CHRONIQUE DU JEUDI : Noir

Noir – La chronique du jeudi #48

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Si l’on en croit la plupart des producteurs, deux choses plaisent toujours aux jeunes mâles adultes : des armes à feu et des jolies pépettes. Alors pourquoi ne pas fusionner les deux ? Ainsi est né le « genre » du girls with guns, où au lieu de voir de jeunes hommes se battre à coup de calibres de tailles diverses et variées, le casting devient beaucoup plus féminisé et permet souvent, si vous me permettez le jeu de mots, de voir des canons armés de gros canons.


Le genre même du girls with guns a d’ailleurs été extraordinairement populaire dans l’animation japonaise au début des années 2000. Comme l’expression d’une tendance mondiale, peut-être popularisée via la série de jeux Tomb Raider et le cinéma hongkongais, mais l’on a pu voir fleurir nombre d’œuvres de pop culture qui proposait des personnages féminins, souvent de caractère, être les stars de nombreux films et jeux d’action. Dans l’animation, ç'a donné différents titres : aussi bien le déluré Grenadier que le très très émouvant Gunslinger Girls ou l’inoubliable Ghost in the Shell Stand Alone Complex. Sans compter, évidemment, nombre de titres confinant au nanar comme Mezzo DSA ou Agent Aika...


Le plus emblématique restera le titre qui, l’espace de quelques années, aura mis la lumière sur un petit studio nommé Bee Train. Un animé cher au public francophone pour de multiples raisons, premier volet d’une trilogie thématique : la série Noir.


Altena, Chloé, Kirika et Mireille : les quatre femmes au centre du scénario de Noir

Plus sombre que le noir


Cocorico ! La majeure partie de Noir se déroule en France. Le scénario est plutôt concis : une jeune Japonaise nommée Kirika se réveille un beau jour amnésique. Ses seuls souvenirs sont inconscients puisqu’elle se découvre un instinct très efficace pour l’art de l’assassinat et du meurtre. Elle est recueillie par une autre assassin d’origine corse, Mireille Bouquet, qui va faire d’elle sa compagne de mission et essayer de l’aider à retrouver sa mémoire et ses origines.


Évidemment, plus l'intrigue avance, plus on se rend compte que Kirika est un engrenage clé dans une organisation d’ordre mondial et que Mireille n’y serait pas si étrangère que ça non plus. En attendant de trouver plus d’indices, c’est sous le pseudonyme de « Noir » que les deux femmes font équipe et acceptent nombre de primes et de missions, car après tout, elles sont bel et bien des tueuses professionnelles.


La série dure donc près de vingt-six épisodes et possède un schéma au début assez classique, chaque épisode étant d’abord dédié à une mission bien particulière du duo. La première moitié de la série est donc assez peu compliquée à regarder et, sans vous dire qu’elle peut être vue dans le désordre, possède un format très « feuilleton » qui fait que chaque épisode est assez indépendant des autres. Noir en profite surtout pour développer son univers, ses deux héroïnes et un ton assez unique.


Kirika et son absence perpétuelle d'émotions, ce qui est une de ses principales préoccupations


En effet, Noir est une série finalement assez lente. Malgré son côté film d’action, c'est une série qui prend son temps et les combats n’y sont jamais intenses et frénétiques. Ils sont même souvent réduits à leur plus simple appareil et les héroïnes ont un don, semble-t-il, pour abattre leurs ennemis d’un seul coup. Les premiers épisodes ont ainsi des combats qui se limitent aux deux héroïnes face à des vagues d’opposants anonymes et rarement menaçants, souvent abattus d’un seul coup dans un ensemble visuellement travaillé et extrêmement propre. Ni sang ni violence dans Noir.


La seconde partie casse alors ce schéma et introduit véritablement les héroïnes dans ce qui devient le scénario concret de la série. Noir ne change cependant pas de fonctionnement et continue à garder son rythme particulier et très lent. Nombreux sont ceux à s'être tournés vers Noir en espérant quelque chose d’intense et bourrin. Beaucoup ont été logiquement déçus, mais au moins, c’est un parti pris assumé et jamais remis en question tout le long de la série.


Mireille, d'apparence totalement étrangère à la trame de fond du scénario... 


Plus noir que Noir


Noir est particulièrement réputé en France pour deux raisons : la première, c’est évidemment le fait que la majorité de la série se déroule dans le pays aux mille fromages, ce qui est finalement plus rare que ce qu’on pourrait croire. La représentation de Paris n’échappe certes pas aux clichés avec sa tour Eiffel omniprésente et ses Parisiens toujours blancs-blonds-bérets-baguettes, mais la ville est au centre de certains épisodes, de même que la Corse.


La seconde raison, c’est qu’il y a dix ans tout juste, la série faisait partie de La Kaz, cette émission de Canal+ diffusée en clair à partir de 18h30 qui mettait en avant nombre d’animés qui sont restés assez réputés chez nous, en l’occurrence GTO, Excel Saga, Fullmetal Alchemist et donc Noir. Aujourd’hui, dix ans après, la série est encore diffusée à la télévision française puisqu’elle passe en ce moment sur la chaîne Nolife.


La mystérieuse Chloé, un des meilleurs personnages de la série


Enfin, la série a été l’occasion pour beaucoup de découvrir la compositrice Yuki Kajiura. Il faut le signaler : la bande-son de Noir est magnifique. Certains thèmes comme Canta Per Me ou Salva Nos sont restés dans les mémoires. Même sans avoir vu l’animé, la bande-son est une écoute presque obligatoire car vraiment travaillée et singulière. Nombre de scènes sont magnifiées par les chansons.

En réaction, la popularité de la compositrice a explosé. Jusque-là, elle n’était connue que de certains initiés. Elle a depuis signé les bandes-son d’œuvres comme Mai-HiME, Tsubasa Chronicles, Pandora Hearts, Puella Magi Madoka Magica, Fate/zero ou bien Sword Art Online. Tout ça sans parler de ses groupes, FictionJunction et Kalafina, qui ont interprété certains des plus beaux génériques de ces dernières années.



Néanmoins, Noir subit les affres du temps. La revoir en 2015 ne permet que de constater le vieillissement de la technique, assez minimaliste. Certes, pour un animé de 2001, pire existe. C’est une des séries de cette époque qui s’en sort le mieux, mais elle peut être un moment difficile pour quiconque a un œil exigeant. Cela dit, qui arrivera à passer outre ce problème et à s’habituer au rythme lent si particulier de la série trouvera une œuvre intéressante qui possède, et c’est important de le souligner, une très belle conclusion. À noter que la série possède deux suites spirituelles, Madlax et El Cazador de la Bruja, mais nous en parlerons sans doute une autre fois… même s'il est difficile de vous cacher le fait qu’elles sont toutes deux en deçà de Noir.


Jeune adulte responsable qui se sent vieux quand il se rend compte qu'il regardait la série sur Canal+ il y a dix ans, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo 
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