CHRONIQUE DU JEUDI : Death Note

La chronique du jeudi #81 – Death Note

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Quand on pense au Shônen Jump, on pense à One Piece, Dragon Ball, Slam Dunk, Saint Seiya, Haikyû!!, Bleach, Naruto ou bien Toriko. On pense à ces longs shônens où des jeunes héros adolescents vont jusqu’au bout de leurs forces et, grâce au pouvoir de l’effort et de l’amitié, parviennent soit à réaliser leurs rêves, soit à protéger leurs amis et l’humanité. Bref, c’est un « mangazine » qui dans l’inconscient collectif a toujours été porteur d’un certain modèle, mais, comme on l’a vu avec To Love Trouble par exemple, c’est un magazine qui est loin d’être limité au simple genre du nekketsu et qui doit son succès à la variété de ses titres. Mais il faut avouer que ces expérimentations en dehors de la zone de confort n’ont pas forcément toujours trouvé succès et popularité. Alors quelle fut la surprise de tout le monde quand en 2003 débarque dans le magazine un OVNI total nommé Death Note… qui va très rapidement devenir un des plus gros succès du magazine durant la décennie !

 

Light en noir et L en blanc, deux hommes et une pomme

Éteindre la lumière

 

Light Yagami est un lycéen bien sous tous rapports : fils d’un important commissaire de police, c’est un étudiant modèle, extrêmement intelligent et très présentable. Bref, le genre de personne qui, dès l’adolescence, est promis à un avenir radieux. Mais un jour, du haut de sa salle de classe, il voit tomber du ciel un cahier noir. Curieux, il profite de la première pause venue pour s’en saisir. Le carnet est intégralement vierge, mais dispose de mystérieuses indications en anglais dont la principale indique, sans réserve : « tous ceux dont le nom est marqué dans ce cahier meurent ».

 

D’abord perplexe face à ça, il repart vaquer à ses occupations. Mais plus le temps passe, plus il reste intrigué. Alors, quand le nom et le visage d’un criminel sont diffusés à la télévision, il se décide, par curiosité, à tester ce cahier. Et, à sa grande surprise, le criminel meurt ! Après de nouveaux tests, toujours sur des personnes de basse morale, et après la rencontre avec Ryûk, un dieu de la mort qui est le principal responsable de la venue du cahier sur Terre, Light se rend compte que ce Death Note possède bel et bien le pouvoir de tuer n’importe qui. Il va donc devenir Kira, une divinité autoproclamée qui va désormais faire régner la justice sur le monde… Sa justice.

 

Mais d'un autre côté, la police est inquiète par tous ces décès inopinés de criminels, qui semblent tous passer l'arme à gauche dans des conditions similaires. Mais difficile de trouver la moindre piste. Est alors mis sur l’affaire un mystérieux détective qui n’a jamais échoué à résoudre une enquête, nommé L. Commence donc alors un combat psychologique intense entre Kira et L qui vont, peu à peu, avancer leurs pions pour tenter de bluffer l’autre avec un enjeu évident : le premier qui arrive à trouver l’identité de l’autre a remporté la partie…

 

 

Donc vous l’aurez compris, ici pas de batailles à coup de superpouvoirs ou de compétitions nationales à remporter grâce à l’esprit d’équipe : c’est le combat entre deux garçons très intelligents capables de tout pour essayer de tromper l’autre au maximum. On ne sait jamais qui a un coup d’avance sur l’autre et tous les coups sont permis pour essayer d’avancer : chacun recherche la véritable identité de l'autre. Car, évidemment, le Death Note ne fonctionne pas si l’on connaît uniquement le pseudonyme de la personne. Ça rend donc la série particulièrement intense puisqu’il ne se passe pas dix minutes sans qu’un rebondissement vienne tout chambouler. Des plans qu’on croyait solides peuvent soudainement s’effondrer en une poignée de secondes, forçant soit Light soit L à devoir improviser des solutions de secours à vitesse grand V, solutions qui peuvent mettre à mal les plans de l’adversaire, et bis repetita.

Alors, évidemment, tous ces rebondissements ne sont pas toujours très subtils ou très intelligents. Parfois, il faut même très sérieusement consentir à suspendre son sentiment d’incrédulité devant les moyens extravagants mis en place par l’un ou l’autre, mais c’est aussi ce qui fait le charme de Death Note et offre à son spectateur de sacrées montagnes russes.

 

Ryûk et Light, en quelque sorte amis pour la vie

 

Mort dans la maison des fous

 

Le manga connaîtra un destin enviable dans le très compétitif Shônen Jump des années 2000. Très vite populaire, il faudra tout de même attendre trois ans après ses débuts pour que la série se retrouve adaptée en série animée de 37 épisodes. Mais à la tête de cette adaptation, c’est le studio Madhouse qui est choisi et qui va s’efforcer de retranscrire au mieux un manga déjà visuellement très particulier, ceci étant dû au style de Takeshi Obata. Mais, sans surprises, le studio japonais va assurer le boulot sur la technique et offrir un beau titre, posant une ambiance tout à fait adaptée à ce jeu d’échecs mortel.

 

Tout est donc présent pour donner de l’importance à ce qui se passe : des chœurs grégoriens, des jeux de lumière, des ralentis, des effets sonores, des explications, etc. Le meilleur exemple restera par exemple la fameuse scène des chips, tellement exagérée dans sa réalisation qu’on est au bord de l’autoparodie. Rien de mieux que Light qui attrape une chips et la mange au ralenti sur fond de chœur, n’est-ce pas ? Rassurez-vous : dans le contexte, cette scène a un sens.

 

 

En somme, il n’y a rien à reprocher à l’adaptation, qui retranscrit très bien le manga, se permettant même d’ajouter deux ou trois petites scènes bonus ici ou là. Si l’on rajoute à ça l’intrigue riche en rebondissements, on se retrouve donc face à une série qui peut être marathonnée et dégustée très rapidement.

 

Évidemment, tout n’est pas non plus rose et la série ne parvient pas à rattraper tous les soucis du manga, par exemple sa fameuse seconde moitié, très décriée, manquant singulièrement d’enjeux concrets et rajoutant au combat psychologique des nouveaux personnages assez peu convaincants. Si la conclusion finale reste forte, on ne peut que vraiment regretter cette dizaine d’épisodes finaux où la série semble essayer de retrouver un élan qu’elle a perdu en chemin.

 

Le manga a également été adapté en plusieurs films live de qualité variable 

 

Après, on retiendra de Death Note un propos assez intéressant, même si pas forcément toujours très approfondi, sur le concept de la justice. La série reste toujours très ambiguë sur le personnage de Light, et s'il est clairement un antihéros narcissique et antipathique, elle ne se prononce jamais clairement sur le bien-fondé de son action, laissant le spectateur se faire sa propre idée. Mais quand on voit ce personnage qui évolue de manière détestable, qui ne se fera jamais finalement de véritables amis durant l’intrigue et qui sera même prêt à sacrifier sa famille si nécessaire, il est difficile de vraiment le considérer « récompensé » par son statut de dieu de la justice autoproclamé…

 

Enfin, Death Note reste là aussi assez témoin de son époque. Les années 2000 étaient une période qui ont vu naître beaucoup de séries dont le principal intérêt reposait sur leurs rebondissements scénaristiques permanents, quitte à ne jamais laisser au spectateur le temps de se reposer ou à sacrifier toute subtilité. C’était l’époque des séries américaines comme 24 Heures Chrono ou Prison Break, et leurs enjeux simples sur lequel on superposait des plans compliqués. Côté Japon, c’était le début de Mirai Nikki ou bien de Code Geass, par exemple. Il est donc naturel que Death Note ait trouvé en France un succès retentissant, le conduisant sur toutes les lèvres en 2007/2008.

 

Notez bien son blaze

 

Est-ce que Death Note vaut toujours le coup presque dix ans après ? Sans nul doute. Si, aujourd’hui, il est difficile d’éviter certains spoilers qui sont quasiment devenus de la culture générale (qu’on a malgré tout soigneusement esquivés dans cette chronique), il reste un animé accessible, divertissant et bien rythmé. À vous de voir, donc.

 

Et si vous avez déjà vu l'animé et souhaitez voir une adaptation différente, mais tout aussi satisfaisante, on vous rappelle que l'adaptation en drama est intégralement disponible sur Crunchyroll.

 

Jeune adulte responsable qui aurait écrit sa liste de courses sur ce cahier et ainsi été responsable de la mort d'Uncle Ben's, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et participe au podcast LOLJAPON. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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