CHRONIQUE DU JEUDI : Cowboy Bebop

Cowboy Bebop – La chronique du jeudi #65

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


L’animation japonaise a toujours eu un lien très ténu avec la science-fiction et ce, dès ses premiers succès avec par exemple Astroboy dans les années 60. À la télévision française, ce sont des titres comme Capitaine Flam, Ulysse 31, Albator ou Goldorak qui ont permis aux animés d’apparaître dans les années 70. Et pour celui qui a découvert l’animation japonaise à la fin des années 80, ce sont souvent des titres comme Mobile Suit Gundam, Super Dimension Fortress Macross ou même Gunbuster qui marquent les mémoires de cette époque. Bref, parmi tous ces titres légendaires qui traitent de science-fiction – et plus particulièrement d’espace – il en est un qui, à la fin des années 90, met tout le monde d’accord et reste encore aujourd’hui régulièrement cité comme un des titres les plus cultissimes de l’animation japonaise : Cowboy Bebop.


Jet au centre et, dans le sens des aiguilles d’une montre en commençant par en haut à gauche, Faye, Ein, Ed et Spike


Space Cowboys


Nous sommes en 2071 après JC, bien installés dans le futur. C’est l’époque d’un nouveau genre de pionniers : les explorateurs spatiaux. Ceux-ci fuient une planète Terre devenue de moins en moins habitable et partent explorer l’espace à l’aide, entre autres, de portails hyperspatiaux qui permettent un voyage aisé entre les différents éléments du système solaire. Mais dans cet Espace sans État, sans foi et sans loi, le crime a trouvé un nouvel essor et pour chasser ces criminels là où personne ne vous entend crier, la police spatiale fait régulièrement appel à des chasseurs de primes nommés « Cowboys » qui partent traquer la brute et le truand.


Cowboy Bebop raconte donc l’histoire d’un vaisseau spatial qui navigue à la recherche de primes, le Bebop. À sa tête deux hommes : Jet, la brute au grand cœur et Spike, un expert du combat à la dégaine cool mais au passé mystérieux. Très vite, ils seront rejoints par Faye Valentine, une chasseuse de primes rivale qui se donne l’apparence d’une femme fatale tout en camouflant ses nombreux secrets, Ed, une hackeuse de génie jeune et androgyne et Ein, un chien particulièrement intelligent. Ensemble, ces cinq personnages vont errer dans le système solaire et rencontrer une multitude de personnages et de situations parfois étranges, parfois sombres, parfois amusantes et parfois tristes.


L’épisode « Pierrot le Fou » et son terrifiant antagoniste


Car Cowboy Bebop est un animé qui peut se suivre comme une série dite « bouclée ». Ainsi, à part un nombre restreint d’exceptions, chaque épisode peut se regarder indépendamment. Il reste évidemment conseillé de les voir dans l’ordre car même si elle est mince, la continuité est respectée dans la série. Mais ce qu’il faut retenir est que chaque épisode se suffit toujours à lui-même, avec un début, un milieu, une fin ainsi qu’une histoire et une ambiance qui lui sont propres.


Ainsi, il s’agit finalement moins d’une série animée que d’une anthologie contenant une vingtaine d’atmosphères et d’ambiances différentes. Un épisode va ainsi parler de western, un autre verra les personnages partir à la recherche d’un lecteur de Betamax à travers l’espace ; celui-ci verra tout l’équipage commencer à halluciner de manière particulièrement étrange tandis que celui-là offrira à Spike un ennemi menaçant et sordide. La série n’est jamais violente, jamais gore, peut être vue par un public large mais fait assurément traverser à son auditoire une palette d’émotions la plus variée qu’il soit.


En outre, la série se pose au carrefour de plusieurs cultures. Toute la série est influencée par une forte culture pop américaine qui vient se superposer au savoir-faire technique du Japon en matière d’animation. La série intègre ainsi aussi bien le concept de cowboy que la présence d’éléments tels que la navette spatiale Columbia, des épisodes titrés selon des chansons d’artistes aussi variés que Bob Dylan ou Aerosmith quand ce n’est pas toute la bande son qui emprunte au jazz ou aux artistes les plus emblématiques des cinquante années précédant la sortie de l’anime.


Finalement et pour résumer, Cowboy Bebop propose 26 épisodes différents, où l’on ne sait jamais vraiment ce qu’on va trouver, mis à part des choses qu’on ne voit que rarement ailleurs dans l’animation japonaise. Intriguant, non ?


Il y a, heureusement, bel et bien des cowboys dans Cowboy Bebop !


Let’s Jam


Derrière Cowboy Bebop se trouve le réalisateur Shinichiro Watanabe. Une personnalité forte du monde de la réalisation, reconnue pour ses nombreux animés et par sa capacité à toujours changer de genre, en se laissant souvent guider par ses envies musicales d’alors. Si c’est Cowboy Bebop qui l’a fait remarquer auprès du public occidental, il avait déjà signé en 1994 le très beau Macross Plus qui le voyait déjà collaborer avec la compositrice Yoko Kanno, qui signait alors une fantastique bande son, sublimée par la chanson Voices, le thème principal de la série.


Watanabe, après Cowboy Bebop, partira alors du côté d’autres projets, qui peuvent se reconnaître par une signature assez simple : un genre d’animé bien précis fusionné à un genre de musique bien précis. Ainsi on trouvera les mélanges suivants : animé de samouraï + hip hop jap à donf (Samurai Champloo), josei musical + jazz (Kids on the Slope), terroristes mystérieux + électro-pop scandinave (Terror In Resonance) et dernièrement folie spatiale + folie musicale avec Space Dandy.


Le très drôle épisode « Toys in the Attic » où la série semble s’autoparodier


Quant à Yoko Kanno, c’est une compositrice particulièrement remarquée, qui a signé une quantité ahurissante de bandes son de qualité depuis maintenant le début des années 90. Signalons, par exemple, Ghost in the Shell Stand Alone Complex, Turn A Gundam, Macross Plus & Macross Frontier, Wolf’s Rain, RahXephon ou bien encore Escaflowne. Mais c’est avec Cowboy Bebop qu’elle offre véritablement un de ses meilleurs travaux, si ce n’est – osons – son meilleur, avec une bande son qui se place avant tout sous le signe de la variété. Les titres d’inspirations et de genres aussi divers que variés se succèdent, à commencer par le mythique générique de la série, Tank! Interprété par un véritable orchestre jazz dirigé par Kanno et nommé les Seatbelts, cet opening très stylisé – et instrumental – marque d’emblée le spectacteur et commence dès lors à le convaincre que Cowboy Bebop est différent du reste de la production.


En outre, techniquement et visuellement, Cowboy Bebop émerveille aisément. Loin d’être laide, la série peut se permettre de ne pas vieillir d’une seule ride, malgré sa quinzaine d’années dépassée. Certaines scènes d’action jouissent d’un travail fuide et appliqué, et jamais la série ne fait dans la faute de goût. Certains épisodes s’amusent même à jouer avec les ombres et les couleurs pour poser leur ambiance, comme si de rien n’était.


Mais cette qualité technique, elle est encore plus équivoque dans le film, Cowboy Bebop: Knockin’ on Heaven’s Door. Sorti au Japon le 1er septembre 2001, celui-ci mettra beaucoup de temps à arriver en Occident à la suite du 11-Septembre. Il faut dire que ce film centrant son intrigue autour des actions d’un terroriste dans une ville qu’il met à feu et à sang, on peut alors comprendre que l’ambiance ne soit pas au beau fixe pour accueillir ce film dans une société encore assez meurtrie. Mais une fois celui-ci disponible, le public américain et européen a pu découvrir un film techniquement époustouflant et d’une très grande intensité. Certains furent déçus de ne voir en ce film qu’un long épisode de la série qui durerait une heure trente et de ne pas avoir plus de détails sur le passé de Spike ou sur les organisations dépeintes à la fin de la série mais l’un des atouts de Cowboy Bebop étant le mystère qu’il laisse justement sciemment planer sur ses personnages et son univers, on lui pardonne.


Ed, toujours à la recherche d’une occupation


Découvrir Cowboy Bebop en 2015, c’est tout à fait possible et ça ne nécessite aucune préparation particulière. Techniquement, la série reste belle comme au premier jour, et des versions Blu-ray remasterisées de très bonne qualité sont même sorties récemment au Japon et aux États-Unis, laissant de l’espoir pour une sortie dans une France qui n’a jamais vraiment boudé son amour pour cette série. La série reste encore aujourd’hui vraiment originale et parvient toujours à poser un univers unique et envoûtant, qu’on est triste de quitter quand vient le dernier épisode.


Et si vous connaissez déjà Cowboy Bebop, alors il est fort à parier que vous avez sans doute toujours envie de la revoir. C’est normal: c’est l’effet secondaire le plus commun de cette série.


See You Space Cowboy…

Jeune adulte responsable qui aimerait bien un beau bonsaï comme Jet, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo
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