CHRONIQUE DU JEUDI : Joshiraku

Joshiraku – La chronique du jeudi #71

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

L’humour japonais a toujours eu relativement de mal à s’exporter. Très différent du nôtre sous pas mal d’aspects, il reste encore aujourd’hui avec son ton exagéré, son absence de subtilité et sa crudité une véritable division entre Français et Japonais. Du coup, même si les gag mangas et leurs adaptations animées sont très nombreuses, rares sont les œuvres à traverser la moitié du monde pour parvenir chez nous. Il y a bien des séries comiques qui parviennent à trouver le succès, pensons ici à Excel Saga, Baka To Test ou bien encore Gintama ; mais dans l’ensemble, il est bien plus facile de citer les échecs ou les incompréhensions.

 

Alors quand on prend cet humour japonais auquel nous sommes généralement plutôt imperméables, qu’on lui rajoute une grande dépendance aux faits divers, qu’on le situe dans un univers typiquement japonais et qu’on le fait écrire par un auteur qui adore commenter l’actualité de son pays et du monde, alors on obtient l’animé Joshiraku, une curiosité qui ne parlera pas forcément au public le plus large.

 

 

De gauche à droite : Kururu, Gankyô, Marii, Tetora et Kigurumi

The Rakugo! Team

 

Joshiraku raconte l’histoire de cinq expertes en rakugo qui, entre deux sketches, parlent entre elles de tout et de rien.

 

C’est tout.

 

Du coup, vous avez sans doute beaucoup de questions. Qu’est-ce que le rakugo, par exemple ? Le rakugo, c’est un art traditionnel japonais comique qui voit un comédien faire face à son public pour déclamer des longues phrases jonchées de jeux de mots, d’humour de situation, d’usage de patois et de vieux langages. Et, évidemment, l’orateur est assis tout le long du spectacle et costumé de manière très spécifique et traditionnelle. Quelque chose de purement japonais, en somme, et assez méconnu par un Occident plus habitué quant à lui à l’art du théâtre et de la comédie sur scène sous la forme de one-man-show ou de stand-up.

 

Ce qui implique parfois du heavy metal

 

Du coup, on a cinq personnages féminins habitués à raconter tout et n’importe quoi sur scène avec un rythme frénétique qui se retrouvent dans les coulisses à discuter entre elles de manière toujours aussi frénétique. Cinq personnages totalement cinglés et qui possèdent toutes des particularités importantes qui vont rendre leurs interactions assez savoureuses : ainsi, la « leader » du groupe est Marii, une fière rousse qui verra très souvent son autorité être remise en question de par ses nombreux gags et son relatif manque de clairvoyance voire d’intelligence. À côté d’elle, il y a Gankyô la binoclarde, sérieuse et appliquée mais un peu imbue d’elle-même et qui cache des tendances sadiques qui peuvent éclater n’importe quand.

La mascotte du groupe, c’est une petite blondinette nommée Kigurumi mais que tout le monde appelle Kigu parce qu’elle est vraiment toute mignonne, toute gentille et pleine d’énergie… sauf qu’elle cache à tout le monde son réel caractère grognon, misanthrope, sombre et manipulateur. Un problème que ne connaît pas la quatrième membre du groupe, Kukuru, qui ne cache pas trop son instabilité émotionnelle, son humour noir et son côté sombre, causés par des années de malchance. Enfin, la malchance est loin d’être la spécialité de la dernière membre du groupe, Tetora, qui est elle très gentille, toujours détendue et vit loin de tous les problèmes, entre autres grâce à une chance réellement exceptionnelle qui peut parfois se retourner contre son entourage proche.

 

 

Dans tous les épisodes, les filles prennent cinq à six minutes pour aller visiter un quartier différent de Tokyo

Joshiraku c’est donc un animé de parlotte entre cinq personnages qui se complètent et s’opposent simultanément, qui ont toujours énormément de choses à dire et qui, d’une seule phrase lancée au hasard, peuvent vous remplir une discussion de dix minutes qui va partir dans tous les sens. Et toujours avec naturel et fluidité.

 

Mais attention : le non-Japonais va devoir s’accrocher. Le débit de parole est extrêmement élevé, et dans les dialogues, les références à la pop culture et à l’actualité japonaises s’accumulent extrêmement vite, quitte à larguer tous ceux qui ne sont pas au courant des dernières nouvelles du pays du soleil levant. Ainsi, des références au dernier scandale politique en date peuvent cohabiter avec une parodie de K-On, l’apparition du Christ de Borja, un personnage qui fait une grossesse imaginaire ou bien des propos sarcastiques sur la relation entre la Chine et le Japon.

 

Des références SUBTILES mais, comme vous pouvez le constater, pas forcément accessibles

 

Tout cela n’est sans doute pas surprenant quand on découvre l’identité de l’auteur que le manga adapte puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de Koji Kumeta, l’auteur de Sayonara Zetsubo Sensei, un manga culte japonais particulièrement connu en France pour son adaptation animée par le studio SHAFT. On y retrouve le même humour, le même sens du dialogue, les mêmes références et la même structure, faisant presque de Joshiraku une quatrième saison non officielle de Sayonara Zetsubo Sensei.

 

Pourtant, à la technique on ne retrouve pas le studio SHAFT mais JC Staff, tandis qu’à la réalisation on retrouve Mizushima Tsutomu, un réalisateur rempli de qualités, à qui l’on doit également des séries comme Shirobako, xxxHolic, Genshiken Nidaime, Dokuro-chan, Dai Maou Touge ou bien encore le très bizarre Blood C. C’est clairement un réalisateur atypique et versatile, capable de prendre n’importe quel projet et de faire son maximum dessus. Et pour Joshiraku, ça fonctionne : si la série ne bénéficie pas des folies visuelles du Sayonara Zetsubo Sensei de SHAFT, le style est plus classique mais ne s’empêche pas d’accumuler les idées et de mettre en avant le dynamisme des discussions. D’autant plus que visuellement, on retrouve au chara design Masayoshi Tanaka, à qui l’on doit également Toradora et AnoHana, et qui maintient ici un style coloré et attirant pour tous ses personnages.

 

De l'or dans les mains

 

Du coup, Joshiraku est un régal à voir pour peu que l’on parvienne à s’accrocher. Car c’est un animé qui demande beaucoup d’efforts ! Très rapide et parfois incompréhensible pour peu qu’on ne possède pas le bagage culturel requis, il est assez imperméable et ne touchera vraisemblablement qu’une partie limitée des fans d’animation. Du coup, soit on comprend le délire et on ne peut qu’adorer, soit on peine à y accrocher et alors difficile de trouver Joshiraku réellement séduisant.

 

Au pire, même si la série ne vous plaît pas, il restera toujours le fantastique générique de fin interprété par les Momoiro Clover Z, se voulant extrêmement dansant et capable de rester coincé dans votre tête quelques millions d’année. Soiya soiya ♪.

 Jeune adulte responsable qui se sent trop proche de Marii, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo.

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