CHRONIQUE DU JEUDI : Enfer et Paradis

La chronique du jeudi #82 – Tenjô Tenge

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

L’adaptation d’un manga en animé reste toujours un exercice compliqué, d’autant plus quand le support original possède une patte ou un graphisme difficile à retranscrire. On a évoqué à de très très nombreuses reprises dans cette chronique de telles adaptations, certaines réussies, d’autres moins convaincantes. Dans le cas évoqué aujourd’hui, disons que l’adaptation est certes très globalement en deçà mais qu’elle possède quelques qualités que le support original n’a pas forcément. Alors transportons-nous en 2004 pour évoquer l’adaptation animée du manga Enfer et Paradis, de son nom original Tenjô Tenge.


Trois des héros de la série : Aya, Nagi et Maya

 

L’histoire d’Enfer et Paradis, elle pourrait tenir sur un post-it : deux garçons arrivent dans un lycée dans lequel ils veulent devenir les plus forts au combat. Voilà. Sauf que bien évidemment, tout le plaisir est dans les détails : le lycée en question n’est ainsi pas n’importe quel établissement scolaire, il s’agit de l’académie Tôdô qui ne recrute que des élèves qui savent un minimum se débrouiller en arts martiaux. Du coup, si ces deux héros — Nagi et son ami Bob — ont un objectif précis, ils vont surtout trouver sur leur chemin des personnages capables de démonter une mâchoire avec leur petit doigt. Dès lors, à eux de devenir plus forts, de s’entourer d’amis et d’alliés et de pouvoir faire face aux Exécuteurs, un puissant groupe de combattants qui règne sur le campus avec sa force brute…

 

L’œuvre se présente donc comme un shônen classique et on va donc voir se succéder de nombreux combats contre des personnages toujours plus charismatiques, tandis que nos héros vont en permanence évoluer. Les flashbacks sont nombreux, les personnages régulièrement développés, le sang coule et la plastique des héroïnes est avantageuse. Car on retrouve au dessin le mangaka Ogure Ito, aussi connu sous son petit nom de plume Oh!Great. Oh!Great, c’est un auteur qui s’est principalement fait connaître grâce à la réalisation d’ouvrages hentai qui savaient sortir du lot en proposant des intrigues assez complexes tout en étant illustrés avec un style de dessin travaillé.

 

Et ce qui est intéressant avec ce manga, c’est qu’il aura duré finalement près de treize ans en prépublication — Oh!Great travaillant à partir de 2002 sur Air Gear en parallèle — et qu’on peut ainsi voir évoluer l’auteur presque chapitre par chapitre. Les couvertures restent le meilleur exemple, avec une différence de style assez bluffante entre le premier et les derniers tomes.

 

Une des couvertures du manga

 

Mais en dehors de son style visuel remarquable, l’autre particularité d’Enfer et Paradis, c’est sa manière de traiter le genre du nekketsu. Ici, très clairement, l’intrigue est traitée avec un étrange mélange de sérieux et de légèreté : oui, les enjeux sont finalement très ridicules (ils veulent juste devenir les plus forts de leur lycée, pas sauver le monde) mais ce postulat est pris au sérieux et les combats sont réellement brutaux. Les différents personnages ne se font aucun cadeau et n’hésitent jamais à libérer leurs pouvoirs les plus impressionnants.

 

En outre, Enfer et Paradis s’adresse à un public averti puisqu’on y trouve du sang, de la violence et, pire que tout, de la nudité totale. Mais il serait idiot de prendre la série pour une vitrine simpliste de chair et de violence puisque c’est aussi un ouvrage qui discute beaucoup : tout est expliqué, disséqué, analysé. Le moindre pouvoir montré fait l’objet d’une quantité ahurissante de texte, ce qui peut être inattendu pour ceux qui voulaient juste lire un manga rempli de baston. Et c’est là que le manga montrait ses quelques défauts avec une lisibilité parfois pas toujours au point et une intrigue qui en pâtissait, la faute à une narration qui devenait du coup parfois compliquée à suivre.

 

Poussez-vous, voilà venir la Bande à Basile !

 

Quand l’animé arrive en 2004, le manga existe certes depuis une demi-décennie mais ne compte à l’époque qu’une petite dizaine de volumes. Le manga se terminera en 2010. Pas de surprise, donc : la série de 26 épisodes n’adaptera finalement que huit tomes sur vingt-deux, laissant l’exclusivité d’un peu plus des deux-tiers au support original. D’autant que l’adaptation animée, évidemment, ne laisse plus vraiment beaucoup de place au style original de Oh!Great, modifiant les personnages avec des designs moins originaux et assez passe-partout.

 

En vrai, techniquement, la série est assez typique de la production de cette époque : une adaptation très fidèle, parfois à la case près, mais avec un assouplissement de la violence et de la nudité afin de garder la série loin de la censure. La qualité technique des combats est relativement irrégulière avec autant de bastons dynamiques et travaillées que d’autres qui abusent un peu trop de plans fixes pour être passionnantes. Il faut dire aussi que le rythme étrange du manga — où les gens se battent mais parlent beaucoup entre deux coups — n’aide pas beaucoup à offrir un animé simple à adapter.

 

Faut pas jouer avec les couteaux comme ça, c’est dangereux !

 

Mais étrangement, cette version animée se révèle un poil plus lisible que le manga qu’elle adapte et donne l’impression d’être plus logique, plus cohérente. Alors oui, on perd évidemment les qualités du manga, mais on y gagne une meilleure compréhension des événements. Alors certes, la technique n’est pas époustouflante, la qualité de la musique est assez variable et le visuel est très classique, mais l’animé a au moins cela pour lui. Il constitue une bonne introduction au manga et une fois la série terminée, on peut passer à celui-ci sans trop de soucis. À vous de voir, donc.

 

Dans tous les cas, que ce soit en manga ou en animé, Enfer et Paradis est une œuvre intéressante sous pas mal de points. Se présentant comme une histoire de baston basse de plafond, elle surprend par sa manière de jouer avec les clichés et les archétypes, tout en offrant un scénario finalement sombre, complexe et rempli d’enjeux. Ce mélange détonnant d’intrigue, de violence et d’érotisme ne plaira pas forcément à tous les publics mais si vous accrochez, alors cela peut vous passionner pendant de longues heures de lecture.

 

En attendant, on rigole pas avec les lames dans cette série

 

Jeune adulte responsable qui aurait écrit sa liste de courses sur ce cahier et ainsi été responsable de la mort d’Uncle Ben’s, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la musique de la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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