CHRONIQUE DU JEUDI : Card Captor Sakura

Sakura, chasseuse de cartes – La chronique du jeudi #68

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


En 1966 sortait le manga Mahôtsukai Sari, connu en France sous le nom de Sally la Petite Sorcière grâce à une adaptation animée réalisée dans les années 80 et diffusée en France par le biais de la Cinq. C’est ce manga qui va lancer la figure de la magical girl dans l’imaginaire japonais, une figure qui ne cessera jamais d’être populaire au fil des décennies et parviendra toujours à se renouveler quand nécessaire. On pourra ainsi parler longuement de Cutie Honey, Gigi, Sailor Moon ou même plus récemment Puella Magi Madoka Magica, qui sont des séries emblématiques de l’histoire de l’animation japonaise qui ont su, à chaque fois, reprendre l’archétype et les codes des magical girls pour les renouveler ou les réinventer.


Ainsi, les années 90 seront particulièrement marquées par deux séries de magical girl. La première, c’est bien évidemment Sailor Moon, qui va renouveler la formule en transformant l’héroïne magical girl solitaire habituelle en un groupe de magical girl très inspiré des sentai et autres tokusatsu. La seconde série qui va sérieusement influencer le genre, c’est le sujet de l’article de cette semaine : Card Captor Sakura.


Les personnages principaux de la série, ici avec leur design du manga

Premier rang, de gauche à droite : Keroberos, Sakura, Tomoyo, Shaolan

Second rang : Tôya et Yukito


No Nagging Anymore


L’histoire de Card Captor Sakura est centrée autour d’une héroïne nommée, vous l’aurez sans doute deviné, Sakura. Cette jeune écolière vit chez elle avec son frère et son père. Elle y mène une existence tranquille et normale, bien que sa mère soit morte il y a maintenant quelques années. Mais un beau jour, alors qu’elle entre dans la bibliothèque de son père, elle ouvre un mystérieux livre censé contenir des cartes de tarot. Pas de chance, celui-ci contenait des esprits magiques qui profitent de l’ouverture du livre pour s’échapper et partent se disperser tout autour de la ville. Sakura fait alors la rencontre d’un petit esprit nommé Keroberos qui lui explique qu’elle va devoir récupérer tous ces esprits à l’aide d’un sceptre, chacun étant lié à des cartes nommées les cartes de Clow.


Soutenue par sa meilleure amie, Tomoyo, qui va lui confectionner des costumes dignes d’une véritable magical girl, Sakura devient donc, comme le nom de la série l’indique, une chasseuse de cartes. Mais des cartes, il y en a près d’une cinquantaine et certaines sont particulièrement puissantes ou belliqueuses, alors imaginez bien que ça ne sera pas une partie de plaisir.


Avant d’être un animé de près de 70 épisodes, Card Captor Sakura est un manga réalisé par le collectif CLAMP. On ne présente plus ce cercle de quatre auteurs, parmi l’un des plus connus en France, qui aura en trente ans produit des mangas comme RG Veda, X, XxXHolic, Tsubasa Reservoir Chronicles ou bien encore Chobits, parmi une vingtaine d’autres titres.


Mais si le manga ne durait que douze tomes, la série, elle, va beaucoup plus loin et atteint sans forcer les sept dizaines d'épisodes. Son secret ? Rajouter une trentaine de cartes à celles du manga, ainsi que de nouveaux personnages et de nouvelles intrigues. Ainsi étoffée de tout ce nouveau contenu, la série va durer près d’un an et demi avant de cesser peu de temps après la prépublication du manga original.


Une fois capturées, les cartes peuvent être utilisées par Sakura.

The Fly sera l'une des plus pratiques puisqu'elle permettra à Sakura d'utiliser son sceptre comme balai volant.


Finalement, l’animé possède une structure simple qui, pour schématiser, voit souvent chaque épisode être dédié à une carte en particulier et sur comment Sakura va pouvoir la capturer. Il n’y a qu’une cinquantaine de cartes ? Pas de souci : dans la seconde partie de la série, la « capture » va laisser sa place à un autre système qui va à nouveau forcer l’héroïne à devoir passer en revue son arsenal de cartes magiques, presque un épisode à la fois. Évidemment, on caricature un chouïa, car certains épisodes peuvent sortir de ce schéma. Reste à la série cette qualité d’avoir des épisodes indépendants qui, s'ils essaient de tenir compte d’une intrigue globale aux enjeux importants, peuvent se regarder sans problème seuls. Intéressant pour un public enfantin.


Car si l’animé Card Captor Sakura s’adresse explicitement à un public jeune et féminin, il faut tout de même remarquer dès maintenant que c’est l’un des premiers animés qui va cartonner bien en dehors de cette démographie particulière et également attirer un public masculin, parfois relativement âgé. En ce sens, la série est précurseur de ce qui sera plus tard les animés de magical girls dédiés à un public masculin avec Magical Lyrical Nanoha ou bien Strike Witches entre autres exemples. Cette audience inattendue, elle peut s’expliquer par de nombreux facteurs, à commencer par un ton très proche du manga qui était, comme habituellement avec CLAMP, rempli de sous-entendus et d’interprétations assez adultes malgré l’aspect enfantin des choses.


Tomoyo, toujours armée de son fidèle caméscope


Ainsi, Card Captor Sakura, c’est la série où la meilleure amie de l’héroïne a explicitement des sentiments amoureux pour elle ou bien celle dans laquelle on trouve un professeur et une élève de onze ans qui vivent une romance réciproque sans que cela ne semble choquer qui que ce soit. Rajoutez à cela une intrigue bien ficelée, des personnages riches et attachants, des passages parfois sombres sans être violents et vous avez une œuvre capable de toucher et de satisfaire un public très large. Comptez ensuite une distribution très importante à l’internationale, et on obtient très rapidement une série qui dispose d’un nombre de spectateurs ahurissant tout autour du globe, entraînant un succès mondial qui va propulser CLAMP sur le devant de la scène et permettra à Bandai de vendre des goodies par bateaux entiers.


Mais limiter Card Captor Sakura à une imprimante à billets serait injuste et conduirait à oublier les qualités intrinsèques de l’animé, qui sont nombreuses.


Les personnages tirent parfois des trognes assez rigolotes. Woé !?

Madhouse of Cards


Derrière Card Captor Sakura, on trouve le studio Madhouse. Fondé dans les années 70 par des anciens du studio d’Osamu Tezuka, Mushi Prod, Madhouse est un studio qui a vite acquis une réputation solide et respectable grâce à son travail sur des séries comme Rémi Sans Famille ou Jeu Set Et Match. Dans les années 80, le studio se concentre surtout sur le cinéma avec la production de nombreux films, dont les adaptations de Gen d’Hiroshima. C’est dans le milieu des années 90 que le studio va connaître une nouvelle jeunesse avec l’arrivée de personnes remarquées comme, par exemple, le réalisateur Satoshi Kon qui va produire avec le studio des films comme Perfect Blue ou, plus tard, Millennium Actress. Dans le même temps, Madhouse reprend la production de séries télévisées ambitieuses avec des titres comme DNA2, Trigun ou Master Keaton. C’est dans ce contexte qu’arrive Card Captor Sakura, confié au réalisateur Morio Asaka. Celui-ci sort alors de la production du film Anne no Nikki, une adaptation animée du Journal d’Anne Franck.


Dans tous les cas, le sérieux de Madhouse va se ressentir sur la production de l’animé qui, loin de nombreux autres animés à plus de cinquante épisodes, va se révéler très solide d’un point de vue visuel comme technique. Ajoutez à cela une très jolie OST composée par Negishi Takayuki et vous obtenez une série plus que convaincante dans sa forme.


Une édition intégrale DVD de qualité pas mauvaise est d'ailleurs dispo en France


Et, plus important, tout ce qui a été rajouté par rapport au manga est loin de tenir du simple « filler » ou du remplissage de mauvaise qualité, mais forme réellement un tout homogène, qui fait sens sans faire tache. Les nouvelles cartes sont inventives et s’intègrent particulièrement bien au récit. Quant aux nouveaux personnages, à commencer surtout par la cousine de Shaolan, le rival de Sakura, ils parviennent eux aussi à trouver leur place sans trop de problèmes.


Finalement, on en arrive même au point où le manga et l’animé peuvent presque être considérés comme deux œuvres différentes. Si leur intrigue est similaire, le déroulement diffère suffisamment, cela accompagné de quelques changements dans le fond. L'animé traite en effet certains thèmes avec beaucoup plus de légèreté. En conséquence, les deux œuvres sont complémentaires, ce qui est très loin d’être une mauvaise chose.


En tout cas, Card Captor Sakura aura marqué une grande quantité de jeunes spectateurs lors de sa diffusion télévisée en France au début des années 2000. Mais quand on revient dessus avec du recul, on ne peut que constater que les bons souvenirs ne sont pas dus qu’à la nostalgie, mais bien aux qualités propres d’un animé qui, en 70 épisodes, sait parler à un public large grâce à ses personnages, son univers, son humour, ses qualités techniques et plus généralement toutes les bonnes émotions qu’il dégage. En somme, un réel succès, indémodable presque vingt ans plus tard.


Petit point faible : Keroberos ne parle pas avec un fantastique accent marseillais dans la VF, contrairement au manga


Jeune adulte responsable qui créait ses propres cartes de Clow sur son cahier de brouillon en 4eAmo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo


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