CHRONIQUE DU JEUDI : Love Live!

Love Live! School Idol Project – La chronique du jeudi #59

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 


Les idoles sont à la mode dans l’animation japonaise. The [email protected], Wake Up! Girls, Aikatsu! ou AKB0048 sont ainsi les fières séries représentantes de cette nouvelle tendance qui passionne les otakus du monde entier. Tendance portée par un nouveau modèle transmédia qui voit chaque animé être accompagné, logiquement, d’albums du groupe fictif chantés par des doubleuses bien réelles, qui parfois se produisent en concert devant un public toujours plus présent… sans compter les jeux et les nombreux produits dérivés, bref, tout cela n’arrive pas par hasard. Dans le lot, cependant, une franchise a bien mieux compris l’intérêt du transmédia et, surtout, comment l’exploiter afin de produire un univers populaire et fructueux : c’est Love Live! School Idol Project.


 

De gauche à droite : Hanayo, Rin, Maki, Umi, Honoka, Kotori, Eli, Nozomi.
Seule par terre : Nico.


Il faut sauver l’école


Le scénario de l’animé Love Live! est assez simple : Honoka Kôsaka est une lycéenne en première un peu gauche, mais dont l’énergie communicative fait d’elle une excellente compagne à ses deux amies d’enfance, la très sérieuse Umi Sonoda et la plus calme Kotori Minami. Le tout se déroule dans un Japon contemporain, mais où chaque école est représentée par ses idoles, qui apportent à l’établissement reconnaissance et célébrité grâce à des performances de niveau professionnel. Hélas, un tel groupe manque à leur lycée, Otonokizaka. Conséquence logique : sans la publicité offerte par les idoles, l’établissement va devoir fermer ses portes, faute d’un nombre d’inscriptions suffisant pour l’année suivante. Pour Honoka et ses amies, il faut trouver une solution pour sauver leur lycée préféré. Et cette solution est simple : monter un groupe d’idoles.


Ce groupe, vous vous en doutez, va se monter malgré quelques petits obstacles, se nommer µ’s (prononcez Muse), réunir neuf membres et partir dans une quête vers la première place du concours Love Live, ce prestigieux tournoi qui voit toutes les écoles s’affronter pour décider quel est le meilleur groupe d’idoles du Japon.


Les neuf membres sont donc les suivantes, et elles ont toutes leur importance :


  • Si le groupe n’a pas de leader « officiel », c’est pourtant Honoka Kôsaka qui en est la leader officieuse. Pas forcément très fine et maligne, elle compense avec sa générosité, son énergie et ses prises d’initiative. Et en plus, elle arrête la pluie.

 
 
 
  • Chorégraphe du groupe, Umi Sonoda est une des seules capables de canaliser Honoka. Extrêmement sérieuse et diligente, elle est aussi la première à stresser si tout ne se passe pas comme prévu. Elle est également la moins enthousiaste à l’idée de porter des tenues d’idole, étant assez pudique.

 
 
  • Calme, sereine et un peu excentrique, Minami Kotori est également la couturière du groupe, domaine dans lequel elle est très talentueuse. Fille de la directrice de l’école, elle passe son quotidien à alterner entre la confection de vêtements et le plaisir de travailler en tant qu’hôtesse de maid café à Akihabara.

 
 
  • Du côté des seconde, on commence par la timide Hanayo Koizumi. Passionnée par les idoles depuis son enfance, elle sait tout ce qu’il y a à savoir sur le domaine des idoles en milieu scolaire. Elle possède également une exigence presque élitiste dans le domaine du riz. Fan de µ’s au début du groupe, elle rejoindra le groupe sous l’impulsion de sa meilleure amie, Rin.

 
 
  • Parlons-en, de Rin Hoshizora. Un peu garçon manqué, Rin est encore plus énergique que Honoka. Étant une excellente danseuse, intégrer µ’s est simplement l’occasion pour elle de travailler sa féminité et de s’amuser avec ses amies.

 
 
 
  • Issue d’une prestigieuse famille de médecins, la jeune Maki Nishikino n’était pas spécialement enjouée à l'idée de rejoindre le groupe. Découverte un jour par Honoka alors qu’elle s’adonnait aux plaisirs du piano en solitaire, Maki va intégrer µ's en tant que compositrice et interprète. D’un caractère plutôt froid à première vue, Maki a du mal à s’ouvrir réellement à ses camarades...

 
  • Eli Ayase est la présidente du conseil des élèves d’Otonokizaka. Un conseil assez réduit, uniquement composé d’elle et de sa vice-présidente. Mi-japonaise mi-russe, Eli était une ballerine avant d’abandonner, frustrée de ne pas figurer parmi les meilleures dans sa discipline. D'abord opposée au projet de Honoka, elle rejoindra µ's à terme.

 
 
  • La vice-présidente est Nozomi Tôjô, jeune fille mystérieuse qui se balade rarement sans cartes de tarot à la main. Férue d’astrologie, ses prédictions semblent toujours se révéler exactes. À l’origine du nom du groupe, elle le rejoindra en même temps qu’Eli.

 
 
 
  • Enfin, Nico Yazawa est la présidente du « club de recherches sur les idoles » du lycée, un club dont elle est la seule membre. Son caractère, assez ronchon et égocentrique, contrebalance une passion sincère pour les idoles. S’étant même créé son propre personnage d’idol et sa propre catchphrase (« Nico-Nico sourire~ »), elle sera consultante pour µ’s.



Ces neuf personnages féminins sont donc le centre de l’intrigue, et il ne vous échappera pas que l'on a affaire à neuf archétypes plutôt classiques et poussés à l’extrême. Ces personnages, parfois à la limite de la caricature, mais malgré tout extrêmement attachants, sont pourtant le point fort de la série et ce qui assure à la franchise un succès sans précédent.


Love Gem, Love Gun


Love Live!, c’est donc un univers transmédia extrêmement large et fourni. Ainsi, il n’a pas commencé en janvier 2013 avec la première saison de l’animé, loin de là. Il faut même remonter trois ans plus tôt, en 2010. C’est cette année-là que décident de s’allier plusieurs sociétés – le label LANTIS, la maison d’édition ASCII Media Works et le studio d’animation Sunrise – pour créer une franchise visant à surfer sur le succès des idoles « fictives », à l’image du jeu The [email protected] quelques années auparavant. Assez médiatisé, ce projet se veut participatif et cherche à impliquer son public. On pouvait ainsi proposer ses idées pour les personnages : quel archétype, quelle couleur de cheveux, quel groupe sanguin ? Le brainstorming fut intense.


Une fois tout cela achevé, la franchise Love Live! commence donc officiellement avec un single et un clip en août 2010 : Bokura no LIVE Kimi to no LIFE. Cependant, le succès ne sera véritablement au rendez-vous que six mois plus tard, grâce au single Snow Halation qui marque les esprits. En parallèle débutent un manga et un light novel basé sur les neuf personnages qui composent le groupe. L’exploitation de la franchise débute donc doucement, mais la batterie transmédia bat son plein. En 2013, on passe à la vitesse supérieure. Les deux plus grosses armes sont dévoilées : un animé et un jeu pour téléphone portable.


Les alpagas sont au centre de la franchise (!)


En janvier 2013, c'est évidemment le studio Sunrise qui est de la partie pour produire Love Live! School Idol Project. Animé bien produit et mettant en valeur les musiques de la franchise, c’est un succès commercial et populaire.


Pour surfer sur ce succès, c'est au tour du jeu sur téléphone, Love Live! School Idol Festival, de faire son apparition. Concept simple de jeu gratuit classique : c’est un petit jeu de rythme sur lequel on doit taper sur des notes qui défilent à l’écran, avec en fond sonore les singles et chansons de la franchise. En dehors de ce gameplay simple mais efficace se cache un aspect de collection extrêmement poussé. Le joueur doit ainsi récupérer des cartes à l’effigie des élèves de l’école, mais aussi et surtout à l’effigie des neuf membres du groupe. Les cartes sont classées par rareté – de Commun à Ultra Rare –, des événements sont souvent organisés, des nouvelles cartes rajoutées deux fois par mois et le joueur qui veut absolument toutes les cartes de son personnage préféré va devoir passer un nombre d’heures incommensurable pour toutes les attra… les gagner.


Le jeu a beau être gratuit, il y a évidemment des microtransactions afin d’obtenir, par exemple, des précieuses love gems, obligatoire pour tirer au sort les cartes. Les développeurs ont cependant la finesse de ne pas obliger le joueur à passer à la caisse, et ces love gems sont ainsi distribuées à ceux qui se connectent quotidiennement à l’application ou qui réalisent des performances notables dans les difficultés supérieures du titre.


Une capture d'écran du jeu, qui se joue comme un jeu de rythme « classique ».


C'est le début de l'explosion de la franchise. Pour capitaliser sur ce succès, une seconde saison est diffusée lors du printemps 2014… et c’est de nouveau un carton. Les chiffres deviennent même mirobolants : le premier Blu-ray de la seconde saison se vend ainsi à près de 112 000 exemplaires, une réussite ahurissante ! C'est simple : c'est le volume le plus vendu de l'histoire de l'animation au Japon, pour une série télévisée. Le jeu en profite pour se lancer également en Occident. Une idée audacieuse pour un univers qu’on pourrait penser destiné à une niche. Sauf que non : neuf mois plus tard, le jeu dépasse fièrement le million d’utilisateurs en Europe et en Amérique.


Bref, Love Live! semble avoir dépassé toutes les espérances et enchaîne réussite sur réussite sans pour l’instant faiblir et se permet de continuer à produire nombre d’œuvres : un film d’animation (Love Live! School Idol Movie), une nouvelle série et une tripotée de jeux, mangas, etc. Revenons-en, cela dit, au but de cette chronique : l’animé en soi, que vaut-il ?


Delicious meat, graou graou.


Music Start


À la réalisation de la série, on retrouve Takahiko Kyogoku. Un réalisateur très spécialisé, puisque excepté quelques épisodes de séries comme Star Driver ou Captain Earth, cet homme n’a jamais fait que du Love Live! Clips, séries, OAV, futur film… Voilà un homme qui s’est donné corps et âme à la franchise pendant presque cinq ans. Le tout est réalisé au sein du studio 8 de Sunrise, à qui l’on doit des séries comme My-Hime, Accel World, ou, de manière très amusante, The [email protected] Xenoglossia.


La série en elle-même est techniquement très propre, disposant d’un visuel plutôt joli. En soi, Love Live! est très agréable à regarder, mais pèche un peu plus du côté de l’écriture : s'il n’y a rien de mauvais, on trouvera certains passages de la première saison assez maladroits : les deux épisodes finaux tentent ainsi de proposer des enjeux et du drame qui passent relativement mal, à cause d’une écriture un peu trop simpliste. Cela va sans dire, mais le peu d'enjeux de cette saison est rapidement désamorcé : Eli et Nozomi sont dépeintes comme antagonistes pendant tout le début de la série, alors que le générique ne cache pas leur future intégration au groupe. En soi, ce n’est pas grave, mais on sent une série finalement assez peu ambitieuse et des auteurs pas forcément à l’aise pour gérer des personnages somme toute assez limités.


Detroit Love Live! City.


En fin de compte, si la première saison de Love Live! reste malgré tout divertissante, elle ne marque pas forcément les esprits plus que ça. La seconde redresse la barre : les personnages y sont bien mieux exploités, et surtout, l’écriture générale voit sa qualité rehaussée. La série devient par moment réellement drôle et parvient même à nous offrir un peu d'émotion non feinte sur la fin, entre autres grâce à cette magnifique utilisation de Snow Halation.


Love Live!, dans une moindre mesure, reprend le même schéma que K-On! cinq ans plus tôt : les deux séries possèdent des premières saisons sympathiques, mais qui ne parviennent pas à utiliser à 100 % le potentiel de leurs personnages, tandis que les secondes saisons semblaient se libérer d’une forme de pression et offraient à leurs auteurs la possibilité de s’amuser avec un univers déjà établi. Ce qui fonctionne beaucoup mieux !


Bonne nuit en perspective pour Nozomi.


Finalement, la vraie qualité de l’animé, c’est de remplir son objectif et d’être une bonne porte d’entrée vers la franchise. Certains grogneront, non sans raison, devant le succès extraordinaire d’une série qui n’est finalement qu’un « simple » divertissement, seulement, elle a été suffisamment bien calibrée pour pouvoir cartonner auprès d’un public très large. Love Live! est indubitablement un produit purement commercial, élevé pour gagner et qui ne prend guère de risques. Malgré cela, au moins quant à sa seconde saison plutôt réussie, limiter l'animé à un rouage d'une machine de guerre bien huilée serait une grossière erreur !


Sur ce, on vous laisse, y a event Maki, on a des love gems à gagner !

 



Jeune adulte responsable dont sa première UR était une Hanayo Pure, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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