CHRONIQUE DU JEUDI : Strike Witches

Strike Witches – La chronique du jeudi #66

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


Ce début d’année 2015 a été marqué par l’adaptation animée de Kantai Collection, qui se basait sur un jeu en ligne où la majorité des bateaux japonais de la Seconde Guerre mondiale se retrouvait personnifiée sous la forme d’agréables jeunes filles. Si de notre point de vue français, la démarche peut surprendre voire même choquer vis-à-vis de ce qu’on connaît sur la place du Japon pendant le conflit mondial, cela se justifie néanmoins si l’on essaie de poser ces éléments dans son contexte. Ainsi, si l’on a grandi en tant que Français en percevant l’armée japonaise comme une force sans foi ni loi ayant commis des horreurs en Corée et en Chine, pour le peuple japonais le sentiment est bien plus nuancé, et tente de faire la distinction entre l’armée japonaise et ses dirigeants. Car malgré toutes les exactions, les massacres voire, osons le terme, les génocides perpétrés par l’armée impériale, une partie des Japonais restent quand même assez fiers de cette armée qui a su, en moins de dix ans, évoluer technologiquement de manière très impressionnante et dominer de manière éclatante l’Extrême-Orient et tenir tête quelques années à la première force mondiale américaine.


Du coup il arrive régulièrement que la culture visuelle japonaise puise dans l’imagerie de l’armée impériale de l’époque. À commencer par Uchû Senkan Yamato, l’incroyable et cultissime série de science-fiction qui voit le gigantesque porte-avions Yamato être sorti de l’océan où il avait coulé lors d’une bataille de la guerre du Pacifique et reconverti en vaisseau spatial devenu le dernier espoir de l’humanité. Ou bien encore Jipang/Zipang, un manga de Kaiji Kawaguchi qui voit un soldat de la force d’autodéfense japonaise des années 2000 se retrouver au milieu des batailles qui opposent Japon et États-Unis, batailles qu’il va retourner en la faveur du Japon impérial…


Puis il y a des titres qui sont beaucoup plus légers et vont principalement garder de la guerre l’aspect mécanique et technologique, avec un focus sur les bateaux, les chars, les avions ou les armes plus que les soldats, les stratèges, les idéologues et les côtés sombres des conflits. Cela arrive régulièrement comme, par exemple, pour l’animé dont on va parler aujourd’hui : Strike Witches.


Les personnages principaux de la série. Miyafuji, l'héroïne, est la troisième en partant de la droite.

Aces High


Strike Witches prend place en 1939 dans une réalité alternative à la nôtre où le monde vit en paix, d’autant plus que toute l’humanité est obligée de s’unir et de s’allier face à une menace extraterrestre nommée Neuroi. Les Neuroi semblent dénués d’humanité, ont une forme métallique prononcée et se contentent d’occuper des terres pour se nourrir. Pour faire face à cette menace qui a occupé quasiment toute l’Europe, les armes standards se montrent quasi inutiles et les humains doivent mettre leur destinée entre les mains de jeunes filles capables d’utiliser de la magie ainsi que des armes spéciales nommées les Strikers. Ces armes leur permettent non seulement de voler mais de pouvoir utiliser leur magie de manière optimale afin de leur permettre, par exemple, d’utiliser des armes de guerre qui seraient autrement beaucoup trop lourdes pour elles.


Au milieu de tout cela on suit une héroïne japonaise, Miyafuji, qui va rejoindre la 501e Joint Fighter Wing, une force de défense internationale contre les Neuroi composée d’une dizaine de « sorcières » qui vont essayer de leur mieux de faire face à cette menace inhumaine.


Les liens entre Strike Witches et la Seconde Guerre mondiale sont relativement évidents de prime abord : année chosie, Europe « occupée » par une large menace sombre et inhumaine et même si les pays se voient renommés (le Royaume-Uni devient Britannia ou la France Galia, par exemple), le parallèle est trop évident. En outre, chaque sorcière est liée à l’histoire militaire de son pays. Ainsi, en premier lieu, les Strikers font référence à de véritables avions du second conflit mondial, le personnage britannique, Lynette, à un Striker ressemblant fortement au mythique avion Spitfire. Quant aux personnages en eux-mêmes, leurs noms rendent hommage à des as de l’époque — Erica Hartmann est ainsi nommée par rapport à Erich Hartmann, un pilote allemand ayant abattu 352 appareils durant la Seconde Guerre mondiale, faisant de lui le meilleur « as » du conflit.


Qui n'a jamais rêvé de mettre son maillot de bain pour aller nager dans le beau ciel bleu ?


Mais au final, on se rend très vite compte que ce lien avec la Seconde Guerre mondiale reste très mineur. Il faut dire que dans Strike Witches, d’autres choses attirent bien plus l’attention, à commencer par un design qui se distingue particulièrement par le fait qu’aucun personnage féminin ne semble porter de pantalon. Si cela peut se justifier pour les sorcières (les Strikers s’installant sur les jambes nues), même les personnages féminins les plus secondaires qu’il soit comme les infirmières ou les professeures semblent ne pas avoir peur de prendre froid.


Du coup, c’est assez difficile de prendre cet univers très au sérieux, d’autant que la série met beaucoup de temps avant de réellement se montrer sous un jour moins frivole. La première partie de la première saison tâche ainsi de nous familiariser avec les membres du 501e Joint Fighter Wing de manière plus ou moins adroite, avec un humour qui ne fait parfois pas forcément très mouche. On se serait ainsi sans doute bien passé d’un épisode centré sur un des personnages qui oublie de mettre une culotte.


C’est d’autant plus terrible que ce début de saison flanque à la série une imagerie réellement otaku... mais pas dans le bon sens du terme ; plutôt dans le sens un peu pervers dégueulasse. Jeunes filles même pas majeures mais souvent dénudées, plans réguliers sur les petites culottes, humour bas de ceinture... Il n’aurait plus manqué que les tentacules pour remplir une grille de bingo des clichés. Et c’est dommage, car dès lors que la série se réveille — 8e épisode — pour se mettre à proposer une véritable intrigue, des scènes d’action bien plus intenses et un réel développement de ses personnages, on oublie aussitôt les épisodes précédents et on est dedans, oubliant au passage les petites particularités visuelles de la série. Ce qui n’était pas gagné.


« Suivez ce taxi ! »


Le Vent se Lève


La première saison avait été réalisée par le studio Gonzo en juillet 2008, en se basant principalement sur un manga de Yoshiyuki Kazami qui date de 2005 et aura été annulé au bout d’un volume avant de servir de base une année plus tard à un light novel bien plus emblématique. Sur cet animé, le studio japonais fait le travail de manière acceptable, sans point fort mais, a contrario, sans réel point faible d’un point de vue technique. Mais du point de vue de l’écriture, la série doit subir des soucis de rythme au début de la série, couplés à une écriture assez faible. Sans vous dire pour autant de zapper toute la première moitié, disons que la série semble réellement débuter au 8e épisode, ce qui n'est pas réellement un avantage, vous en conviendrez.


Cette adaptation animée trouvant sa niche et son succès, une seconde saison débutera en 2010, cette fois sous le patronage du studio AIC. Un peu plus jolie, cette saison souffre un peu des mêmes défauts d’écriture que son aînée, même si cette fois-ci tous les épisodes « tranche de vie » sont centrés au milieu de la série, entre deux phases un peu plus riches en action et en intrigue. Enfin, la série est suivie d’un film en 2012, toujours par AIC, et d’une série de trois OAV, Victory Arrow, quant à eux assurés par Silver Link.


Plus intéressant est sans doute le designer de la série, Fumikane Shimada, un chara-designer spécialisé dans le mecha musume (le terme qui désigne la personnification de matériel militaire) qui, il faut l’avouer, possède un trait très agréable et crée des personnages au design réussi. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si on retrouvera ce designer derrière Girls und Panzer, Vividred Operation et Kantai Collection.


Tout le monde dans les airs avant la dernière bataille !


En soit, Strike Witches n’est pas une série ridicule comme on pourrait le croire en jugeant son apparence mais elle est simplement très clivante et ne parle qu’à une niche bien précise — les fanas de matos de la Seconde Guerre mondiale qui aiment bien aussi les personnages féminins tous mignons et un peu jeunes. Du coup, la série attire facilement les quolibets et ce n’est pas le genre d’animé qu’en tant qu’occidental on est réellement fier de regarder tant elle peut coller à une vision très caricaturale que beaucoup de médias semblent propager sur l’animation japonaise. Malgré tout, ceux qui se sentent touchés par la thématique et qui ignoreront l’absence de pantalons y trouveront une série ni meilleure ni moins bonne qu’une autre, qui possède ses qualités et ses faiblesses et va un peu plus loin qu’un simple étalage de fanservice pour otaku.


Jeune adulte responsable qui porte toujours un pantalon, lui, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo


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