CHRONIQUE DU JEUDI : Danganronpa

Danganronpa the Animation – La chronique du jeudi #47

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Si Battle Royale a bien démocratisé quelque chose, c’est le concept de voir des lycéens se battre à mort, victimes indirectes d’un système autoritaire et manipulateur heureux de voir des jeunes pousses pourrir avant même d’éclore. Et si Saw a bien démocratisé quelque chose, c’est d’enfermer des gens au passé trouble dans des jeux mortels pour voir ce qu’il va se passer. Alors, histoire de surfer sur cette vague, c’est en 2010 le studio Spike sort sur les PSP japonaises un jeu textuel de mystère nommé Danganronpa qui rencontre immédiatement une certaine popularité, au point d’être suivi d’une suite deux ans plus tard et de deux remakes sur PS Vita qui seront eux exportés en Occident par les soins de l’éditeur NIS America. Mais, surtout, ce qui est bien plus intéressant, il aura la joie d’être adapté en animé lors de l’été 2013. Et c’est là que ça nous intéresse plus directement, dans le cadre de la chronique du jeudi.




Petits meurtres entre amis


Scénario très intéressant : dans le monde se trouve une académie prestigieuse nommée la Hope’s Peak Academy. Accessible uniquement aux élèves les plus talentueux, elle possède en son sein les lycéens les plus doués et les plus spécialisés du monde. On y trouve le meilleur cuisinier du monde, qui peut être assis à côté du meilleur yakuza du monde, du meilleur écrivain du monde ou de la meilleure danseuse traditionnelle du monde. Et alors que la rentrée va commencer arrive notre héros, Naegi Makoto, qui a lui été sélectionné par tirage au sort et est donc, le fait, le meilleur chanceux du monde. Mais alors qu’il met un pied dans sa nouvelle école, il s’évanouit et se réveille dans une mystérieuse salle de classe. Bien décontenancé, il erre dans ce bâtiment scolaire aux fenêtres condamnées et retrouve quatorze autres élèves. Enfermés dans le bâtiment, ils ont à peine le temps de se demander comment en sortir qu’un ours robotique nommé Monokuma apparaît et leur explique la seule sortie possible : pour quitter le bâtiment, il faut tuer un des autres élèves. Si un meurtre est constaté, un procès a alors lieu. Si ce procès détermine le bon coupable, l’assassin est exécuté et tout le monde reste en vie. Mais si ce procès prend fin en désignant un innocent, le meurtrier peut alors sortir du bâtiment pendant que tous les autres survivants sont cruellement exécutés…


Bien déterminés à ne pas rentrer dans le jeu de Monokuma, les élèves font d’abord preuve d’unité et de cohésion. On retrouve dans ce groupe de quinze personnes un ensemble varié allant de l’arrogant Togami Byakuya, « l’ultime héritier » à la mystérieuse Celestia Ludenberg, « l’ultime parieuse », en passant par la gloutonne Aoi (« l’ultime nageuse »), l’otaku Yamada (« l’ultime artiste amateur ») ou bien la cool mais étrange Kyoko Kirigi (« l’ultime ??? »). Et Makoto n’est pas seul dans cette galère puisqu’une camarade de collège, l’ultime idol Sayaka, fait équipe avec lui afin de l'aider à traverser cette épreuve. Sauf qu’évidemment, très vite, la loi impitoyable de Hope’s Peak va parler et le premier meurtre va survenir…


Le vil Monokuma


Danganronpa est un jeu extrêmement intéressant, aux très nombreuses influences et particularités qui lui ont permis de rapidement se distinguer dans l’univers vidéoludique japonais. On y retrouve de très nombreux éléments de visual novel avec un jeu qui se veut majoritairement textuel, auquel on égrène de l’exploration libre en 3D, des mécaniques de dating sim pour améliorer nos relations avec les autres personnages et débloquer de nouvelles capacités au fur et à mesure de nos rapprochements mais aussi et surtout des passages point & click et de l’investigation très proche de la série Phoenix Wright avec des éléments à récupérer tout autour de la scène de crime, éléments qui seront cruciaux lors d’une phase intense de procès qui vous demander de jouer à plusieurs mini-jeux afin de retrouver la vérité et de désigner le juste combat.


Ce mélange de gameplay ne serait pas complet sans une direction artistique unique, avec des personnages caricaturaux dont l’extravagance physique s’accompagne d’une autre extravagance, elle beaucoup plus caractérielle. Les personnages de Danganronpa ne sont pas spécialement subtils : ce sont des archétypes bien définis et bien souvent ultra exagérés, très over the top. On en attend pas moins de personnes désignées sous le terme d'« ultimes » et, évidemment, derrière ces exagérations se cachent souvent des secrets sombres et des passés troubles qui font que, quand en vient le moment, on parvient à prendre cet univers tout droit sorti d’un comic book totalement au sérieux.


À partir de là, on a un jeu qui dure une bonne trentaine d’heures, riche en rebondissements, en contenu, en développement et dont le design s’inspire autant de la bande dessinée que du manga pour enfants… Alors comment on adapte ça en animé, finalement ?



La série récupère les eyecatchs d'intro de chaque chapitre, ne cachant pas son rôle d'adaptation

La colère du roi Lerche


Le pari d’adapter Danganronpa est audacieux mais casse-gueule. Prévu pour sortir durant l’été 2013, c’est-à-dire simultanément avec la sortie des remakes Vita des deux jeux de la franchise, la série ne se voit dotée que de treize épisodes. On parle ici d’un jeu avec une trentaine d’heures de contenu, adapté en treize épisodes de vingt minutes. Si l’on fait le calcul, on voit rapidement que quelque chose cloche et que le défi sera sans doute plus rude que prévu. Et effectivement, la série adapte du mieux qu’elle peut autant de choses en un temps minimum et ça se voit très vite. Les phases d’investigation sont réduites à leur plus simple appareil — en 3 minutes, le héros trouve tous les indices et part au procès —, les personnages ne sont pas développés en dehors des meurtres et à de nombreuses reprises les génériques sautent pour permettre au studio de gratter une ou deux minutes ici ou là.


Difficile de réellement jeter l’opprobre sur le studio LERCHE et sur le réalisateur, Kishi Seiji. Ce dernier, spécialisé dans les adaptations malgré des débuts encourageants sur Angel Beats, a un CV très intéressant, allant d’adaptations réellement réussies (Jinrui wa Suitai Shimashita, Seto no Hanayome, Carnival Phantasm), à d’autres moins enthousiasmantes (Kamisama Dolls) et d’autres totalement… WTF. Il a ainsi travaillé sur l’adaptation de Persona 4 et de Devil Survivor 2, deux autres jeux japonais assez nichés qui ont été adaptés de manière très cavalière, le premier oscillant constamment entre adaptation sérieuse et autoparodie et le second inventant une intrigue totalement différente de celle du jeu, pour un résultat peu apprécié des fans. Il faut dire qu’adapter du jeu vidéo ou du visual novel en animé n’est pas exercice simple et rares sont les adaptations à finalement bien s’en sortir… On pensera à Clannad ou Kanon mais ceux-ci font plus office d’exceptions que de règles.


L'ending a une intro en pixel art assez cool et tout à fait dans l'esprit du jeu d'origine


Mais ici il faut avouer qu’au vu des conditions, le résultat est honorable. Même si l’on ne sait pas si certaines idées, comme celle de reprendre quasi tels quels certains gimmicks « visuels » du jeu, sont rafraîchissantes ou juste paresseuses. Mais en l’état, au vu des conditions, au vu de la contrainte de fourrer un long jeu dans un format qui dure deux tiers moins longtemps, il faut avouer que l’objectif est réussi.


Est-ce un screenshot du jeu ou de l'animé ? 


Au final, regarder Danganronpa en animé plutôt qu’y jouer n’est pas si dommageable. On loupe pas mal de détails, on devient parfois même incapable de deviner à l’avance le nom du tueur et son modus operandi mais l’essentiel est retenu et il faut avouer que le scénario de Danganronpa reste très bon. Bien rythmé, riche en rebondissements et avec ce petit bonus qui est celui de craindre pour la vie de ses petits préférés. Chaque meurtrier à ses motivations et certaines sont riches en émotion. Quant aux victimes, chaque perte fait mal. Moins que dans le jeu, puisque finalement on passe moins de temps à s’attacher à elles, mais c'est douloureux tout de même. La victime du chapitre deux a brisé le cœur d’une grande quantité de joueurs…


Mais finalement, à qui s’adresse cette adaptation ?


À ceux qui ont déjà joué au jeu ? Il peut y avoir le plaisir de redécouvrir ses personnages préférés, cette fois-ci intégralement doublés par une tripotée de doubleurs connus. Mais rien n’est rajouté ou adapté et le fan du jeu passera plus de temps à rager contre les oublis et sacrifices qu’apprécier vraiment l’expérience.


Celui qui n’a pas joué au jeu ? Sans doute. Mais dans ce cas-là, pourquoi voudra-t-il acheter le jeu derrière alors qu’il saura directement qui a fait quoi et comment ? Dans un jeu comme Danganronpa, ou le mystère joue un rôle primordial, ça peut être du gâchis. Non, soyons clairs, le mieux reste tout de même de jouer au jeu, plus complet, plus riche, mieux adapté, moins rushé.


Alors, au pire, ça peut servir de palliatif pour ceux qui voudraient faire l’excellent Super Danganronpa 2 sans se faire le premier épisode. Ça n’a pas beaucoup de sens, mais quand même un minimum. Sauf que ceux qui auraient cette idée doivent être avertis que certains détails cruciaux omis par l’animé peuvent avoir un rôle majeur dans la suite…


Alors, si vous n'avez pas le temps de vous faire le jeu, OK, Danganronpa the Animation peut faire l’affaire. En l’état, ça reste un jeu de massacre bougrement intéressant, qui surprend en permanence et se révèle vraiment bien écrit. Encore une fois, on pourra se plaindre cent sept ans que l’animé ne dure que treize épisodes au lieu de vingt-deux mais le studio a fait de son mieux avec les contraintes qu’ils avaient. Alors reste un animé assez unique, aussi bien visuellement que scénaristiquement, qui devrait intéresser tous ceux qui cherchent une autre vision du mystère.


En plus y a des jeunes filles, du thé, et des gâteaux !


Jeune adulte responsable qui s'est acheté une Vita pour Danganronpa 2 et qui a adoré, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo 
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