CHRONIQUE DU JEUDI : Que sa volonté soit faite

Kami nomi zo shiru sekai / The World God Only Knows – La chronique du jeudi #45

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


En attendant les vacances de Noël, qui verront l’apparition de deux chroniques du jeudi un peu spéciales, terminons l’année sur une dernière adaptation animée d’un manga. Remontons donc quatre ans en arrière pour évoquer une œuvre qui a su, à sa manière, redynamiser le concept de comédie romantique « harem ». Vous savez, ces mangas ou ces animés dont tout le scénario repose sur un lycéen « normal » qui se retrouve entouré de jolies pépettes qui vont se battre pour avoir la grâce de ses beaux yeux. C’est encore mieux si ce lycéen est un garçon pas très dégourdi incapable de se rendre compte des sentiments des autres filles. Il y a des dizaines d’exemples comme Ichigo 100%, To Love, Nisekoi, Shuffle et mille autres adaptations de manga ou de visual novel.


En 2010 débarquait l’animé The World God Only Knows, au nom japonais Kami Nomi Zo Shiru Sekai ou au nom français Que sa volonté soit faite. Celui-ci se présente d’abord comme une parodie à peine subtile des jeux de drague et autres romcom « harem » ; mais il a su très vite dépasser son statut de parodie pour devenir une œuvre à part entière, avec son univers, ses enjeux et ses idées. Il a été adapté en trois saisons de douze épisodes, et ça peut donc être le bon moment pour revenir dessus.

Keima et Elsie, duo de choc !

God Old Games


Keima Katsuragi est un lycéen pas ultrapassionné par ce qui l’entoure. Non, ce qu’il aime et adore par-dessus tout, c’est les jeux de drague. Il y est même particulièrement doué et y excelle suffisamment pour créer son propre site Internet sur lequel, sous le surnom de « dieu de la drague », il aide les autres joueurs à trouver le succès amoureux dans les jeux vidéo. Un beau jour il reçoit un défi, l’accepte et se retrouve affublé d’un collier qui le lie à Elsie de Lute Irma, une jeune démone pleine d’énergie. Celle-ci vient des Enfers et est chargée de chasser des « âmes errantes » qui se cachent dans le cœur de jeunes filles malheureuses. Le meilleur moyen de chasser ces âmes ? L’amour et le baiser. Keima, cet expert en drague vidéoludique, se retrouve donc obligé de commencer à draguer toutes les filles victimes de ces âmes errantes, quitte à utiliser « en vrai » des techniques virtuelles. S'il échoue ? Son collier explose. Oups.


Initialement, Que sa volonté soit faite fonctionne avec un système d’arcs bien précis et bien cloisonnés. Chaque arc correspond à une cible à séduire et se conclut quand l’âme est libérée. Chaque fille oubliant Keima après leur libération, c’est un bon outil scénaristique pour présenter de nombreux personnages féminins qu’on ne reverra que très peu après. En somme, en une poignée de chapitres et d’épisodes, on a une romance complète qui, à chaque fois, se déroule toujours très différemment.


Et au bout d'un moment ça fait beaucoup de filles


Car Keima est un expert des jeux vidéo, donc, et cela le rend conscient de tous les archétypes possibles et imaginables. Séduire une tsundere ? Facile ! Il faisait comme ceci dans tel jeu. Une idol ? Facile ! Tel jeu faisait comme cela. Séduire une experte du shogi ? Archétype vu et revu dans une dizaine de titres qu’il a forcément faits et complétés. Chaque fille est donc surtout l’occasion d’analyser un type de personnage, de le parodier et d’en examiner les défauts et les qualités. On a ainsi donc une ribambelle de caricatures qui se succèdent à un rythme régulier : la tsundere, la bibliothécaire, l’amie d’enfance, la prof, etc.


Entre chaque arc on peut trouver ici et là des chapitres et des épisodes bonus, chargés de développer un peu le duo d’Elsie et de Keima, souvent par le biais de gags et de références hilarantes. Un chapitre entier, par exemple, est dédié à ce qu’est le jeu de drague « parfait ». Sauf que cela est illustré par l’esprit imaginatif de Keima, ce qui se termine en une guerre civile digne des plus grands moments de l’Histoire.


Les références visuelles à d'autres styles ou ouvrages sont nombreuses


Ce rythme dure une bonne centaine de chapitres, avant de voir le manga prendre ses ailes et commencer un vrai grand arc, rempli d’enjeux et d’aventures. L’arc des divinités voit ainsi Keima être forcé de retourner vers ses anciennes « cibles » afin de savoir lesquelles cacheraient l’âme d’une des sept divinités menacées par une force conservatrice et traditionaliste qui brouille la politique interne des Enfers.


Bref, un manga riche en surprises. Et qui, naturellement, va faire l’objet d’une adaptation animée…


Autour du Manglobe


La première saison sortira en octobre 2010 sur tous les écrans du monde entier, étant même un des premiers simulcats de Wakanim. Elle adapte les quatre premiers arcs de l’anime — Ayumi la sportive, Mio la tsundere, Kanon l’idol et Shiori la bibliothécaire — et se révèle de qualité correcte. On retrouve derrière cette adaptation le studio Manglobe. Un studio qu’on connaît pour des titres comme Samurai Champloo, Ergo Proxy ou Michiko to Hatchin. Mais il faut avouer que malgré un début très encourageant, le studio s’est vite enfermé dans l’adaptation d’ouvrages de commandes assez otaku sans vraiment offrir à chaque série une personnalité particulière.


Cela ne veut pas dire que nous avons là une mauvaise adaptation : comme beaucoup d’autres choses, disons juste que si vous avez déjà lu le manga, c’est comme si vous aviez également déjà vu l’animé, et vice-versa. C’est une adaptation assez classique, en somme.



Il faut néanmoins complimenter certains points, comme le générique d’ouverture assez superbe, et l’implication des doubleurs dans leurs personnages, que ce soit Hiro Shimono pour le rôle de Keima ou bien Taoyama Nao pour Kanon et Hanazawa Kana pour Shiori.


Rapidement une seconde saison, The World God Only Knows II, débute en avril 2011, adaptant quatre nouveaux arcs : Chihiro la fille « normale », Kasuga la karatéka, Haqua la rivale d’Elsie et Jun la prof. À nouveau, le générique est superbe, les doubleurs passionnés mais la technique reste correcte sans trop de génie.


Entre-temps, la popularité de la série augmente et de nombreux spin-off sont créés. C’est le cas par exemple d’un série d’OAV dédiée au personnage de Kanon nommé Magical Idol Kanon. Le manga conclut son arc des déesses pour partir vers un nouvel arc toujours plus ambitieux. Et, étrangement, il faudra attendre deux ans pour voir l'adaptation de la suite du manga, non sans sacrifices.


En effet, la saison 3, débutée lors de l’été 2013 et nommée Kami Nomi Zo Shiru Sekai – Goddess Arc, sortie en France sous le nom de « saison 3 » saute carrément près d’une dizaine de tomes pour aller directement adapter l’arc des divinités. Un choix prudent, vu la popularité du manga et des quatre filles de la première saison, dont trois d’entre elles sont dans les premiers rôles de cette saison. Une adaptation un peu moins sage, avec pas mal d'ajouts et de petites modifications. Évidemment, avoir sauté dix tomes se ressent malgré tout et certains personnages sont jetés à la tête des spectateurs sans avoir été forcément très bien présentés.


Depuis, le manga s’est conclu et pas de nouvelles d’une éventuelle quatrième saison…



L’Amour est dans le game


Que sa volonté soit faite restera dans les mémoires comme une très bonne parodie des comédies romantiques. Très bonne car au-delà de l’aspect comique (qui fonctionne bien) et au-delà de l’aspect référentiel (qui fonctionne très bien), elle parvient à sortir plusieurs fois de son cadre pour savoir se montrer sérieuse et créer son propre univers. Cette réussite, elle est principalement illustrée au moment de l’arc des divinités où la série parvient excellemment bien à mélanger l’humour des débuts avec des enjeux palpables et une intensité qui fonctionne bien. En s’amusant des codes du romcom, la série se les approprie et parvient à les faire siens. Elle aurait pu se contenter d’être une bête satire qui nous aurait pointé tous les défauts du genre, mais non, Que sa volonté soit faite dissèque, analyse, recycle, exagère, caricature mais ne se moque jamais vraiment.


Ce n’était pas forcément gagné dès le début, mais plus la série gagne en confiance, plus elle est appréciable. Et en bonus, une grande partie des personnages sont extrêmement attachants. Tous sont développés, montrés sous différents angles et bien utilisés. On est même un peu triste quand un arc se conclut, car cela implique de se séparer d’un personnage qu’on avait appris à aimer.


Le manga est peut-être le meilleur support mais l’animé, en restant plan-plan et assez peu courageux, reste un choix de qualité presque équivalente. Dans tous les cas, on vous le conseille si vous aimez le genre et que vous cherchez quelque chose de plus malin que la moyenne des autres ouvrages.



Jeune adulte responsable qui a Shiori comme n°1, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo 

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