CHRONIQUE DU JEUDI : Shigatsu wa Kimi no Uso

Your Lie In April – La chronique du jeudi #57

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Habituellement, la chronique du jeudi se concentre sur des séries terminées depuis au moins quelques années. Mais pourquoi ne pas surprendre un peu et, au lieu de parler d’une série qui s’est terminée il y a un an ou une décennie, ne pas parler d’une série qui s’est conclue il y a une semaine ? On va donc aborder pour la première fois une série plus jeune que la chronique elle-même, à savoir l’excellente adaptation d’un manga maintes fois primé, Shigatsu wa Kimi no Uso.


De gauche à droite : Tsubaki, Arima, Kaori et Watari


Sortez les violons


Arima, collégien japonais, est ce qu’on peut appeler un prodige. Alors qu’il était à peine âgé de cinq ou six ans, il savait déjà impeccablement jouer du piano, remportant une quantité ahurissante de concours et lui valant le surnom de métronome humain. Hélas, alors que sa mère meurt, il subit une crise de panique lors d’un concert et quitte définitivement le monde de la musique. On le retrouve donc deux années plus tard, incapable de visualiser son avenir et toujours marqué par le décès de sa mère. Heureusement il peut compter sur ses deux amis, le très malin et séducteur Watari ainsi que sa très impulsive amie d’enfance, Tsubaki.


Ce quotidien moribond et sans saveur pour Arima va complètement changer lorsqu’il fera la rencontre de Kaori, une violoniste talentueuse bien qu'au style très peu académique. Celle-ci lui redonnera le goût de la musique, quitte à ce qu’il doive affronter de plein fouet ses doutes et ses vieux démons…


Un garçon et son piano


Shigatsu wa Kimi no Uso se présente avant tout comme une œuvre à la croisée entre une multitude de genres et d’éléments différents. On pourrait penser avoir affaire à un animé principalement centré sur la musique classique, mais finalement c’est loin d’être l’aspect central. Les premiers épisodes font également penser à une comédie romantique et si, effectivement, l’intrigue comporte des éléments de romance avec entre autres un très complexe carré amoureux, ceux-ci sont à nouveau loin d’être primordiaux. Plus tard, on nous introduit à des tournois et des concours, où Arima et Kaori doivent faire face à des rivaux et des juges toujours plus exigeants. Mais, encore une fois, cet élément très shônen n’occupe pas tant d’importance que prévu. Enfin, si la première partie est très concentrée sur l’introspection de la psychologie des personnages, la seconde partie de la série tient quant à elle beaucoup plus du drame, histoire d’ajouter encore plus d’éléments à la salade.


Difficile, donc, de classer Shigatsu wa Kimi no Uso dans un tiroir précis car la série elle-même est comme une étagère aux nombreux tiroirs qui s’ouvrent et se ferment à volonté, dans une fluidité qui laisse pantois. A-t-on dit qu’il s’agit initialement d’un manga shônen ? Certes, c’est par la même maison d’édition (Kodansha) que des « shônens » tels que A Silent Voice ou Aku no Hana, tous deux des œuvres qui parlent à un public bien plus large que les simples adolescents japonais, ce qui prouve la nécessité de ne pas simplifier ce terme.


Les cerisiers en fleurs sont assez prédominants de la première partie de la série


Mensonge d’avril


L’adaptation est assurée par ce qui semble être devenu l'un des studios les plus emblématiques de la décennie 2010, c’est-à-dire A1 Pictures. Le studio aura produit en une demi-décennie certains des animés les plus emblématiques de la période comme Anohana, Sword Art Online, Aldnoah Zero, The Idolmaster, Silver Spoon, Shinsekai Yori ou encore l’adaptation de Fairy Tail. Ici nous avons en outre à un animé diffusé durant le fameux créneau noitaminA, toujours censé héberger des animés capables de parler à un public large qui pourrait découvrir l’animation japonaise par ce biais, ce qui peut également signifier des moyens et des ambitions un peu plus larges qu’habituellement.


Et, que ce soit visuellement ou techniquement, Shigatsu wa Kimi no Uso est un bonheur pour les yeux. Si le manga de base n’hésitait pas à offrir des doubles pages très belles et oniriques, c’est bien tout le support de base qui est sublimé par un animé qui n’hésite pas à faire exploser les couleurs ou bien à animer des personnages qui jouent du piano ou du violon de manière extrêmement détaillée. Exemple simple : quand Arima joue du piano, ses doigts jouent réellement les notes à l’écran. Cela peut sembler un détail mais témoigne en réalité d’une application et d’un soin indéniables.


Le soin apporté aux instruments est bien visible


Et, évidemment, la musique n’est pas en reste. La musique classique ayant tout de même une place importante dans l’intrigue, les scènes de concerts et de répétitions sont nombreuses et invoquent les grands compositeurs classiques tels que Chopin, Bach ou Beethoven. Scènes réussies et visuellement époustouflantes qui permettent à l’animé de réussir un de ses objectifs officieux : initier son spectateur au monde de la musique classique. Monde ici traité avec légèreté et parfois désacralisé afin d’empêcher le préjugé qui veut que la musique dite classique soit un genre uniquement réservé aux vieux bourgeois décrépis. On n'est pas loin d’un Nodame Cantabile, autre chef-d’œuvre qui offre une très belle porte d’entrée à la musique classique.


Musique mise en avant, recomposée, magnifiquement illustrée, voilà un avantage indéniable de l’adaptation sur son support original. Car aussi agréable que soit le manga original (qui sortira chez Ki-Oon sous le nom de Your Lie In April), celui-ci montrait les limites de son support, obligé de citer les noms des chansons sans pour autant nous permettre de les écouter. De manière générale, cette adaptation fournit un travail remarquable sur tous les points, ne se contentant pas d’une simple copie des cases du manga. La fin est ainsi bien plus poignante et mémorable que dans le support original, grâce à des idées de réalisation apportant émotion et rythme à l’ensemble.


Les personnages n'hésitent pas parfois à tirer des trognes un peu débiles pour détendre l'atmosphère


Car oui, Shigatsu wa Kimi no Uso est une série remplie d’émotion. La seconde partie de l’animé, sans trop spoiler, est presque cruelle envers le spectateur, qui passe son temps entre soulagement et inquiétude. La fin de l’animé est particulièrement triste, pour ne pas dire presque injuste. Même si beaucoup de personnes n’ont pas hésité à désigner Shigatsu wa Kimi no Uso comme l’anime de la déprime, il semble néanmoins important de signaler ce qui semble être une exagération car on est plus proche, d’un point de vue émotionnel, d’un film de Makoto Shinkai comme Cinq centimètres par seconde. Ainsi, si la fin est réellement triste, elle n’est ni désespérante ni gratuite. Une réelle fin douce-amère, qui laisse une certaine peine en bouche mais parvient à ne pas la rendre indigeste avec des messages d’espoir et de réconfort.


Une grande partie de la réussite de Shigatsu wa Kimi no Uso restera due au duo principal, celui d’Arima et de Kaori. Le personnage de la violoniste est ainsi un personnage complet, adorable et qui ne manque jamais de nous surprendre. Elle porte à elle seule la grande majorité des enjeux et intérêts de la série, sans jamais pour autant tirer la couverture vers elle ou se montrer absolument nécessaire. Quant à Arima, s'il dispose d’une backstory absolument tragique, il parvient à ne pas se limiter à cela et à montrer une évolution remarquable au fil de la série. En général, le casting de Shigatsu wa Kimi no Uso est un casting qui est développé et qui évolue toujours dans le bon sens… à l’exception notable du personnage de Watari, qui malgré son importance scénaristique qui ne se montre que tard dans le récit, peine à être plus que « le copain de Kaori » durant la série. À l’inverse, le personnage de Tsubaki qui semblait assez négligeable et cliché de prime abord gagne en importance pendant toute la durée de la série au point de transcender son rôle, pourtant ingrat, de garçon manqué amie d’enfance du héros.


Attention : être à plusieurs sur un vélo est interdit par la loi !


On émettra également le léger regret de ne pas plus voir les deux rivaux d’Arima, Takeshi et Emi, qui sont pourtant deux personnages intrigants mais qui ne seront finalement pas beaucoup développés.


Si l’année 2014 aura produit son lot d’animés mémorables (comme on le verra ce samedi lors de la cérémonie des Prix Minorin 2014 organisés à la convention Jonetsu), il est vraisemblable que Shigatsu wa Kimi No Uso soit le seul, sans doute avec Ping Pong, qu’on pourra dans dix ans véritablement compter parmi ces « grandes séries ». Celles qui parviennent à proposer aussi bien des qualités techniques indéniables que des émotions puissantes. C’est aussi la preuve qu’une adaptation peut parvenir à transcender son matériel de base même en se montrant fidèle et respectueuse, grâce à un simple travail d’optimisation.


En somme, Shigatsu wa Kimi no Uso est déjà un très bon manga mais est en plus un excellent animé. Comment ne pas être comblé, donc ?


Shigatsu wa Kimi no Uso est disponible légalement chez nos confrères de Wakanim.

 

Jeune adulte responsable qui sait jouer du piano dans Rock Band, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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