CHRONIQUE DU JEUDI : Gatchaman Crowds

Gatchaman Crowds – La chronique du jeudi #69

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.


C’est quelque chose qui est devenu à la mode dans la pop culture mondiale, et ce depuis la fin de la dernière décennie : récupérer ce qui était populaire dans les années 70/80 et en faire, au choix, des suites, des spin-offs, des remakes ou des reboots. Qui aurait ainsi cru que les films les plus mémorables de ce début de 2015 soient le retour de l’univers Jurassic Park — disparu des écrans depuis le début des années 2000 — et celui de Mad Max — trente ans après le film Mad Max 3Alors quand on voit qu’une suite à Ghostbusters est annoncée et que dans le monde du jeu vidéo tout le monde ne parle que du retour de Final Fantasy VII et de la franchise Shenmue, on se dit que jouer sur la corde nostalgique est aussi le moyen le plus simple de ne pas prendre de risques.


En 2013 sortait au Japon un film live qui reprenait d’ailleurs une franchise animée particulièrement emblématique des années 70. Cette franchise, c’était Gatchaman, aussi connu en France sous le nom La Bataille des Planètes. Et c’est vrai que c’est un retour qui pourrait passer presque inaperçu : la dernière série Gatchaman jusqu’alors était des OAV sortis en 1994, soit presque vingt ans auparavant ! L’idée derrière ce film semble alors être clairement de toucher les quarantenaires désireux de retrouver les idoles de leur enfance tout en essayant de conquérir la jeunesse japonaise contemporaine. Une idée intéressante, donc, mais qui se conclura par un triste flop en salle.


Mais au final ce film ne nous intéressera que très peu aujourd’hui puisque l’on va surtout s’intéresser à une série sortie quelques semaines avant afin de l’accompagner. Cette série, c’est donc Gatchaman Crowds.

En haut, l'équipe du Gatchaman original

En bas, une partie des héros de Gatchaman Crowds, de gauche à droite : Sugane, Utsu, OD, Hajime et Rui


Carnets à spirales


Gatchaman Crowds semble prendre place dans un futur proche. L’humanité est alors sous la menace de mystérieux extraterrestres impersonnels nommés les MESS, dont leur seul pouvoir semble être de prendre la forme d’humains qu’ils ont enlevés au préalable. Mais heureusement les humains, qui ne sont que peu conscients de cette menace, peuvent compter sur l’aide des Gatchaman, des humains qui se battent contre les MESS à l’aide d’armures transformables qu’ils obtiennent à l’aide de carnets. Ces Gatchaman se font appeler le G-Crew et vivent ainsi dans le plus grand secret…


 jusqu’à ce qu’ils recrutent une lycéenne collectionneuse de cahiers nommée Ichinose Hajime. Cette jeune fille, très excentrique et remplie d’énergie, semble assez dubitative quant à la manière qu’ont les Gatchaman de lutter contre les MESS. Va alors commencer une refonte en profondeur du G-Crew qui va se montrer nécessaire, surtout quand apparaît une nouvelle menace, un extraterrestre nommé Berg Katze qui souhaite détruire l’humanité en semant la discorde en son sein…


Commence alors une aventure en 12 épisodes qui va confronter les Gatchaman à cette nouvelle forme de menace, tandis qu’en parallèle nous suivrons les aventures d’un jeune garçon nommé Rui qui est à la tête de GALAX, le plus grand réseau social du pays…


L'avatar GALAX d'Hajime :>


Au final, de la série originale, Gatchaman Crowds ne garde que le nom et le concept de héros costumés. Aucun lien avec les années 70 n’existe, l’univers n’étant clairement pas le même. Les seuls rapports sont de minuscules références (comme le nom de Berg Katze) qui n’ont aucune incidence dans l’intrigue. Ici on est donc loin de la « Bataille des Planètes » du titre francophone pour à la place se plonger dans le quotidien et le concret : l’invasion des MESS est un point scénaristique qui ne durera au final qu’une poignée d’épisodes pour laisser la place à une histoire qui va se concentrer un peu plus sur différentes thématiques telles que la figure du superhéros dans la société contemporaine ou bien encore la place des réseaux sociaux dans notre quotidien. Le tout avec un ton qui se veut progressiste et, surtout, optimiste.


Car Gatchaman Crowds est avant tout une série qui cherche à sortir du moule des séries d’actions aux antihéros cyniques et aux ambiances sombres qui font le succès de tous les médias depuis maintenant quelques années. Visuellement, la série est ainsi extrêmement colorée et verra son héroïne, le personnage d’Hajime, remettre méthodiquement en question les codes et les archétypes les plus classiques. Son opposition avec le personnage de Berg Katze est ainsi métaphoriquement l’opposition entre cynisme et idéalisme et, sans spoiler, disons que le cynisme n’est pas spécialement mis très en valeur par la série.


Hajime dans son armure de Gatchaman


Mais cet idéalisme montré dans Gatchaman n’est pas non plus niais, loin de là. Si la série met régulièrement l’emphase sur la beauté de la collaboration entre les humains, elle montre aussi que tout n’est pas parfait. Ainsi, les réseaux sociaux jouent une place importante dans l’intrigue, avec ce Facebook-like nommé GALAX, et aussi bien les qualités que les défauts sont mis en avant. La série veut ainsi montrer, sans être moraliste, les deux faces d’une même pièce, ce qui est tout à son honneur, et cherche avant tout à nous faire réfléchir sur le modèle de l’humanité toujours connectée.


Enfin, Gatchaman Crowds brille par ses personnages. C’est surtout l’héroïne, Hajime, qui est le pilier de la série. Si le personnage peut sembler insupportable de prime abord — elle parle fort, mal, tout le temps et son énergie peut être assez épuisante —, elle cache derrière son côté cinglé et absurde une grande intelligence et une capacité inouïe à déplacer ses pions sans que personne ne le remarque. C’est un personnage bien écrit et rapidement attachant pour peu qu’on puisse passer au-delà de ses aspects les plus criards. Le reste du Gatchaman-crew n’est pas non plus totalement éclipsé avec des personnages aussi barrés qu’OD le mentor sage, Utsu la timide ou Joe l’archétype parfait du héros des séries des années 80. On mentionnera évidemment également Berg Katze, le premier méchant à être littéralement écrit comme un troll de 4chan sans que ça ne paraisse ridicule, et Rui, le génial inventeur adepte du cross-dressing et au genre plutôt flou.


Berg Katze, l'antagoniste très particulier de la série

Du Trapèze à la Foule


Derrière la série se cachent deux figures remarquables de l’animation japonaise : le studio Tatsunoko et le réalisateur Kenji Nakamura.


Le studio Tatsunoko est un studio très important de l’histoire de l’animation japonaise, qui a connu son heure de gloire dans les années 70 et 80. Principalement reconnu pour Gatchaman / La Bataille des Planètes, le studio aura également produit des séries comme Yatterman, Samurai Pizza Cats, Southern Cross, Judo Boy ou bien Speed Racer. Le studio va être plus discret dans les années 2000 pour revenir dans la décennie actuelle avec des titres certes discrets mais remplis de qualité : [C], Yozakura Quartet ou bien encore la seconde saison de Psycho-Pass.


Quant à Kenji Nakamura, c’est un ancien animateur qui a dû quitter son boulot à cause d’une tendinite et, à la place, a évolué rapidement du rang de producteur à celui de réalisateur. Après quelques travaux sur des séries comme Soul Taker ou Big-O, il réalisera en 2007 la série Mononoke qui, très loin du film de Miyazaki, raconte avec un style visuel unique l’histoire d’un pharmacien dans un Japon ancien et mystique. Assez peu remarquée par le public, la série trouvera un grand succès du côté critique. Le style visuel particulier ainsi que l’écriture travaillée de cette série qui ne devait être initialement qu’un spin-off d’une autre série permettront à Kenji Nakamura de se faire un nom. Il va ainsi embrayer sur d’autres animés qui fusionneront ce sens excentrique du design avec une écriture qui se veut originale et progressiste. Cela débouchera sur des animés comme Trapeze, [C] Control ou bien Tsuritama et ses pécheurs de Dieu.


Un ensemble psychédélique assez typique de Kenji Nakamura


Est-ce donc naturel de retrouver Nakamura à la tête de cette série Gatchaman Crowds, la première en vingt ans ? Pas forcément. Surtout quand, comme on l’a dit, cette série est censée accompagner la sortie d’un film live qui, lui, reprend corps et âme l’esprit des Gatchaman d’antan. Un choix donc osé tant cette série n’a rien à voir avec celle des années 70. Du coup, on peut se poser des questions : Gatchaman Crowds a-t-il été imaginé dès le début comme une série « Gatchaman », ou bien Tatsunoko a-t-il récupéré un projet en cours de développement pour lui adjoindre le nom ?


Mais finalement cela importe peu puisque, à la fin de l’année 2013, Crowds aura marqué mieux les esprits que le film qu’il était censé accompagner, comme si les rôles avaient été inversés. Et c’est tant mieux, tant les qualités de Crowds sont nombreuses.


D’un point de vue technique, la série est plutôt intéressante. On a déjà parlé plus haut du visuel typique de Nakamura mais il faut avouer que le design global est haut en couleur et réellement unique. Il y a même cette idée très osée de faire toutes les armures Gatchaman en 3D. Si l’intégration 3D est particulièrement visible, créant une sorte de décalage, cela semble assumé et contribue principalement à mettre en exergue le fait que les Gatchaman se détachent considérablement du monde dans lequel ils vivent, comme s’ils n’y appartenaient pas réellement. Ce qui est en adéquation avec l’intrigue et la thématique de l’héroïsme qui est longuement abordée dans la série.


Hajime aime vraiment beaucoup les cahiers


Il est également important de mentionner qu’on retrouve à la composition de la musique Taku Iwasaki, le compositeur qui avait déjà à l’époque fait la gloire de séries comme Tengen Toppa Gurren Lagann, Soul Eater, Jojo’s Bizarre Adventure Battle Tendency ou bien Read Or Die. Ici le compositeur est complètement en roue libre et offre une bande originale barrée, qui mélange piano, chants entêtants et hommage à une électro-dubstep loin d’être aussi inaudible que nos préjugés musicaux pourraient nous faire craindre. Et tant qu’on mentionne la musique de la série, parlons rapidement du générique d’ouverture de la série, visuellement excellent et porté par une chanson qui se veut écrite dans un anglais rudement aléatoire.


Le seul point noir de Gatchaman Crowds, et ce qui va lui plomber la fin, c’est hélas un planning de production qui semble avoir été complètement pété — pardonnez l’expression. Le onzième épisode, l’avant-dernier, possède ainsi dix minutes de récapitulatif de scénario, ce qui est le signe le plus explicite d’un studio et d’un staff en retard dans la production et obligé de meubler pour pouvoir livrer l’épisode à temps. Du coup, cela donne deux épisodes finaux très rapides, qui ne répondent pas à toutes les questions, se permettent des ellipses peu convaincantes et tentent de caser dans le dernier épisode 40 min d’intrigue dans 20 min d’animation.


Ce qui est d’autant plus bête que la série essayait réellement jusque-là d’être accessible et de ne pas s’enfermer dans son excentricité. Il aurait été facile de faire un scénario opaque et juste barré, mais Gatchaman Crowds veut réellement diffuser son message optimiste et progressiste en le faisant de la manière la plus explicite et la plus efficace possible. Ce qui est en contradiction totale avec cette fin qui est, pour le coup, bien moins claire. Certes, tout cela a été réglé au moment de la sortie des Blu-ray avec la sortie d’un director’s cut de l’épisode 12 qui prend 40 min pour tout éclaircir, et il le fait bien, mais on regrettera beaucoup cette fin en queue de poisson que le talent du staff ne peut, hélas, réellement excuser.


Gatchaman, go !


Alors que la seconde saison débute dans un peu plus de quinze jours, on ne peut du coup que vous suggérer de vous jeter sur la première saison de Gatchaman Crowds. Totalement indépendante de son aînée, la série est remarquable et particulièrement mémorable. La série aurait pu totalement se reposer sur son design barré pour marquer les esprits, mais l’accompagne d’une intrigue maligne et bien racontée, une dissection intéressante de l’héroïsme, un progressisme de bon aloi et une vision philanthropique sans abus de naïveté qui fait du bien à l’époque ou Game of Thrones et l’Attaque des Titans sont devenus des modèles de divertissement. C’est une série à contre-courant, mais dont il serait sage que plus d’œuvres s’inspirent.


La première saison est disponible sur Crunchyroll !


Jeune adulte responsable qui possède Hajime en avatar de son profil Crunchyroll, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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