CHRONIQUE DU JEUDI : To Love Trouble

To Love Ru – La chronique du jeudi #60

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Notez qu’en environ soixante chroniques, on a réussi jusqu'à présent à éviter subtilement un genre d’animé bien précis : l’ecchi. Est-ce par désintérêt ? Est-ce par prudence ? Est-ce parce que l’auteur est prude et timide ? Rien de tout cela. Seulement, comme toutes choses qui relèvent de l’intime et du défeuillage, il faut installer au préalable un climat de confiance et d’intimité, quitte à prendre un an et deux mois pour l’installer. Mais une fois cela installé, de quoi parler ?


Mais qu’est-ce que l’ecchi ? Revoyons les bases. C’est un genre parfois confondu avec le hentai, qui n’a pourtant rien à voir puisque le hentai est à comparer directement avec le concept de pornographie. Et là-dessus, on pourrait vous décrire avec moult mots ce qu’est exactement la pornographie, mais nous vous faisons confiance : vous le savez sans doute déjà. Alors, si le hentai est la pornographie, l'ecchi est l’érotisme. C’est un genre qui va tâcher de titiller nos sens sans pour autant franchir les limites et se diriger vers la pornographie. Pour être un minimum professionnel, on dira que si vous voyez de manière trop détaillée des organes génitaux, alors ces limites ont été franchies. L’érotisme est une science de l’implicite : vous y verrez de la nudité sans pour autant voir les parties sensibles et vous y verrez des actions qui font penser à des relations sexuellesmais qui n’en sont pas. Sans compter, évidemment, l’aspect légal des choses : au Japon comme en France, l’érotisme et la pornographie ne sont pas mis sur le même plan et ne sont donc pas soumis aux mêmes règles. La pornographie est explicitement interdite aux mineurs et ne peut pas être mise facilement à disposition, tandis que les ouvrages érotiques ne font l’objet que de contraintes finalement assez légères, sans pour autant qu’il soit conseillé de les mettre entre les mains d’enfants, bien évidemment.


L’ecchi au Japon prend plusieurs formes, rarement subtiles. Il est souvent lié à des titres d’action qui voient de jeunes filles en tenue légère ou fortement sexualisées se battre – on peut penser à des animes comme Enfer et Paradis, Ikkitôsen, Sekirei, Highschool of the Dead, Seikon no Qwaser ou le très vénérable Cutie Honey. Parfois, c’est du côté de la comédie qu’on peut trouver ces éléments érotiques, entre deux tranches de rires : Sora no Otoshimono, Kore wa Zombie desu Ka? ou Koe de Oshigoto. On ne parlera volontairement pas des œuvres qui veulent juste englober des scènes érotiques dans un scénario plus ou moins ambitieux tout en jouant soigneusement sur les limites entre ecchi et hentaiYosuga no Sora et Kiss X Sis viendront sans doute en tête des connaisseurs.


La comédie romantique est un genre qui se mixe plutôt bien avec l'ecchi. Sans doute grâce à deux mangas d’un même auteur, Masakazu Katsura. Un auteur populaire en France qui débuta en 1989 dans le Shônen Jump une comédie romantique qui allait créer un genre : Video Girl Ai. Jusque-là, le Shônen Jump ne publiait que peu d’histoires romantiques, en partant tout simplement d’un préjugé simple et répandu : le magazine est pour les jeunes garçons japonais de 10 à 15 ans et ceux-ci s’en foutent des histoires d’amour. Ils veulent du sport, des voitures et des combats. Comment intéresser ce public cible à ce triangle amoureux entre un homme, la fille qu’il aime secrètement et une fille qui sort tout droit d’une cassette VHS ? De la nudité et de l’érotisme !


À partir de ce moment, la comédie romantique est un genre qui a pu intégrer les magazines shônen. Souvent en respectant des règles simples : un héros masculin, souvent entouré d’une pelletée de nanas, qui seront régulièrement soumises à des scènes un peu sensuelles, qui ne dégénèrent jamais mais qui parviennent à capter l’attention du public.


Pourtant, rien ne rivalise avec la popularité de Video Girl Ai. La comédie romantique « shônen » est un genre qui passe presque quinze ans à peiner à se renouveler, et si Love Hina et Ichigo 100 % connaissent le succès, on sent un genre qui a du mal à trouver son public. C’est alors qu'en 2006, toujours dans le Jump, débarque un manga qui va mélanger comédie, romance, ecchi et science-fiction pour un résultat détonant qui marquera aussitôt les esprits : To Love Trouble.


Une partie des personnages de To Love Trouble, de gauche à droite : Saki, Yui, Lala, Rito, Run, Haruna, Ombre Dorée.


Little Trouble Girl


Rito est un banal lycéen, héros du manga. Secrètement amoureux d’une camarade de classe prénommée Haruna, il essaie depuis longtemps de lui déclarer sa flamme, mais échoue toujours à la dernière minute à cause d’événements toujours plus fous les uns que les autres. Déprimé par ses échecs, il rentre chez lui. Alors qu’il se repose, une jeune fille nue s’écrase dans sa baignoire. Cette jeune fille est une extraterrestre : Lala, princesse de l’empire Deviluke.


Inutile de dire que la vie de Rito va être bouleversée. Lala est une jeune fille très excentrique, mais extrêmement douée en technologie, capable de construire des inventions toujours plus impressionnantes les unes que les autres. Sachant qu’en plus, après de nombreuses tergiversions, ils se fiancent, ce qui fait de Rito l’héritier du trône du plus gros empire intergalactique, les chasseurs de primes de tout l’espace commencent à se ramener pour lui faire la fête. Et malgré tout ça, il doit quand même essayer de se déclarer auprès de Haruna qui est une jeune fille certes belle et populaire, mais tout aussi timide que lui… ce qui ne l'empêche pas de caresser les mêmes espoirs que notre héros. Alors, quand on rajoute à tout cela au moins une quinzaine d’autres personnages secondaires féminins qui vont rencontrer Rito et son don légendaire pour les situations embarrassantes, on voit venir les complications.


Enfin, le terme complications est peut-être fort, car To Love Trouble est un manga très simple dans son déroulement, avec un schéma qui montre rapidement son efficacité, au détriment d’une quelconque originalité. Bien souvent, un chapitre débute avec Lala qui construit une nouvelle invention extrêmement pratique, mais qui va sérieusement déconner et placer Rito – quand ce n’est pas l’intégralité du lycée – dans une situation gênante et compromettante, et ce dès la fin du chapitre. Le suivant va raconter de manière humoristique les conséquences du dysfonctionnement de l’invention et se conclura sur un retour au statu quo.


Un des tomes du manga, disponible en France chez Tonkam.


Quand il ne suit pas ce schéma, To Love Trouble racontera soit la rencontre entre Rito et un nouveau personnage féminin, soit essaiera d’être un peu sérieux et confrontera le héros à un chasseur de prime. Même dans ce cas-là, la série reste avant tout une comédie grivoise, qui ne cache pas vraiment sa volonté de respecter les fameux impératifs dits « T&A », c'est-à-dire, fort intelligemment, Tits & Ass. Eh oui : surprise pour un manga du Shônen Jump, les volumes reliés ne sont pas censurés et les poitrines des héroïnes vous seront montrées dans leur intégralité, tétons compris. C’est peut-être un petit détail pour vous, mais dans l’industrie du manga shônen, ça veut dire beaucoup.


Haruna et Lala à la piscine.


Au dessin, on retrouve Kentarô Yabuki, une personnalité extrêmement importante de Shûeisha. Très proche de Takeshi Obata (illustrateur de Hikaru no Go, Death Note ou Bakuman), il publie de 2000 à 2004 dans le Jump un shônen intitulé Black Cat. Populaire aux États-Unis, la série dure quatre ans avant d’être stoppée, au grand regret de l’auteur, qui exprime aussitôt sa volonté de lui créer une suite ou, à défaut, de réutiliser certains de ses personnages dans ses futures séries. En 2006, il décide de s’allier avec Saki Hasemi, ancien assistant sur Black Cat, qui va travailler sur le scénario de son nouveau projet : To Love Trouble.


Quant à l’adaptation animée, elle débutera en avril 2008. À sa tête, on retrouve le studio XEBEC, un studio à la réputation relativement médiocre, qui n’aura jamais réellement produit d’animés marquants par leur qualité propre. On leur doit surtout une ribambelle d’adaptations : Love Hina, Shaman King, Busô Renkin, la première saison de Negima ou encore plus récemment Triage X et Argevollen. On ne va pas s’étendre énormément sur la qualité de l’animé : il est plutôt médiocre. Il est assez peu joli, ne fait techniquement preuve d’aucun génie et possède un rythme étrangement plutôt lent pour un manga qui se faisait remarquer par la rapidité et le dynamisme de ses chapitres.


Lala n'hésite pas à mettre en valeur ses très jolis cheveux.


Hélas, il ne rend vraiment pas justice au style de Kentarô Yabuki, qui est l’un des points forts du manga. To Love Trouble est en effet, pour une œuvre ecchi plutôt grivoise dont les ambitions ne sont guères élevées, vraiment bien dessiné. On peut remarquer un soin tout particulier apporté aux corps, qui parviennent à être à la fois mignons et sexy. Sans faire un mauvais procès à ce dessinateur, il faut avouer qu'il sait mettre en scène érotisme et sensualité et est capable d’injecter une certaine variété dans les situations et dans le design de ses personnages féminins.


Si on avait envie d’être froid et cynique, on ne pourrait qu’admirer la capacité de la série à toucher la totalité du public masculin – voire féminin – grâce à un atout décisif. Elle dispose en effet d'un large casting de personnages féminins, qui permettra à tout le monde d'en trouver au moins un à son goût. Il y a de tout, en voici la preuve. Dans To Love, vous trouverez Lala, la jeune fille pleine d’énergie, aux atouts anatomiques indéniables. Haruna qui correspond à l’archétype – adoré au Japon – de la fille timide, prude et discrète, qui cache ses sentiments pour Rito tout en montrant ses atouts de femme parfaite. Ombre Dorée – le personnage de Black Cat que Yabuki avait promis de faire réapparaître – est beaucoup plus sérieuse : il s'agit une tueuse au passé mystérieux, qui cache des pouvoirs l'étant tout aussi mystérieux en plus d'être fort pratiques. Yui, la conservatrice très prude, directrice du comité de la morale publique, qui refuse tout acte pervers, mais cache ses sentiments et ses envies derrière cette façade. Mikan, la petite sœur mature, qui fait presque office de mère de substitution envers un frère qu’elle aime malgré tout énormément. Saki, la riche bourgeoise déjantée, etc. On ne va pas tous vous les décrire, il y en a réellement plus d’une quinzaine voire vingtaine. Diabolique.


La seconde saison, Motto To Love Ru, va un peu plus loin dans ce qu'elle montre,

mais en contrepartie, la diffusion télé fut l'objet de quelques censures subtiles à coup de rayon de lumière.


La franchise possède quelques défauts, assez évidents : si elle parvient à toujours trouver de nouveaux moyens de déshabiller ses personnages, il faut tout de même avouer que la structure même du manga est assez répétitive, et le manque de réels enjeux fait que la série peine à être autre chose qu’un plaisir coupable. Pourtant, To Love dispose d’une réelle popularité et marque durablement le Jump de l’époque : Gintama se moque régulièrement – et très gentiment – du manga que tous les personnages masculins déclarent unanimement comme « super intéressant », tandis que dans Bakuman, le manga est cité comme l’exemple même de la série que tout le monde lit, mais pour laquelle personne n’ose voter de peur d’être moqué et ridiculisé. Le problème, c'est que la série n'exploite pas vraiment sa popularité et continue de se contenter d’être une compilation de gags et de fanservice qui, s'il est appréciable, ne vole pas bien haut et commence honnêtement à s’user passé la dizaine de tomes.


Pourtant, ce n’est pas ce phénomène d’usure qui amènera la fin de la série, mais un événement personnel dans la vie de Kentarô Yabuki. Au moment où il commence To Love Ru, celui-ci est marié et heureux papa d'un enfant. Sauf qu’en 2009, la relation entre lui et sa femme tourne à l’orage. Un divorce s’ensuit, et avec lui, de sombres querelles autour de la garde de l’enfant qui, vous vous en doutez, ne tourne pas forcément à l’avantage d’un père sans doute aimant, mais dont le planning de mangaka publié dans le Shônen Jump lui laisse un temps somme toute réduit pour les occupations paternelles. L’histoire est trouble et jonchée de rumeurs souvent sorties des imageboards les moins bien fréquentés du Japon, donc n’en disons pas plus, mais l’illustrateur en sort profondément déprimé. Conséquence directe : le manga est interrompu après un chapitre final qui ne conclut absolument rien.


Lala et ses deux sœurs, Nana et Momo. Cette dernière va jouer un rôle bien plus important par la suite...


Ainsi se termine To Love Trouble



… ou pas. Mais ça, on le verra jeudi prochain dans une chronique dédiée à To Love Darkness !

 

N'est-ce pas, monsieur de Gintama


Jeune adulte responsable qui a tellement écrit sur To Love qu'il doit séparer son article en deux parties et ainsi comprendre pourquoi Peter Jackson a coupé The Hobbit en trois parties, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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