’arc de l’échange de corps sera suivi de l’arc des impulsions, où les moindres impulsions ou désirs ne peuvent plus être réfrénés, ce qui donnera suite à des situations assez gênantes. Un autre arc verra les personnages, à tour de rôle, rajeunir au point de redevenir ceux qu’ils étaient à 4 ou 12 ans, physiquement comme mentalement, avec les mémoires de l’époque…


Toucher ou ne pas toucher... ? 


Kokoro Connect peut donc surprendre : ce pouvoir d’échange de corps, qu’on croyait être un élément central de la série, est en fait un simple instrument scénaristique qui est très vite remplacé par un autre. Oui, c’est une œuvre qui n’a pas comme sujet le pouvoir, mais bien l’évolution et le développement de cinq personnages qui devront apprendre à gérer et résoudre leurs problèmes personnels et mentaux.


Sur ce plan, la volonté est encourageante. Dommage que la série se traîne quelques boulets.


Club de bouffe, c'est ça ?

Freaky Friday


À la réalisation de la série, le studio Silver Link. Un des studios montants de ces dernières années, il a su se montrer capable d’adapter avec sagesse et ingéniosité pas mal de titres et s’est très vite spécialisé dans l’adaptation de comédies avec des titres comme Baka to Test ou Non Non Biyori, mais aussi d'autres œuvres plus sérieuses comme Dusk Maiden of Amnesia. À la réalisation, on trouve Shin Ônuma, une des figures les plus emblématiques du studio, révélé par le studio SHAFT grâce aux adaptations du visual novel ef. et qui, depuis, réalise les principaux projets de Silver Link, dont Watamote que nous n’avons pas cité précédemment. Pour l’occasion, il est assisté d’un second réalisateur, Shinya Kawatsura, qui avait été assistant-réalisateur sur Durarara!!, qui a été responsable du très bon Non Non Biyori et qui n’est pas un novice puisqu’il avait déjà été à la tête de .hack//gift en 2003.


Tant qu’on cite le staff, anecdote amusante : le story-board du troisième générique de fin de la série a été réalisé par Kunihiko Ikuhara, ce réalisateur dont on avait parlé récemment pour avoir été la tête pensante d'Utena ou également Mawaru Penguindrum.


Tsumu… ah non, il manque les sourcils


Visuellement, certains remarqueront que ça ressemble énormément à K-On! puisque le chara-design emprunte énormément des codes de la série de Kyoto Animation. On y retrouve les mêmes formes, les mêmes tics, bref la parenté est évidente. Silver Link a-t-il emprunté le style ? Non, rassurez-vous, ici point de plagiat : l’illustratrice des light novel est Yukiko Horiguchi. Une animatrice récurrente de Kyoto Animation (elle a travaillée sur la quasi-intégralité des séries d’animation du studio sorties avant 2010) qui avait été la responsable de la conception des personnages de K-On! et Tamako Market. Non seulement l’illustratrice a une sacrée expérience et un style qui en a pas mal inspiré d’autres après le succès de K-On!, mais vous serez heureux d’apprendre qu’elle a un papa maire d’une charmante bourgade japonaise nommée Yawata. Décidément, tout lui réussit.


Ceci étant dit, bien que le style graphique soit proche, et même si certains remarqueront qu'Iori partage la même voix que Yui Hirasawa à l’octave près (elles sont toutes deux doublées par Aki Toyosaki), inutile de dire que les deux séries n’ont rien à voir et que ce style, à première vue mignon et coloré, se montre très vite capable de s’adapter et de se modifier si les scènes et le ton deviennent sérieux… ce qui arrive assez régulièrement. Finalement, Kokoro Connect prend des allures de comédie pour nous projeter, parfois sans transition, vers du drame.


Coucher de soleil ?


Au total, nous avons donc quatre arcs bien distincts, chacun ayant une particularité et un ton différents. C’est là qu’arrivent les soucis pour Kokoro Connect : une véritable irrégularité quant à la qualité. Le premier arc est assez bien conçu, avec un rebondissement particulièrement poignant une fois arrivé aux deux tiers. L’épisode 5 de la série est même plutôt prenant et laisse augurer du mieux par la suite. Et c’est là que la série commence à décevoir. Le second arc n’a pas grand-chose à se reprocher, mais le troisième et le quatrième sont clairement moins bons. L’écriture est moins inspirée, les pouvoirs moins intéressants et les personnages commencent à devenir clairement antipathiques. Le troisième arc peine véritablement à convaincre et ne se lance jamais vraiment. Il a au moins le mérite d’être court. Le quatrième arc, lui, disponible uniquement en OAV, passe du chaud au froid en permanence. Certaines scènes assez bien fichues peuvent précéder des passages clairement moins convaincants. Le dernier épisode de l’arc est un peu à cette image, les trois quarts de celui-ci étant dédiés à des personnages qui font un concours de celui qui prendra la décision la plus stupide. D’autant plus frustrant que dans son dernier quart, l’épisode offre une très jolie scène de romance qui laisse un souvenir agréable.


Et puis certains personnages ne sont tout simplement pas assez intéressants. Yui est développée dans le premier arc, mais n’est plus très utile à l’intrigue dès les arcs suivants, se contentant d’errer autour du groupe sans avoir vraiment de caractère défini. Ne parlons pas du personnage d’Aoki, qui peine à exister tout au long de l’animé. En fin de compte, des cinq personnages, la série se concentre uniquement sur Inaba, Iori et Taichi. On aime beaucoup ces trois lycéens, mais on sent qu’aucun effort n’a été fait pour nous faire apprécier un chouïa les deux autres.



Dans tous les cas, Kokoro Connect est un animé qui vaut le coup au moins pour son premier arc, qui en cinq épisodes parvient de manière assez efficace à poser des enjeux, à développer des personnages et à apporter une conclusion satisfaisante. Malgré tout, la série est-elle allée trop vite en ne profitant pas du potentiel intéressant de l'échange de corps? On peut se poser la question. Tout comme un Sword Art Online qui benne à mi-maison tout son intrigant et attirant scénario, Kokoro Connect se débarrasse trop vite de son délire corporel sans assez le développer. Le reste des arcs peine à susciter le même enthousiasme, malgré des idées rigolotes, mais dont le potentiel, là encore, n'est jamais exploité à fond.



Resteront en mémoire de celui qui l’a vu quelques scènes assez mémorables : Kokoro Connect aura ainsi pour mérite d’avoir pu utiliser le thème de l’onanisme comme élément de romance, et c'est la seule série animée qui peut se targuer d’avoir réussi le coup.


Jeune adulte responsable qui a découvert le talent de Miyuki Sawachiro grâce au personnage d'Inaba, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo 
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