CHRONIQUE DU JEUDI : GaoGaiGar

La chronique du jeudi #78 – Yusha o Gaogaigar

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Nous sommes en 1997 et l’animation japonaise a été retournée par un animé qui, deux ans avant, a su la revivifier tout en redistribuant les cartes. Cette série, c’était Neon Genesis Evengelion. En plus du succès populaire qu’elle a su obtenir, beaucoup s’étaient alors posé la question de savoir si après une série aussi violente et aussi moderne, quiconque réussirait à pouvoir refaire des animés de robot « à l’ancienne », à la Mazinger ou à la Giant Robo sans paraître trop daté ou trop cliché.

 

C’est donc naturellement que Sunrise s’est décidé à relever le défi et sortira donc la série dont nous allons parler cette semaine, Yusha O Gaogaigar. Un pari qui, nous allons le voir, se montrera réussi pour le studio japonais.

 

 

Mais avant de décrire Yusha o Gaogaigar, revenons rapidement sur la série des Yusha qui n’est pas forcément très connue en Occident. À l’origine de cette franchise générale (qui contiendra huit titres en tout et pour tout, dont Gaogaigar sera le huitième et dernier), il faut remonter au succès des Transformers. Indissociable des années 80, aussi populaire aux États-Unis qu’au Japon, cette gamme de jouets bénéficiait en outre d’une adaptation animée remarquée. Mais comme tout succès qui trouve sa fin, le groupe Takara — qui a créé les Transformers — décide de stopper la production dans la fin des années 80. Évidemment, le groupe japonais ignore alors qu’il va la reprendre deux ans plus tard, mais ses priorités restent d’établir une nouvelle gamme de jouets susceptibles de trouver autant le succès que ses Transformers distribués tout autour du monde avec l’aide de Hasbro.

 

L’idée est alors de créer en compagnie de Sunrise une gamme de jouets liés à différentes séries animées avec pour objectif de remettre le robot à la mode et de trouver une place entre les multiples produits dérivés à l’effigie de Gundam et Macross. Nous sommes donc en 1990 et commence, avec la série Yusha Exkaiser, cette franchise qui va se développer au rythme d’une série par an, chaque série apportant évidemment de nouveaux robots qui deviendront plus tard des jouets toujours plus impressionnants destinés aussi bien aux enfants qu’aux collectionneurs.

 

Car en décidant de s’allier à Sunrise, le studio derrière Mobile Suit Gundam, Takara compte bien profiter de l’expertise de mecha designers et de producteurs qui ont su se montrer capables de produire aussi bien des séries populaires et appréciées que des robots capables de se vendre par cartons entiers. Mais la vraie surprise de la franchise Yusha c’est surtout le retour au genre du Super Robot, que tout le monde croyait jusqu’alors complètement dépassé.

 

Un extrait de Yusha Exkaiser, la première série. Celle-ci reste aujourd'hui encore complètement hors d'accès pour les Occidentaux.

 

Car on l’avait vu avec les articles dédiés à Mobile Suit Gundam et Super Dimension Fortress Macross mais ces deux séries, en plus du tout aussi mythique Uchû Senkan Yamato, avaient alors achevé de cimenter la place du genre plus terre à terre du Real Robot dans le paysage de l’animation japonaise. Le Real Robot qui voyait le mécha comme un objet « militaire » et préférait raconter des histoires parfois complexes, servant souvent de réflexion réfléchie sur, par exemple, la place de la guerre dans la société humaine avait donc ringardisé le Super Robot, ou le mécha y est comme un objet mystique, existant en exemplaire unique, souvent piloté par des « élus » qui doivent affronter, semaine après semaine, des menaces bêtes et méchantes jusqu’a affronter et vaincre le boss de fin, amenant ainsi la paix universelle.

 

Mais dans les années 90, tout change. Le Japon connaît une très grave récession économique et l’industrie de l’animation japonaise la subit tout autant que le reste. À la télé, les chaînes préfèrent passer des rediffusions des séries emblématiques des années 70 — les Mazinger, les Tetsuji 28, les Getter Robo. Dans ce cadre, les Japonais vont redécouvrir ce genre et retrouver leur passion envers celui-ci.

 

Voici donc le contexte dans lequel se développe la franchise des Yusha Series qui va donc connaître un succès appréciable tout au long de ses sept premières séries. Mais c’est GaoGaiGar qui va marquer les esprits.

 

 

Il faut dire que l’impact d’Evangelion aura été important et que beaucoup de fans attendaient une réponse à cette série qui avait méticuleusement déconstruit le genre du Super Robot au point d’en exposer et critiquer toutes les ficelles. La série précédente, Dagwon, avait été assez surprenante puisqu’il s’agissait d’une de ces séries des années 90 qui, comme Gundam Wing, essayait de séduire simultanément deux publics : le public fan de mécha habituel et un public féminin attiré grâce à la perspective de voir cinq héros physiquement très attirants avoir des aventures robotiques dans l’espace. La série essayait en outre d’offrir une relecture de Brave Raideen, une série Super Robot de la Sunrise des années 70, mais cette tentative de relecture sera finalement compromise par la sortie la même année d’un remake beaucoup plus explicite. Du coup, aussi sympathique que soit Dagwon, la série peine à marquer dans l’industrie post-Evangelion, dont il semble s’inspirer sans vouloir aller au bout.

 

Alors pour Gaogaigar, décision est prise de complètement oublier la série mythique de la Gainax pour repartir vers du Super Robot pur et dur mais au passage en tâchant de réactualiser ce genre du mieux que possible.

 

Ainsi l’intrigue est particulièrement simple, à première vue : un jour, un gros robot en forme de lion vient donner à un couple un mystérieux bébé qu’ils vont nommer Mamoru. Huit ans plus tard, Mamoru et sa classe visitent une île décharge ce qui, par malheur, va leur faire rencontrer un robot géant aux intentions particulièrement belliqueuses que même l’armée ne parvient pas à combattre sans subir des pertes affolantes. Heureusement, ils vont être sauvé par un mystérieux cyborg qui va être accompagné, ça alors, du fameux robot lion…

 

Mamoru va donc commencer à accompagner le GGG — pour Gutsy Geoid Guard —, une organisation chargée de protéger la Terre de toutes les menaces, à commencer par les maléfiques Zonder...

 

 

On a donc un animé qui se présente comme un classique de l’animé pour enfants : chaque semaine un nouvel ennemi se présente, le GGG doit trouver un moyen de le battre, ils y arrivent, une petite morale est distillée au passage et l’épisode est terminé, donnant rendez-vous au spectateur pour la semaine prochaine. Ce schéma, typique de titres comme Mazinger, la série va le respecter pendant une vingtaine d’épisodes… sauf qu’un important rebondissement va survenir à la moitié de la série et voir Gaogaigar s’installer dans une intrigue bien plus riche, bien plus complexe et aux rebondissements nombreux.

 

Cette transformation à mi-saison, elle est osée mais ne transforme finalement que peu l’esprit de la série. Malgré des enjeux de plus en plus importants, un méchant de plus en plus machiavélique et des révélations de plus en plus graves, la team GGG ne va jamais perdre son âme combative et l’accent sera davantage mis sur des sentiments positifs et encourageants comme le courage, l’amitié et l’effort. Les scènes d’action iront de plus en plus dans l’audace et, sur la fin, Gaogaigar n’aurait rien à apprendre d’une série comme Tengen Toppa Gurren Lagann en matière d’over the top.

 

Au final, la série de 49 épisodes sera assez mal reçue par le public visé, c’est-à-dire les enfants. La complexification de l’intrigue va évidemment les faire fuir, ce qui donnera à la série des chiffres d’audience qui vont évidemment décevoir. Mais de l’autre côté, les ventes en format physique (VHS/DVD) vont être extrêmement fortes, montrant un attachement de la série de la part d’un public plus âgé. À partir de là, Gaogaigar va commencer à se créer une aura d’œuvre culte qui sera d’autant plus exploitée dans une suite, FINAL Gaogaigar, qui va aller plus loin dans l’audace et les scènes anthologiques, tout en gardant un ton qui se montre léger et qui rend tendrement hommage au Super Robot des années 70.

 

 

Du coup avec Gaogaigar se conclura la franchise des Yusha qui, encore aujourd’hui, n’est plus exploitée par quiconque. Une neuvième série était prévue puis fut annulée et depuis, mis à part les Final Gaogaigar et un spin-off nommé Betterman, sorti en 1999. Aujourd’hui, le genre Super Robot est redevenu très minoritaire et peu de séries récentes peuvent réellement se prétendre en être — Star Driver, Mazinkaiser SKL par exemple. Il n’est pas exclu néanmoins qu’il revienne en force une nouvelle fois un de ces quatre, tant c’est un genre qui a été habitué à mourir pour mieux renaître.

 

Alors en attendant cette renaissance éventuelle, Gaogaigar reste un des Super Robot les plus fous et les plus intéressants qu’il soit. Si vous cherchez à découvrir ce genre pourtant emblématique de l’histoire de l’animation japonaise, ça peut être un des meilleurs choix.

 

Jeune adulte responsable qui fusionne souvent avec son lit, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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