CHRONIQUE DU JEUDI : Nichijô

Nichijô – La chronique du jeudi #64

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Cela faisait un petit moment que la chronique du jeudi ne s’était pas attardée du côté des œuvres du studio Kyoto Animation et à l’heure où tout le monde se passionne pour Euphonium et son impressionnante qualité visuelle, il semble être une bonne idée de revenir sur un des ouvrages les plus surprenants du studio. Surprenant car en 2011, le studio de Kyoto sortait d’une année 2010 très particulière, où sa seule série produite fut la saison 2 de K-On, accompagnée de la très attendue Disparition de Suzumiya Haruhi, film d’animation marquant. Si ces deux ouvrages n’ont pas manqué de qualité, il restait qu’en avril 2011 cela faisait deux ans et la sortie de la première saison de K-On que le studio n’avait pas offert un nouvel univers et que beaucoup attendaient avec une forme d’excitation ce que le studio à l’origine de Full Metal Panic Fumoffu, Lucky Star, La Mélancolie de Suzumiya Haruhi ou bien Clannad allait pouvoir nous offrir de « neuf ».


C’est donc dans ce contexte qu’arrive Nichijô et la surprise est grande.

 

Mai, Yûko, Nono et Mio, les héroïnes de la série


Quotidien déjanté


Nichijô n’a pas de scénario. Mais s’il en avait un, il serait peut-être celui-ci : l’histoire de trois camarades de classe qui vivent leur vie. Mais aussi l’histoire d’une professeur géniale âgée de 8 ans qui a construit un robot parfaitement humanoïde nommé Nono qui aimerait bien pouvoir à l’école et qui vit avec un chat nommé Sakamoto, qui possède une écharpe qui lui permet de pouvoir parler. Mais aussi l’histoire d’un club de « Go-Football » — sport qui mélange le football et le go. Et caetera.


Bref, ne cherchez pas vraiment d’intrigue. Il y a quelques fils rouges — le personnage de Mio qui veut devenir mangaka, celui de Nono qui veut aller au lycée — mais ils ne constituent pas réellement un authentique scénario. Car Nichijô est avant tout une compilation de sketches fonctionnant à l’aide d’un casting assez large de personnages honnêtement timbrés. À commencer par les personnages principaux. On a ainsi comme « héroïnes » un trio composé de Yûko — éternelle victime de la malchance et une mentalité plutôt désinvolte qui explique sans doute qu’elle soit incapable de faire ses devoirs à l’heure —, Mio — jeune fille terre à terre qui tente de cacher le fait qu’elle produise du yaoi dans ses heures perdues — et Mai — qui parle peu, a l’air calme et intelligente mais prépare toujours nombre de coups fourrés pour son entourage proche. Ce trio est au centre de la plupart des sketches et leurs caractères complémentaires permet effectivement une grande variété de situations.


Normal.


En parallèle on retrouve un autre trio de héros dans les laboratoires Shinonome avec la professeur — on ne sait pas son nom, juste qu’elle a 8 ans et que malgré son caractère très enfantin, elle sait construire des tas de machines et qu’elle aime les requins —, Nono — jeune robot timide qui essaie de cacher au reste du monde qu’elle est un robot malgré le fait qu'il y a une gigantesque clé dans son dos — et Sakamoto — un chat qui parle mais aimerait malgré tout se cantonner à dormir et manger, comme tous les chats. S'il faut attendre la moitié de la série pour que ces deux groupes se rencontrent, reste qu’à eux deux ils assurent une bonne partie des blagues.

Et si ce n’est pas suffisant, il reste encore les personnages secondaires, et là aussi il y en a beaucoup qui sont juste très exagérés. Que ce soit le principal du lycée qui se bat régulièrement avec un cerf, un fils de riche fermier incapable de saisir les réalités du monde moderne et qui ne se balade jamais sans sa chèvre ou bien une tsundere qui a tendance à sortir des armes de gros calibre quand elle est gênée, personne n’est vraiment normal dans cette série. Et c’est tant mieux !


Normal


Don’t Blink


Nichijô est initialement un manga de Keiichi Arawi, un auteur pas spécialement connu pour autre chose en dehors de cette série. Et, comme vous vous en doutez peut-être déjà, ce manga est un yonkoma, c’est-à-dire une série de petits gags en 4 cases, semblable à nos Garfield ou Snoopy. On en parlait déjà à l’époque de la chronique sur K-On et Azumanga Daioh, mais ça reste un support difficile à adapter. Mais ici, Kyoto Animation est venu directement apporter sa patte et a pris pas mal de libertés avec le support original : allongement des blagues, scènes inédites, insertions de petites saynètes adaptées d’Helvetica Standard (un autre manga d’Arawi), etc.


Cela n’empêche pas la série d’adopter une manière assez inédite de gérer son humour. Ainsi, beaucoup de blagues de Nichijô sont longues. Une partie de l’humour de la série vient du fait de voir pendant 5 ou 10 min être étirée une même vanne. Plus celle-ci s’allonge, plus elle s’enrichit, et une blague simple peut vite devenir assez compliquée mais suffisamment bien racontée pour rester drôle. Un humour très particulier, qui surprend, et met un peu de temps avant d’être réellement apprécié : Nichijô est une comédie qui peut demander un poil d’investissement. Ce n’est pas le même humour que ce à quoi ont pu nous habituer des titres comme Excel Saga ou Baka To Test, ce qui peut déstabiliser.


Normal.


En outre, la série assure fort sur le plan visuel. La technique est impeccable avec une animation extrêmement travaillée, ce qui n’est pas gratuit et permet à nombre de blagues de gagner en force et en efficacité. Le storyboarding, la réalisation : tout fonctionne impeccablement et c’est jonché de bonnes idées. Des petites virgules magnifiquement dessinées parsèment les épisodes de-ci de-là, pour donner un rythme particulier à chaque épisode. Quant au design général, il est attachant et assez différent de ce qui se fait ailleurs : les personnages sont mignons, le trait est un peu enfantin et le chara-design unique, très fidèle au style du manga d’origine.


Les génériques sont également merveilleux: que ce soit les deux génériques d’ouverture totalement cinglés et frénétiques (avec des chansons assurées par l’artiste excentrique Hyadain) ou les génériques de clôture, doux et reposants. La seconde partie de la série voit même une chanson différente à la fin de chaque épisode, à chaque fois des reprises de grands classiques du folklore japonais — le mythique Tsubasa wo Kudasai, par exemple.


La série dure en tout 26 épisodes et aucun épisode ne ressemble réellement au précédent. Certains épisodes ignorent même les héros et se concentrent sur des intrigues dont on n’a jamais entendu parler avant, comme tout cet épisode tournant autour d’un coup d’État dans un royaume volant. Le tout se regarde impérativement dans l’ordre, les blagues de continuité étant légion et la caractérisation des personnages se faisant progressivement.


Normal.


Nichijô est une des meilleures comédies récentes, offrant un style de comédie assez différent du reste de la production. C’est toujours très gentil, tous les publics peuvent rire des mêmes blagues, l’humour référentiel — tout comme le fanservice — y sont aux abonnés absents, bref c’est quelque chose qui peut parler à tout le monde. Doucement fou, très imaginatif, capable même à l’épisode 21 de toujours continuer à surprendre son spectateur, Nichijô possède une écriture intelligente en plus d’être drôle. Ca serait, du coup, dommage de ne pas tenter sa chance sur ce produit assurément estampillé du label rouge de l’humour japonais à son meilleur !


Jeune adulte responsable au quotidien mouvementé, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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