CHRONIQUE DU JEUDI : Tiger & Bunny

Tiger & Bunny – La chronique du jeudi #63

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


À l’heure où les super-héros déchaînent tous les records au cinéma, dans les librairies et dans les cours de récréation, on peut se demander si cette passion super héroïque est limitée à l’Occident ou si le Japon connaît aussi cette ferveur. La réponse qu’on peut vous donner est oui… mais beaucoup plus modérément que chez nous. Après tout, si les Américains ont les super-héros des comics, les Japonais ont leurs propres super héros avec les sentai et les tokusatsu. Ainsi, le super-héros américain le plus populaire au Japon est Spiderman et pour une raison simple : l’homme-araignée était le héros de son propre sentai au milieu des années 60, cartonnant monstrueusement dans le pays.


Preuve de cet enthousiasme modéré des Japonais pour les super-héros : le premier film Avengers terminera 9e du box-office local pour l’année 2012. Un score honorable, mais vous serez sans doute étonnés d’apprendre que dans ce classement, il se retrouve loin derrière One Piece Z ou, plus surprenant encore, Les Enfants Loups.


Néanmoins, ce manque d’attachement des Japonais aux super-héros à l’américaine va peut-être changer. En effet, dans l’un des mangas les plus populaires de 2015, on retrouve le très bon shonen Boku no Hero Academia qui s’inspire énormément des codes du comics et rend parfaitement hommage à tout le fameux Golden Age des années 50, qui aura vu l’introduction de personnages comme Superman, Batman, Iron Man ou le Green Lantern. Et si l’on est assurés d’un avenir en or pour cette série très bien écrite, il ne faut pas oublier qu’en 2011 déjà, un animé réussissait avec succès à s’imprégner de l’univers des super-héros : Tiger & Bunny.


Barnaby et Kotetsu, les deux vaillants héros de cette série


De zéro en héros

Tiger & Bunny prend place dans la métropole de Sternbild, une grande cité d’inspiration new-yorkaise qui héberge, en son sein, une population partagée entre humains “normaux” et humains “NEXT”. Ceux-ci sont des personnes nées avec des super-pouvoirs, différents pour chacune d’elles, qui vivent malgré tout une vie paisible dans cette société. Et parmi eux, certains ont choisi d’utiliser leurs pouvoirs pour le bien collectif, afin de devenir des super-héros et protéger la ville contre les différents malfaiteurs. Mais pas de place pour les héros mystérieux puisqu’ici, tous les justiciers ont un nom de scène et sont suivis par une télé-réalité locale qui filme avec attention toutes les interventions de ceux qui sont devenus de nouvelles idoles. À la fin de chaque saison, une cérémonie récompense même les héros les plus efficaces à l’aide d’un système de points particulièrement travaillé. Comble du capitalisme : les héros sont sponsorisés à prix d’or par différentes marques toujours heureuses de la visibilité que créent ces émissions suivies par toute la ville.


Parmi tous ces supers-héros, on trouve Kotetsu Kaburagi. Plus connu sous son nom de héros “Wild Tiger”, disons gentiment qu’il est un véritable loser. Vétéran de la “compétition”, il n’a jamais réellement brillé et la majorité de ses interventions se termine par des dégâts matériels souvent difficiles à couvrir. Il faut dire que Kotetsu a une vision très traditionnelle de l’héroïsme, à base de veuves et d’orphelins à sauver, peu importe le prix à payer. Il est donc bien loin des autres héros, beaucoup plus professionnels… Bref, Kotetsu n’est pas réellement très bien considéré, y compris par sa propre fille qui a bien du mal à être fière de son père. Ce dernier passe bien trop de temps à se ridiculiser à la télévision malgré toutes ses bonnes intentions.


Mais alors que son sponsor met la clé sous la porte et que Kotetsu manque de terminer au chômage, il est engagé par un nouvel employeur qui décide de tenter une expérience : mettre “Wild Tiger” le vétéran en duo avec un débutant, un rookie. Celui-ci se nomme Barnaby Brooks Jr, et d’emblée, les deux hommes cohabitent difficilement. Kotetsu est un homme passionné et instinctif tandis que Barnaby se montre froid, cynique et presque calculateur. Commencent alors les pérégrinations de deux hommes que tout sépare et qui vont se retrouver au cœur de situations toujours extrêmes alors que des antagonistes de plus en plus détestables vont faire leur apparition, menaçant la mégalopole…


Quelques héros de taille et de corpulence variées...


Les Nombreux Fantastiques


Derrière Tiger & Bunny, on trouve le studio Sunrise (qu’on ne présente plus, vu à quel point on en a parlé ces dernières semaines) qui fournit ici un animé original. Il n’adapte aucune source, mais se retrouve avec une contrainte inédite : les “sponsors” des super-héros sont des sponsors bien réels, issus de notre monde. Un personnage est ainsi sponsorisé par Pepsi, un autre par Amazon, ou encore par Bandai… Ce qui fait de cette série un des exemples les plus explicites de placement de produit dans l’animation japonaise. De nombreuses inquiétudes ont fait surface à l’annonce de ce concept, mais il faut voir la série pour constater que, contre toutes attentes, ce n’est absolument pas intrusif. À l’exception de quelques zooms sur les marques lors des génériques d’ouvertures, ces dernières ne prennent pas toute la place et n’ont aucune réelle incidence dans la série.


Et c’est tant mieux, car Tiger & Bunny se révèle très rapidement une série extrêmement attachante. L’univers visuel s’inspire énormément des plus vieilles périodes du comics, avec des personnages au chara-design très coloré et anguleux. La vraie polémique visuelle viendra de l’usage de la 3D dès que les personnages enfilent les costumes de héros. Cette 3D est très visible et a un peu de mal à s’intégrer dans le reste de la série. Elle reste néanmoins bien utilisée et offre un véritable dynamisme aux scènes d’actions. Du coup, la décision a ses qualités et ses défauts, mais fait sens dans la série et ne la traîne pas vers le bas.


Ça se dispute dans l'équipe !


Mais ce qui fonctionne véritablement avec la série, c’est son casting. Le duo des deux héros que tout oppose est un archétype certes très éculé – c’est celui des buddy movie dont l’Arme Fatale, Men In Black ou Tango & Cash sont les exemples les plus connus non seulement relativement frais dans l’animation japonaise, mais en plus ici particulièrement bien utilisé. Kotetsu et Barnaby sont deux personnages finalement assez riches et sont considérablement bien développés au fil des 26 épisodes que compte la série.


Le reste des personnages secondaires n’est pas en reste, à commencer par les autres héros. En effet, ils ont tous au moins un épisode qui leur est intégralement consacré, afin de permettre au public de les découvrir et de s’y attacher. Que ce soit Dragon Kid, l’héroïne qui fusionne kung-fu et électricité, Fire Emblem, la grande folle flamboyante qui mélangeant excentricité visuelle et grande intelligence, Sky High, le héros populaire au sourire lumineux qu’on pourrait croire tout droit sorti d’un mauvais comics des années 60, ou encore Origami Cyclone, l’éternel dernier du groupe, tous réussissent à avoir des caractères travaillés et creusés, qui ne se stoppent jamais aux apparences. Rajoutez à cela un design souvent haut en couleur et vous obtiendrez une galerie de personnages difficiles à ne pas apprécier.


L’autre grande surprise de Tiger & Bunny est son scénario. Si celui-ci met un peu de temps à débuter, il parvient à mélanger des épisodes légers avec d’autres beaucoup plus sérieux, voire même très sombres sur la fin. Le tout parvient à garder un ton grand public du début à la fin, dans la pure tradition d’un dessin animé de super-héros “classique”, ce qui est une performance à signaler. Le tout est plutôt bien rythmé et on s’ennuie rarement tout au long de la série, même s’il faut confesser une légère irrégularité au fil des épisodes, certains étant bien plus soignés et inspirés que d’autres.


Kotetsu, papa badass quand nécessaire


La série trouve un succès critique et public mérité, qui lui permettra d’être suivi par deux films. Si le premier est un récapitulatif de la série, le second est une nouvelle histoire qui fait suite à la série. Ce dernier est divertissant et conclut agréablement l’univers de la franchise, dont nous n'avons plus eu beaucoup de nouvelles depuis.


Pour conclure, si après avoir vu Avengers, vous aviez envie d’encore plus de super-héros, alors Tiger & Bunny peut vous plaire. On y trouve réellement une inspiration Marvel traditionnelle, à base de héros flamboyants, d’humour parfois un peu potache, tout en ayant un scénario qui peut parfois être sombre sans pour autant être adulte. C’est un bon divertissement, plein de bonnes idées, qui donne envie de voir les Japonais s’éclater bien plus souvent avec l’univers des comics !


Jeune adulte responsable qui est jamais Thor, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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