CHRONIQUE DU JEUDI : To Love Darkness

To Love Ru Darkness – La chronique du jeudi #61

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

La semaine dernière, on évoquait donc To Love Trouble. Pour résumer : un manga comique qui incluait dans sa formule un peu de SF, pas mal de romance et une bonne dose d’érotisme qui allait parfois plutôt loin pour un manga shônen. On avait expliqué que, si le manga était dynamique et assez efficace dans ses objectifs sensuels et humoristiques, il avait pour défaut de ne pas assez se renouveler et de manquer d’enjeux qui pousseraient le lecteur à s’intéresser à autre chose que les jolis personnages féminins souvent déshabillés. Enfin, on avait raconté la conclusion abrupte du manga, avant de dire du mal des adaptations animées assez peu jolies et mal rythmées. Maintenant, place à la suite.


Une partie du casting de Darkness, de gauche à droite : Ombre Dorée, Rito, Mikan, Momo, Nana, Lala.


Du coup, To Love Trouble s’est fini dans les larmes et la dépression, à prendre au pied de la lettre. Pendant un an, Kentarô Yabuki, l’illustrateur du manga, se retire du Shônen Jump, mais il ne part pas bien loin et se retrouve dans l’équipe du Square Jump, le principal mensuel de Shûeisha. Dans ce magazine, il s’occupe de l’adaptation manga – tirée d'une adaptation animée – du light novel Mayoi Neko Overrun, ce qui lui permet de se libérer l’esprit. Il faut dire que pour lui, To Love est devenu un univers qu’il adore certes toujours, mais qui est teinté des souvenirs de sa femme. En effet, il avait commis la terrible erreur de la représenter dans le manga sous les traits du personnage de Haruna, c’est-à-dire la principale love interest du héros ! L’erreur bête.


L’eau coule donc sous les ponts, et une fois Mayoi Neko Overrun terminé, il se retrouve à devoir collaborer à la seconde saison de l'adaptation animée de To Love, intitulée Motto To Love Ru. Cette saison se veut un poil plus ambitieuse que la première et propose un peu de contenu original par rapport au manga. C’est en retrouvant cet univers qu’il se rend compte qu’il veut toujours travailler dessus et ne pas faire la même erreur que pour Black Cat, c’est-à-dire promettre une suite qui ne viendra jamais. Alors, il retrouve Saki Hasemi et relance la machine.


La suite, intitulée To Love Darkness, débute fin 2010 et possède trois changements majeurs par rapport à Trouble :


1/ Si Rito est encore le principal personnage masculin, il n’est plus vraiment le héros de l’histoire. Désormais, l’histoire est concentrée majoritairement sur deux personnages : Momo, une des deux sœurs de Lala, arrivée sur Terre durant le courant de Trouble afin de voir si sa sœur allait bien, et Ombre Dorée, l’arme mystique et intergalactique, venue au Japon afin de tuer Rito sans jamais y parvenir. Elle avait fini par s'installer sur notre planète afin de prendre du repos loin de sa vie de tueuse à gages.


2/ Il est désormais publié dans le Square Jump au lieu du Shônen Jump, ce qui signifie qu’il paraît désormais mensuellement, et non plus à un rythme hebdomadaire. Cela permet à Yabuki d’alléger sensiblement son planning, mais surtout, la série peut alors viser un public plus mature ; ce qui, on va le voir, aura un rôle crucial.


3/ Enfin, la série abandonne son schéma à base d’inventions et de gags pour installer une véritable intrigue et de vrais enjeux. Pour ce faire, les chapitres s'allongent, passant de 20 à 45/50 pages.


Bref, c'est différent de Trouble tout en parvenant à garder l'esprit de la série d'origine. Mais creusons.

 

Spoiler : Rito continue d'être réveillé le matin par un peu n'importe qui.


Hello Darkness my old friend


Comme on l'a expliqué, le scénario de To Love Darkness voit donc deux intrigues se dérouler en parallèle. En premier lieu, on suit donc le personnage de Momo qui se rend compte d’un problème simple et évident : Rito est le futur empereur de Deviluke, et de ce fait, il va épouser sa sœur. Le souci, c’est que Momo est elle-même tombée très amoureuse de Rito et a pris conscience d’un autre fait évident : elle est loin d’être la seule. De ces prémices est tirée la première intrigue de To Love Darkness : Momo va essayer de pousser les filles de la série à déclarer leur flamme à Rito, afin que celui-ci n’ait pas d’autre choix que de devenir maître d’un harem qui rendrait, elle en est convaincue, toutes les filles contentes. Ce sera donc l’occasion pour elle de manipuler son monde afin de remplir cet objectif.


La seconde intrigue, c’est le passé d’Ombre Dorée qui va être sérieusement creusé. Pourquoi est-elle une arme vivante ? Quelles sont ses origines ? Va-t-on la forcer à tuer Rito ? Ces questions redoublent d'importance quand apparaît un nouveau personnage, Mea, qui possède exactement les mêmes pouvoirs et semble extrêmement motivé à essayer de voler et corrompre Rito…


On a donc affaire à un To Love Trouble moins répétitif dans sa construction, plus ambitieux dans ses enjeux, sans oublier d’où il vient et en continuant, bien évidemment, à arroser son lecteur masculin de scènes érotiques et de situations osées particulièrement équivoques. To Love Darkness sort la grosse artillerie, avec des scènes érotiques de plus en plus osées. Certaines cases jouent même avec les limites, les frôlent tout en soupirant dessus. Ne nous mentons pas : si on est techniquement toujours dans l’ecchi, le hentai est très, très, très proche. Inutile de dire que l'on aimerait pas être à la place de l’éditeur, qui doit vraisemblablement vérifier chaque case au détail près pour être sûr de ne pas laisser un micropixel qui pourrait mettre Shûeisha dans une situation légale compliquée.


Pas de stress, c'est de l'eau !


On sent réellement que les deux auteurs se font plaisir en écrivant To Love Darkness, où ils exploitent sans vergogne la large galerie de personnages de la série précédente. L’humour reste rarement subtil et l’intrigue de « harem » de Momo permet toutes les extravagances possibles et imaginables avec n’importe quel personnage. Sans compter, évidemment, ce plaisir rebelle qu’ils semblent éprouver à rendre les scènes le plus hentai possible sans pour autant en faire du hentai. Savons, esquimaux, fluides innocents, hors cadre et mains baladeuses sont le quotidien d’un manga toujours très bien dessiné. Yabuki a non seulement continuellement évolué depuis Trouble, mais en plus, il commence à montrer une certaine maîtrise dans le dessin des poitrines, étrangement « réalistes » pour un manga. On reste encore dans un monde où des filles de 15 ans font du bonnet F, certes, mais comparé à beaucoup de ses collègues, on sent qu’il ne se contente pas de faire deux boules entourées de chair...


Bien que Darkness soit un véritable exutoire sur le plan érotique, il est moins convaincant dans sa volonté de se prendre un peu plus au sérieux. C’est assez paradoxal : on passe tout To Love Trouble à se demander quand est-ce que le manga voudra bien être un peu plus sérieux, mais quand Darkness arrive, on se met à regretter un peu les schémas un peu couillons du manga précédent. Toutes les intrigues liées à Ombre Dorée ne sont finalement guère satisfaisantes et semblent presque être de la fanfiction assez mal maîtrisée. Les nouveaux personnages apportent peu au récit (malgré le côté taquin/coquin de Mea), et l’intrigue cumule tellement les clichés que ces passages sont souvent lus en mode automatique. Les passages dédiés à Momo sont bien plus intéressants et amusants, mais peinent à contrebalancer la lourdeur de l'autre partie.


On sent pourtant que Yabuki adore Ombre Dorée et a essayé d’apporter à ce personnage un développement et une attention particulière, mais ça ne fonctionne pas. Est-ce parce que Hasami n’est pas à l’aise pour narrer du manga shônen de baston ? Ou bien est-ce que le manga est handicapé par son cahier des charges, qui lui impose de montrer impérativement tétons et fessiers à chaque chapitre ? Difficile à dire, d’autant que la publication est toujours en cours, ce qui empêche de faire preuve d'un véritable recul.


Il faut dire que l'aspect débauché de Momo est quand même bien fun.


Reste que Darkness est suffisamment populaire pour justifier en octobre 2012 une adaptation animée. Toujours réalisée par XEBEC, elle est un poil plus satisfaisante que les saisons précédentes et, tout comme le manga, se veut beaucoup plus érotique que Trouble. Comme le manga, l’animé flirte avec le hentai régulièrement tout en parvenant à rester dans les clous, aussi difficile que ça puisse paraître. Comme d’habitude avec ce genre d’animés ecchi, la version télé est censurée à coup de très nombreux rayons de lumière masquant les parties un peu trop intimes pour la télévision japonaise, tandis que les Blu-ray proposent des versions non censurées qui se vendent comme des petits pains. Si vous avez déjà lu le manga, cette adaptation animée reste fort dispensable, sauf si vous voulez entendre des doubleuses connues comme Aki Toyosaki, Kana Hanazawa ou Haruka Tomatsu prendre des voix que vous n’entendrez pas beaucoup venant d’elles.


Dans tous les cas, une seconde saison (de ce qui est déjà seconde saison, si vous suivez bien) nommée To Love Darkness 2nd débutera cet été, en même temps que d’autres futurs grands classiques de l’ecchi comme Prison School ou Monster Musume. L’été sera chaud, comme ils disent.


Le style de Yabuki a énormément évolué sur les illustrations en couleurs,

et on ne peut que le constater si on compare avec celles présentes dans l'article précédent.


Voilà qui conclut cette série de deux articles sur la franchise To Love. Que faut-il en retenir, finalement ? Difficile à dire. Si To Love Darkness est une version harder better stronger de Trouble, le manga d’origine a quand même pas mal redynamisé le genre du shônen de comédie romantique en jouant de ses codes et de ses archétypes. Il n’est ainsi pas invraisemblable de dire aujourd’hui que Nisekoi est un To Love Trouble « soft », tant il reprend beaucoup de codes de son aîné : les enjeux vagues, les chapitres étudiés autour d’un gag, un scénario qui avance à petits pas, des personnages souvent mis dans l’embarras, un héros éternellement célibataire malgré la pléthore de filles amoureuses de lui, les clés dans les serrures, etc. Même s'il n’aura duré que trois ans et dix-huit tomes – une peccadille dans le monde du Shônen Jump –, Trouble aura eu un certain impact dans le monde du shônen… aussi grivois et mineur cet impact soit-il.


Maintenant, comprenons-nous : To Love Trouble a été « important », mais n’est pas pour autant une œuvre dont la connaissance est indispensable. C’est avant tout un plaisir coupable, non dénué de défauts, et qui ne parlera qu’à un public type clairement défini. S'il est intelligent dans sa manière de réutiliser et de parodier les codes et archétypes de la comédie romantique et du genre ecchi en général, il n’est pas très intelligent dans son propos. Cela dit, honnêtement, vous ne trouverez sans doute personne qui considérera To Love comme un « grand manga ». Prenez-le comme il est, c’est-à-dire un manga super intéressant.


N'EST-CE PAS ?

 

Jeune adulte responsable qui pense que dans l'industrie de l'animation japonaise, il y a un avant et un après Momo, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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