CHRONIQUE DU JEUDI : Fate/zero

La chronique du jeudi #79 – Fate/zero

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Nous avions parlé il y a un an déjà de l’adaptation en animé du visual novel Fate/stay night qui datait de 2006 avec la promesse, à l’époque, de dédier un jour une chronique à sa préquelle officielle, Fate/zero. C’est ce que nous allons donc enfin faire aujourd’hui.

 

Mais avant toute chose, un rapide rappel : Fate/stay night est donc un visual novel issu du studio TYPE-MOON qui est sorti dans le commerce fin janvier 2004 et a immédiatement fait un authentique carton qui a achevé de propulser le studio, déjà responsable du non moins populaire Tsukihime, dans le Hall of Fame de la création de visual novel. Il faut dire que Fate/stay night possède un postulat simple, attirant et facile à faire varier, mettant en scène une bataille de 7 sorciers qui se battent à mort accompagné chacun d’un « Servant », personnalité provenant de l’esprit d’un guerrier ou d’une personnalité mythique issu de l’histoire, des fables ou des légendes. L’objectif étant d’emporter cette bataille pour accéder au Graal, capable de résoudre avec son pouvoir n’importe quel vœu.

 

Malgré ce succès, les suites à Fate/stay night ne se bousculent guère au portillon. Sort certes très rapidement Fate/hollow ataraxia, mais ce jeu est la seule véritable suite à ce jour. Néanmoins, il ne faut finalement que deux ans et demi après la sortie de Fate/stay night pour avoir le droit à une nouvelle guerre du Graal, avec des personnages « inédits ». Mais ce ne sera pas un visual novel, plutôt un light novel. Et celui-ci, nommé Fate/zero, connaîtra donc cinq ans plus tard une adaptation très remarquée.

 

Illustration officielle avec, dans le sens des aiguilles d'une montre en partant du haut : Irisviel, Kiritsugu et Saber 

 

Zéro Destin

 

Fate/zero est donc une préquelle, ce qui signifie bien évidemment que la série se déroule avant Fate/stay night. Dix ans plus tôt, pour être exact, avec à peu près la même base : le Graal est apparu, sept mages vont se battre et chacun invoque son propre Servant. On va principalement suivre durant cette histoire le personnage de Kiritsugu Emiya, père adoptif de Shirô Emiya, le héros de Fate/stay night, qui va invoquer le roi Arthur, c’est-à-dire Saber, en tant que Servant, et tâcher de défaire les six autres mages. Sa particularité est que contrairement à la quasi-totalité des autres mages, il ne dédaigne pas la technologie humaine et se révèle beaucoup plus doué avec les armes à feu et les explosifs qu’avec la bonne vieille magie à papa. Mélangeant ainsi son talent dans les deux domaines, il va se révéler en outre être un homme assez froid, calculateur et prêt à tout pour gagner, quitte à s’attirer les foudres de sa Servant, une Saber toujours aussi passionnée par les valeurs d’honneur.

 

Mais il n’est évidemment pas le seul à participer et six autres duos sont rapidement formés, tous très hauts en couleur. On aura ainsi le jeune Waver Velvet, un élève doué mais peu sûr de lui, qui va se retrouver à devoir faire équipe avec le gigantesque et exubérant Alexandre le Grand. Un tueur en série local va invoquer sans le faire exprès Barbe Bleue et il formera avec lui une équipe bien plus passionnée par le meurtre d’enfants que la quête du Graal. Ou bien encore la participation habituelle de la prestigieuse famille des Tôsaka avec le père de Rin, Tokiomi, qui aura la chance d’invoquer comme Servant le tout aussi puissant que narcissique Gilgamesh…

 

À partir de là, entre les sept duos, tous les coups deviennent permis. Et à la fin, l’un d’entre eux accédera au Graal…

 

Gilgamesh le tout-puissant, un des participants les plus remarquables

 

Fate/zero est donc à première vue une véritable série d’action, avec des enjeux clairs, des protagonistes déterminés et tout un terreau dans lequel on s’attend à voir pousser une multitude de plans machiavéliques et de combats particulièrement épiques entre mages puissants et légendes mythiques. Et si on trouve cela en grande quantité dans Fate/zero il faut aussi avouer une chose, qui est loin d’être un défaut : c’est aussi une série d’action au rythme posé et avec une très grande quantité de dialogues.

 

Puella Magi Saber Arturia

 

Derrière le light novel original on retrouve ainsi un nom qui commence à être un peu connu, à savoir Gen Urobuchi. Gen Urobuchi est un auteur qui s’est particulièrement fait connaître dans le milieu des années 2000 avec l’écriture de certains visuals novels au sein du studio Nitroplus. On lui doit ainsi Phantom of Inferno — qui sera adapté en animé sous le nom Requiem for a Phantom — mais surtout le très gore Saya no Uta, qui marquera profondément l’esprit de tous les lecteurs y ayant jeté un œil.  Ces dernières années, on le retrouve principalement du côté de l’écriture d’animés et il aura principalement œuvré sur certains épisodes de Suisei no Gargantia, posé les bases de l’intrigue globale d’Aldnoah.Zero mais surtout écrit la quasi-totalité de Puella Magi Madoka Magica, la série de magical girls de 2011 d’apparence très joyeuse et colorée…

 

Irisviel et Kiritsugu, les deux « héros » de l'intrigue... 

 

Lecteur de Fate/stay night dont il apprécie l’univers et les personnages, principalement celui du prêtre Kirei Kotomine, il se retrouve donc en 2006 écrivain de Fate/zero, avec une totale carte blanche tant que son travail ne crée pas d’incohérences avec Fate/stay night. Il va donc créer un univers dans l’ensemble bien plus adulte et cruel que celui qui était dépeint dans le visual original dont la majorité des personnages principaux étaient des lycéens qui devaient gérer leurs cours entre deux bastons. Ici, il n’y a que peu de personnages mineurs et tous les mages sont des adultes responsables, volontaires et donc d’autant plus motivés à s’impliquer dans ce combat à mort sans la moindre once de regrets ou de remords.

 

Par conséquent, on perd tout l’aspect léger et détendu que pouvaient avoir par moments les premières routes de Fate/stay night, pour vraiment se concentrer sur un monde sombre, où tous les personnages cachent de nombreux secrets et où peu sont moralement inattaquables. Heureusement, Fate/zero ne sacrifie pas non plus l’humour de son aîné grâce au duo de Waver et Alexandre, qui créent à deux pas mal de scènes plus détendues que chez les autres duos.

 

Alexandre le Grand et son compagnon-servant qui lui sert de maître

 

Par conséquent, on a affaire à une série qui peut se révéler violente à certains moments. Le duo de psychopathes Ryûnosuke/Barbe Bleue est ainsi responsable d’actes profondément immondes et abjects. Le premier épisode voit ainsi un enfant se faire dévorer par un monstre tout droit sorti de l’univers de Lovecraft et si tout n’est pas explicitement montré, le choc reste tout de même palpable. Il est donc difficile de conseiller Fate/zero à une âme sensible à cause du nombre de scènes choquantes qu’on trouve au total durant les vingt-six épisodes que comptent la série.

 

En plus de cette violence, il faut aussi faire très attention à être attentif durant un épisode de Fate/zero car c’est une série qui est, comme on l’a déjà dit plus haut, très riche en discussions. Car Urobuchi ne semble vouloir se contenter de simplement dépeindre quatorze personnes impliquées dans une bataille à mort mais veut essayer de décrire chacun de ces personnages au maximum et ceux-ci vont très régulièrement discuter entre eux afin d’expliquer leurs raisons de se battre, pourquoi ils veulent le Graal, quels sont leurs façons de voir la vie et l’humanité, etc. Même des personnages qui semblent au début ne pas avoir des raisons très solides pour se battre, on pense à Waver, vont rapidement évoluer au fur et à mesure des scènes et des discussions pour au final s’intégrer corps et âme dans le récit, sans faire tache.

 

Ryûnosuke et Caster, votre nouveau duo de psychopathes préféré

 

Donc on peut être décontenancé au début en lançant la série. On s’attend à des épisodes remplis de bastons, et on se retrouve avec beaucoup de dialogues. En l’état, cela fonctionne bien même si Urobuchi a peut-être ce léger défaut de vouloir parfois en faire trop, quitte à citer au chausse-pied des philosophes européens de manière un peu trop folklorique pour que ce soit naturel.

 

Quant à l’aspect technique, on ne l’a pas encore abordé jusqu’à présent mais c’est un animé qui est tout simplement somptueux. On a affaire ici au studio ufotable, un studio tokyoïte particulièrement reconnu à la fin des années 2000 pour son travail sur les films Kara no Kyôkai qui était, déjà à l’époque, l’adaptation d’une œuvre créée originalement par le studio TYPE-MOON. Si les films étaient déjà très beaux à l’époque, on ne s’attendait pas forcément à ce que le même niveau de qualité se retrouve sur une série télévisée. Série télévisée dont le premier épisode dure cinquante minutes, soit la durée d’un moyen-métrage.

 

Par conséquent, la série dispose de l’ambition de ses moyens et va durant vingt-cinq épisodes, sans jamais faiblir, adapter de manière consciencieuse et intelligente le livre de Gen Urobuchi. D’un point de vue fidélité du support original, on a là une sorte de mètre étalon.

 

En somme, Fate/zero est une série d’action qui semble indispensable si vous cherchez des batailles intenses entre personnages adultes dans une atmosphère mature et un univers travaillé. En outre, ça n’a pas été précisé durant la chronique, mais Fate/zero est parfaitement accessible par quiconque et ne nécessite aucunement d’avoir joué à ou vu Fate/stay night. En fait, la vraie question à se poser est la suivante : est-ce que vous voulez vous spoiler Fate/stay night en premier en regardant Fate/zero ou vous spoiler Fate/zero en regardant Fate/stay night en premier ? À titre personnel, l’auteur vous conseille de commencer directement par Fate/zero mais à partir de là, à vous de choisir, d’autant que l’adaptation Fate/stay night: Unlimited Blade Words, sortie cette année et toujours sous le patronage du studio d’ufotable, fait lui aussi un travail d’adaptation de qualité...

 

 

Jeune adulte responsable qui serait sans doute un Servant de type Sleeper, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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