CHRONIQUE DU JEUDI : Soul Eater

Soul Eater - La chronique du jeudi #55

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Les plus grands éditeurs de shônens sont connus mais on a tendance à principalement se souvenir de Shueisha (Dragon Ball, Saint Seiya, Naruto, Bleach, Haikyuu) ou de Kodansha (Hajime no Ippo, GTO, l’Attaque des Titans, Beck) en ignorant le reste de l’industrie. Mais un autre éditeur parvient, de temps à autre, à se distinguer de ses deux concurrents omniprésents, à l’aide de séries originales et d’une extrême qualité. Cet éditeur, principalement connu pour ses jeux vidéo, c’est Square Enix. S'ils ne vendent pas autant de mangas que les deux géants susmentionnés, ils ont quand même réussi, cette dernière décennie, à proposer quelques hits qui ont marqué les esprits : citons, par exemple, Fullmetal Alchemist ou l’adaptation manga de To Aru Majutsu no Index.


De manière intéressante, beaucoup de leurs titres sont des succès modestes au Japon mais cartonnent en France. C’est le cas de mangas comme Ubelblatt, Doubt ou Red Eyes Sword: Akame ga Kill. Succès souvent dus à des éditeurs compétents qui parviennent à parler et communiquer au public.


Mais au final, en tant qu’éditeur, Square Enix ne reposait à une époque que sur un seul pilier: Fullmetal Alchemist. Et quand la série s'est conclue, il fallait trouver un successeur spirituel, un nouveau « gros succès » qui serait la vitrine des shônens Square Enix. Ce successeur, c’est Soul Eater. Qui, sans atteindre le succès des aventures des frères Elric, fut un carton tout à fait mérité.


De gauche à droite : Black Star et Tsubaki ; Chrona et Ragnarok ; Maka et Soul Eater ; Death the Kid et les sœurs Thompson.


Une légende qui commence au douzième siècle


L’histoire de Soul Eater, c’est celle de trois groupes. Nous sommes dans un univers contemporain mais visuellement très barré, ou viennent se mélanger le maximum de références culturelles et d’éléments mythologiques de tous les âges et de tous les styles. Dans ce monde vivent de terribles sorcières qui sèment le chaos et la dévastation sur leur passage, en plus d’âmes démoniaques peu amicales. Pour réguler tout cela, on peut compter sur des chasseurs d’âmes qui défont les monstres et récupèrent leurs âmes. Ces chasseurs travaillent en duo : l’un est le manieur de l’arme tandis que la seconde personne est l’arme. En effet, nous sommes dans un monde où certaines personnes peuvent se transformer en armes dévastatrices…


Les premiers épisodes et les premiers chapitres sont chacun dédiés à nous présenter les trois groupes de héros que nous allons accompagner tout au long de l’histoire. Deux duos et un trio.


Le premier duo, c’est Maka Albarn et son arme, la faux nommée Soul Eater Evans. Elle est un rat de bibliothèque particulièrement agile et très sérieuse, lui est un garçon détendu, expert pianiste aux dents aiguisées. Quand on les rencontre, Soul Eater avale sa centième âme et se prépare à devenir une arme ultime, la Death Scythe. Problème : l’âme qu’il avale n’est pas bonne et il doit recommencer sa collecte depuis le début.


Le second duo, c’est l’extravagant Black Star, accompagné de la timide Nakatsuka Tsubaki, qui a la forme initiale d’un grappin mais peut se transformer à volonté en shiruken ou en sabrei. Tous deux ninjas (l’un est autoproclamé, l’autre l’est de facto), ce duo est très efficace mais le caractère très arrogant, poseur et mégalomaniaque d’un Black Star convaincu qu’il est le meilleur ninja du monde cause des ennuis à de nombreuses reprises.


Enfin, le trio, et troisième groupe de héros, c’est Death the Kid accompagné des deux sœurs Thompson, Elizabeth et Patricia. Death the Kid est le fils de Shinigami, le grand dieu de la mort qui dirige ce monde, et doit donc se préparer à un jour hériter des responsabilités familiales. Il reste néanmoins beaucoup plus concerné par tout ce qui est asymétrique et mal rangé, car il est atteint d'un TOC particulièrement handicapant. Les deux jumelles Thompson l'accompagnent, celles-ci ne se ressemblent absolument pas physiquement mais peuvent toutes deux prendre la forme de pistolets.


Chrona, antagoniste ou alliée des héros ?


Après une introduction à l’univers et aux personnages, on entre dans le vif du sujet et on nous présente alors l’école Shibusen, qui regroupe les sept personnages cités en plus d’une multitude d’autres. En effet, nos personnages principaux sont tous élèves de cette école très particulière, qui domine la ville de Death City au Nevada et qui offre à tous ses inscrits des nombreux cours sur la façon de tuer des âmes démoniaques et des sorcières : étude de cas, apprentissage de la maîtrise d’arme pour les meisters et de la transformation pour les armes humaines.


Mais au-delà des cours légers et des chasses aux âmes qui sont finalement moins bien dures qu’on ne pourrait y croire se cache de nombreuses menaces : la folie personnifiée est cachée dans les sous-sols de l’école, de nombreuses sorcières aux pouvoirs extravagants se terrent en attendant leur heure et le dieu de la mort lui-même, le bien nommé Maître Shinigami, possède un passé plutôt trouble, qui recèle de nombreux secrets…

 

Maka et Soul, illustrant la relation meister/arme


Gorillaz à l’école des sorciers


Que ce soit en manga ou en animé, Soul Eater est une œuvre à la croisée des mondes et des cultures. Passionné par le rock’n’roll, les films d’horreur américains et la science-fiction internationale, l’auteur de ce manga, Atsushi Ohkubo, mixe toutes ses passions et influences dans ce seul shônen manga. On pourrait trouver bizarre de croiser une sorcière nommée Blair faire face à un personnage conçu d'après le chanteur du groupe Gorillaz alors que dans l’épisode suivant on va apprendre que tel personnage a un lien de parenté avec l’épée Masamune.


Et on pourrait croire que ce fourre-tout est indigeste mais, surprise, ce n’est pas le cas. Le mélange est maîtrisé et la série parvient admirablement à trouver dans tout ce fatras sa propre personnalité et une ambiance qui lui est propre, oscillant entre un humour grivois, des scènes d’action particulièrement cool et des passages beaucoup plus macabres, prenant au premier degré des situations dignes d’un cartoon de Tex Avery.


Le grand méchant de la série est UN PEU dérangeant


Si le manga a débuté en mai 2004, c’est en avril 2008 que la diffusion de l’adaptation animée débute au Japon. Une adaptation sous de très bons auspices : le studio BONES — alors à son apogée — est aux manettes. On y retrouve des signes qui, à nouveau, rappellent Fullmetal Alchemist. Même studio, même écart de temps entre le début du manga et le début de l’adaptation, même source, même nombre d’épisodes, même horaire de diffusion…


Et, oui, comme pour continuer les points communs et comme Fullmetal Alchemist en son temps, Soul Eater est une adaptation incomplète. À partir du trentième épisode à peu près, l’animé prend une autre voie que le manga, raconte une nouvelle histoire, inédite et qui, honnêtement, se tient vraiment bien. On regrettera cependant une conclusion très peu satisfaisante, la série étant l’une des rares à choisir les dix dernières minutes pour s’écrouler considérablement en qualité. Mais à part ça ? Ces épisodes inédits sont de très bonne qualité et participent, comme l’arc Asgard de Saint Seiya ou Fullmetal Alchemist, à rendre quelques lettres de noblesse au concept pourtant décrié de filler.


En outre, l’animé possède deux atouts qui lui sont propres : le premier atout est une qualité technique travaillée, avec des combats souvent superbes et un style visuel très coloré, très excentrique qui colle impeccablement à l’univers du mangaka Ôkubo. Le second est une bande-son merveilleuse composée par un Taku Iwasaki qui sortait à l’époque d’une petite série nommée Tengen Toppa Gurren Lagann dont certains des thèmes musicaux résonnent encore dans les oreilles.


En somme, en tant qu'animé, Soul Eater est, avec Fullmetal Alchemist Brotherhood un an plus tard, le dernier shônen d’une époque.


Des combats variés et toujours impressionnants


Car finalement, ils sont rares en 2008 ces animés à dépasser la barre des 26 épisodes. Et ils sont encore plus rares ceux qui non seulement dépassent cette barre, mais parviennent à garder une qualité constante du début à la fin, sans s’essouffler. Aujourd’hui, même les adaptations des shônens fleuves peinent à oser le pari de la longue adaptation. Même des ouvrages phares du Shonen Jump comme Haikyû, Assassination Classroom ou Nisekoi n’osent plus tenter l’aventure. On est loin de l’époque des Saint Seiya, des Dragon Ball, des Ken le Survivant, des Sailor Moon et autres Ranma 1/2 qui pouvaient se permettre ce luxe. Il faut dire aussi qu’à l’époque il n’était pas rare d’adapter un chapitre par épisode, ce qui serait peut-être mal vu de nos jours, seul One Piece continuant ce concept.


Not – Again


Si l’animé et le manga Soul Eater ont tous deux su trouver un succès international, il faut tout de même avouer que le manga — qui s’est terminé en 2013 — a peiné à trouver une conclusion réellement satisfaisante. Et si aujourd’hui les fans de Soul Eater rêvent d’un « Soul Eater Brotherhood », comme Fullmetal Alchemist qui s’était vu réadapté pour l’occasion, cela ressemble à une illusion. Néanmoins, c’est au cours de l’année 2014 qu’a débarqué à la télévision une nouvelle série Soul Eater, qui adapte cette fois le spin off officiel du manga : Soul Eater Not.


Ici, on est dans une préquelle, avec trois nouvelles héroïnes qui font partie de Shibusen mais ont la malchance de ne pas savoir très bien maîtriser leurs pouvoirs. Du coup, elles se retrouvent dans la classe des ratés. L’idée derrière ce spin off était pour le mangaka de pouvoir développer un peu l’univers de Shibusen qui, de sa propre confession, était assez sous-exploité dans le manga original. On se retrouve donc dans un étrange mélange entre K-On et Soul Eater, qui mise beaucoup plus sur l’humour, sans pour autant oublier d'avoir un vrai scénario.


Les héroïnes de Soul Eater Not


Si le manga – en cinq tomes – est agréable sans être indispensable, l’adaptation animée est à éviter à tout prix, à cause d’un aspect technique déplorable. On y trouve ainsi des scènes de combat animées à la truelle, un visuel parfois bâclé et des limites visibles depuis la Lune. Ainsi, le premier épisode offre un caméo de Soul Eater Evans… qui ne dit pas un mot de toute son apparition, le doubleur n’ayant pas pu être disponible — ou peut-être même pas contacté — pour faire ses phrases !


La responsabilité vient sans doute du fait que Bones avait à ce moment-là un planning surchargé — trois ou quatre séries en même temps — et que Soul Eater Not a probablement été sacrifié. Dommage.


L'absence d'Excalibur au casting de Not a sans doute beaucoup joué dans l'impression d'infériorité de Soul Eater Not par rapport à Soul Eater


Dans tous les cas, Soul Eater est une série chaudement recommandée. C’est un shônen qui, sans nier les codes classiques du nekketsu, reste inventif et original de bout en bout, avec une galerie de personnages extrêmement charismatique. Le manga en lui-même, malgré une fin en tire-bouchon, est également de très bonne facture, avec un style graphique qui non seulement évolue très vite, mais en plus se permet des pages d’un style vu nulle part ailleurs.


Mais du coup, que préférer ? Le manga, l’animé ? Alors on vous adressera une réponse de Normand : les deux sont bien et, mieux, se révèlent finalement assez complémentaires. N’hésitez pas à découvrir la série via l’animé, à vous faire les cinquante épisodes, puis à reprendre le manga à partir du tome 12 pour lire la partie inédite !


Mais ne loupez pas l’animé. Pour être plus précis, ne loupez pas les épisodes dédiés à Excalibur : vous risqueriez de le regretter.


Jeune adulte responsable rêvant d'être Excalibur, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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