CHRONIQUE DU JEUDI : Higurashi No Naku Koro Ni

Higurashi No Naku Koro Ni – La chronique du jeudi #50

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Higurashi No Naku Koro Nic’est une longue histoire. Né d’un visual novel dont le premier épisode fut sorti au Comiket et imprimé à cinquante exemplaires et demi, il a su profiter de son format épisodique et de son écriture unique pour gagner en popularité au fur et à mesure de la sortie des huit épisodes qui vont finalement composer l’intégralité de la série. À partir de là, la série est ensuite adaptée en animé, connaît une sortie sur consoles de salon et inspire également la création de nombreux mangas, lights novels, etc. Aujourd’hui, la franchise est une des figures les plus emblématiques de l’horreur à la japonaise, reconnue aussi bien chez un public adolescent friand de scènes chocs que chez nombre de passionnés plus pointus qui reconnaissent en Higurashi No Naku Koro Ni un des ouvrages les plus marquants du visual novel japonais.


Alors aujourd’hui, accrochez vos ceintures, nous allons parler des adaptations animées qui ont découlé et il n’y en a pas qu’un peu. Prenez quelques secondes pour préparer votre esprit, en ce jeudi, nous allons dans le petit village d’Hinamizawa…


En haut : Mion (ou Shion, sa sœur jumelle ?), Rena, Keichi
En bas: Rika, Satoko


Higurashi No Naku Koro Ni – Hinamizawa, le village maudit


Nous sommes en 1983 et Hinamizawa est un petit village de la campagne japonaise où emménage Keichi, un jeune garçon accompagné de ses parents. Ici, on est loin de tout, mais cela n’empêche pas le garçon de se faire des amies grâce à un club scolaire dédié aux jeux de société. En somme, il vit une adolescence enviable et passe son temps entre siestes, voyages à vélo et parties de jeu. Mais un beau jour, il apprend quelques détails peu enthousiasmants sur le passé de la ville : un projet de barrage menaçant le village aurait mal tourné avec nombre d’ouvriers tués et découpés. En outre, il apprend également l’existence d’un malédiction qui veut que le jour de la fête du coton de son village, une personne meurt et une autre disparaît… Ce qui arrive à nouveau inévitablement cette année-là. Appréciant peu de n’avoir pas été mis au courant par ses « amis », il se met soudainement en tête de découvrir le secret du village et va vite se rendre compte que tout n’est pas aussi idyllique qu’il l’espérait…


Cette première saison est sortie en avril 2006, sous la responsabilité du studio DEEN et de la réalisatrice Chiaki Kon. Malgré une technique et un graphisme qu’on peut se permettre de qualifier de dégueulasses, le succès est au rendez-vous. Il faut dire qu’en plus d’être un thriller assez efficace, Higurashi bénéficie d’une écriture originale et ne se cantonne pas à être un « simple » animé gore et horrifique.


Déjà, première surprise pour ceux qui découvrent l’univers : l’épisode 5 se termine sur une conclusion tragique… et l’épisode 6 reprend le scénario en repartant de zéro et comme s’il ne s’était rien passé. Les morts reviennent à la vie et on retourne quelques semaines en arrière. Ce qui pourrait paraître être un deus ex machina à la mords-moi-le-nœud s’avère être un outil scénaristique efficace pour développer l’univers. Divisé en cinq arcs narratifs, on devient très vite conscient d’une chose: tous les arcs commencent très bien, dans l’innocence, l’humour, la candeur et un peu de grivoiserie mais on sait toujours que chaque arc va très mal se terminer…


Comme ça, par exemple


Le but du jeu pour le spectateur est alors de profiter des détails ajoutés à chaque arc — qui chacun se concentre et développe un personnage différent — pour reconstituer un puzzle et tâcher de déjouer les mystères de Hinamizawa et trouver l’identité des personnages à la tête de toute la conspiration.


Même si, honnêtement, le spectacteur de la série aura beaucoup de mal à faire des déductions car la série souffre d’un mal classique des adaptations : celui de ne pas pouvoir forcément insérer tous les détails du visual novel. La lecture de Higurashi est une lecture souvent longue, les huit épisodes de la série sont plutôt long et très verbeux. Il a dès lors fallu faire des coupes et certaines d’entre elles se sont révélées mal choisies. Les plus gros éléments sont néanmoins présents mais la tâche de détective est beaucoup plus ardue pour le spectacteur de l’animé que pour le lecteur du visual novel.


Masques et mystères à Hinamizawa


Malgré ces coupes qui feront bondir à raison les fans, il reste néanmoins que Higurashi no Naku Koro Ni possède ses qualités et parvient à retranscrire aussi bien l’humour des séquences légères de début d’arc que le malaise et l’ambiance glauque des séquences macabres qui arrivent ensuite. La série n’est pas ennuyeuse et parvient à transporter son spectateur. Le seul vrai souci est technique avec une animation souvent minimaliste et des designs parfois atrocement mal dessinés. Le studio DEEN n’a jamais été vraiment réputé pour son sérieux technique et le prouve ici.


À noter que la série est sortie en France avec une VF de qualité (mais, si les rumeurs sont exactes, très très mal payée par l’éditeur d’alors, Anima.) La série a pris alors le nom de Hinamizawa, le village maudit, ce qui colle plutôt bien.


Un aperçu du look du visual novel original


Higurashi no Naku Koro Ni Kai


C’est lors de l’été 2007 que débute la seconde saison de Higurashi afin d’adapter la fin de l’histoire et, surtout, dévoiler les mystères autour des meurtres et des crises de paranoïa qui touchent le village. Pour l’occasion, Ryukishi07, le créateur du visual novel, prend un peu plus d’initiatives dans l’écriture de l’animé afin d’éviter les soucis de la première saison et que des détails, même minimes, ne soient pas occultés. Et pour mieux répondre à la popularité acquise après la première saison, la qualité technique augmente d’un cran et, à défaut d’être parfaite sur ce point, Higurashi no Naku Koro Ni Kai ne fait plus autant pitié que son prédecesseur.


Et c’est d’autant plus important que les événements contés dans Kai ne manquent pas d’ampleur. On découvre l’identité du grand méchant et inutile de dire que ce n’est pas traité avec légèreté. L’animé joue constamment avec nos attentes et si Kai est en général beaucoup moins gore que la première saison, il n’en reste pas moins violent visuellement et psychologiquement.


Parfois l'ambiance à Hinamizawa est à la déconne


Mais il ne faut pas oublier que l’écriture reste la qualité principale de Higurashi et que les thèmes évoqués dans l’ensemble des deux saisons sont bien plus larges qu’attendu. La série reste avant tout une grande dissertation sur le thème de l’enfance. Chacun des personnages principaux de cette série a des traumatismes et des secrets forts liés à leurs problèmes d’enfance et la majorité des problèmes de la série vient de personnes qui ont juste pété un câble à force d’emmagasiner des sentiments négatifs vis-à-vis d’événements qui leur sont arrivés dans leur jeunesse.

 

Rika et Satoko sont deux orphelines qui ont géré la disparition de leurs proches de manière tout à fait différente, Shion et Mion sont deux héritières d’un clan yakuza qui les met sous pression, quant à Rena et Keichii, leur passé semble être jonché d’erreurs et de doutes… Sans parler du grand méchant de la série, dont un épisode entier est dédié au fait que son enfance était vraiment digne d’un roman de Dickens, expliquant un peu plus son passage à la folie.


Attention Rika, les cabines téléphoniques sont dangereuses à Hinamizawa...


Mais de la jeunesse nous n’y voyons pas que les mauvais côtés et la série, dans son ensemble, passe aussi beaucoup de temps à rappeler les bons côtés : l’insouciance, l’activité, la légèreté de cette période dénuée de réelles responsabilités. En basant son récit dans un village perdu des années 80, dans une école composée de dix élèves toutes années comprises, Higurashi parvient à offrir un cadre original mais également très enviable.


À noter également l’écriture d’un arc original, inédit à l’animé, qui a été écrit par Ryukishi07 pour résumer les détails les plus importants omis par l’adaptation de la première saison.


Regardez ces regards amusés et qui mettent en confiance ! Pure soirée en perspective.


La série parvenant à offrir une conclusion définitive et n'ayant plus rien à adapter, on se dit alors que c’est terminé pour Higurashi en animé…

Ce serait se tromper !


Higurashi No Naku Koro Ni Rei


Higurashi No Naku Koro Ni Rei propose un format de cinq OAV — au lieu des saisons de 26 et 24 épisodes. Ceux-ci sont sortis durant l’année 2009, et sont toujours dirigés par le studio DEEN. L’arc principal se déroule après la fin de la série et voit le personnage de Rika être transporté dans un univers parallèle où tout se serait en réalité bien passé. Ici pas de meurtres bizarres, pas de disparitions, tous ceux qui sont morts avant le début de la série sont bel et bien vivants et, du coup, tout a changé. Mais cela frustre énormement Rika qui cherche à tout prix à savoir comment retrouver le monde auquel elle appartient.


L’intrigue est donc déroulée sur trois épisodes et fonctionne plutôt bien comme bonus. Le seul vrai défaut est une fin un peu sortie de nulle part qui, sans ruiner totalement l’arc, est un peu décevante vu la direction que prenait jusqu’alors le scénario.


Les deux autres épisodes de l’OAV sont eux du pur fan service. Mais, attention, du fan service de qualité avec deux épisodes hilarants. L’un voit le groupe de héros aller à la piscine et, évidemment, semer le chaos sur leur passage tandis que le second voit Rena avaler une pierre qui la rend amoureuse de tout le monde, ce qui amène des situations ubuesques. Ces deux épisodes sont un de ces cas amusants de séries qui s’autoparodient, avec des personnages souvent réduits à leur trait le plus spécifique, souvent exagéré puissance cinq ou six. Ce qui donne des visions qui se finissent souvent la larme à l’œil, pour peu qu’on accroche à cet humour parfois en dessous de la ceinture et rarement très fin.


Cette bouée canard est au centre de tous les enjeux du premier OAV.


En tout cas aussi gras qu’il soit, il fonctionne mieux que…

Higurashi No Naku Koro Ni Kira


La suite « spirituelle » de Higurashi, Umineko No Naku Koro Ni, étant terminée, le petit monde de l’animation japonaise et le studio DEEN revient en 2011 dans l’univers d’Hinamizawa pour une série de 4 OAV nommés Higurashi No Naku Koro Ni Kira. Surfant sur la bonne réception critique des OAV « humoristiques » de la série, Kira décide de ne proposer que des épisodes fan service/autoparodiques…


… qui ne sont pas très drôles.


Déjà, on notera que la série retourne à ses sources avec un visuel infâme accompagné d’une technique assez peu travaillée. Mais l’écriture en elle-même est assez feignante, avec un premier OAV assez gênant qui voit les personnages féminins offrir des scènes de fan service d’un érotisme étrangement peu efficace. Est-ce le ridicule des situations ? La technique désastreuse ? Le fait que certains des personnages féminins n'aient même pas dix ans ? Allez savoir, mais reste que l’intérêt n’est guère au rendez-vous.


Puella Card Sailor Rika PreCure


Les OAV suivants peinent à faire mieux, avec une parodie de magical girl assez peu originale et inspirée, ou bien une fausse comédie romantique certes un peu plus drôle mais toujours pas le meilleur de ce qu’aurait pu proposer la franchise. Il reste un quatrième OAV, plus sérieux, qui lui se laisse regarder et raconte une histoire presque mignonne.


Mais, dans l’ensemble, ça reste très dispensable.


Higurashi No Naku Koro Ni Kaku Outbreak


Le dernier-né, sorti en 2013, ne consiste qu’en un seul OAV de 52 min qui raconte la lutte de nos héros face à un « mystérieux virus ». Dépourvu de tout humour et de tout fan service, Outbreak se concentre plus sur l’aspect « psychopathe » d’Higurashi avec le groupe d’amis seul face à un village devenu fou. Assez proche dans l’esprit d’un Highschool of the Dead, ça se laisse regarder sans déplaisir sans guère parvenir à rester dans nos mémoires. En somme, ça remplit son office et ça laisse un moins mauvais goût dans la bouche que Kira.


On ne comprend cependant que guère le cliffhanger qui sert de fin et qui n’est suivi par… rien ? Aucun autre OAV n’a été annoncé depuis et la seule promesse de suite semble se trouver dans le nouvel épisode du visual novel, Higurashi Hou.


En tout cas, Rena est très énervée tout le long de l'épisode


En tout cas, ça semble tout pour l’univers Higurashi No Naku Koro Ni dans l’animation japonaise et on est pas à l’abri d’un éventuel remake de la franchise pour les futurs dix ans de la série animée. À ce titre, rappelons que le visual novel original est disponible en France sous le nom du Sanglot des Cigales. Pour le reste, les fans de l’écriture et du style se jetteront sur Umineko No Naku Koro Ni, la suite spirituelle qui tend plus du coté d’Agatha Christie...


Jeune adulte responsable qui aimerait bien ensuite parler de l'anime d'Umineko sans trop déprimer, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo 

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