CHRONIQUE DU JEUDI : Bakemonogatari

La chronique du jeudi #83 – Bakemonogatari, Nisemonogatari, etc.

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

On peut avoir tendance à penser que le terme de light novel, par l’usage du mot « light », sous-entend que tous les livres publiés dans cette catégorie bien précise ne demandent pas une grande exigence pour leur lecture. Évidemment c’est une généralisation et des light novels ambitieux, au vocabulaire riche et qui savent prendre le maximum d’espace, il y en a finalement bien plus qu’on pourrait penser. Demandez aux lecteurs de titres comme Horizon in the Middle of Nowhere — série qui compte des tomes qui, à eux seuls, comprennent le même nombre de pages que l’ensemble des tomes du Seigneur des Anneaux réunis — si leurs « lights novels » sont « légers », et ils vous feront une drôle de tête.

 

Mais autant l’adaptation animée de Horizon est finalement assez peu reconnue en Occident, autant l’adaptation d’un autre hit du light novel « verbeux » est lui bien plus reconnue dans nos vertes contrées : il s’agit de la série des Monogatari, à commencer par sa première série animée datée de 2009, Bakemonogatari.


Koyomi Araragi, au centre, entouré, de gauche à droite, de Tsubasa, Nadeko, Mayoi, Hitagi et Kanbaru

 

Le crabe aux pinces d'or

 

Le héros de Bakemonogatari se nomme Koyomi Araragi et c’est votre lycéen normal. Enfin, normal, ça dépend de votre définition puisqu’il est aussi un adolescent qui a été transformé en vampire pendant une courte période, qui est arrivé à s’en soigner et qui aujourd’hui en a conservé quelques capacités bien utiles comme une régénération des blessures extrêmement efficace. Un jour, alors qu’il monte une longue rangée d’escaliers, il voit une jeune fille chuter devant lui. Alors qu’il parvient à la rattraper, il se rend compte qu’elle est extrêmement légère — autour de cinq kilos. Cette lycéenne, nommée Senjôgahara Hitagi, va rapidement essayer de l’attaquer et l’intimider afin qu’il ne révèle à nulle autre personne son secret. Seulement, Araragi n’est pas spécialement simple à intimider et, pire encore, accepte d’aider la jeune fille à lever la malédiction qui l’a mise dans cet état…

 

La série va donc raconter l’histoire d’Araragi qui va rencontrer progressivement d’autres personnages, souvent féminins et elles aussi atteintes par des malédictions variées : la très jeune Mayoi, la sportive Kanbaru, la peu assurée Tsubasa ou bien la mignonne Nadeko… Et évidemment, il va devoir utiliser toute son intelligence et son courage afin d’aider à exorciser certaines infortunes bien retorses…

 

Une première rencontre compliquée...

 

Du coup, vous vous imaginez peut-être une série d’exorcisme horrifique et remplie d’action mais non, loin de là : Bakemonogatari est une série qui est particulièrement verbeuse. Les dialogues entre les personnages sont très nombreux et sont indispensables dans l’évolution de l’intrigue. Il y a finalement peu de moments de silence, et les rares passages d’action sortent alors du lot. La vision de Bakemonogatari est donc réservée à un public averti, bien conscient de savoir ce à quoi il va avoir affaire : non, ce n’est pas de l’action fantastique et débridée. Et ce, même si la mise en scène, très excentrique, tente de rendre ces dialogues le plus vivants possible, reste que c’est une série qui demande une très grande attention et une très bonne écoute, car les phrases y sont déclamées rapidement.

Un exercice d’autant plus compliqué que non seulement il faut écouter tout ce qui est dit mais aussi bien prendre soin à faire le tri entre les informations utiles et… les digressions des personnages, qui partent souvent dans des monologues parfois hilarants, parfois pertinents, mais pas toujours très importants dans l’histoire. Et cela est quelque chose auquel nous ne sommes forcément plus très habitués dans l’animation japonaise contemporaine.

 

... Mais qui va vite déboucher sur un rapprochement mutuel

 

Et en même temps, tous ces dialogues permettent aux personnages d’évoluer, d’être développés, de grandir. Il y a dans Bakemonogatari cette très jolie relation entre Araragi et Hitagi qui gagne à chaque épisode de nouveaux galons, au point de très rapidement devenir fondatrice d’un des couples les plus intrigants de l’animation japonaise.

 

Évidemment, les autres personnages ne sont pas en reste et tous ceux rencontrés au fur et à mesure de l’histoire sont susceptibles de refaire des apparitions bien après qu’Arararagi ait achevé de leur donner un coup de main, ce qui participe à la fondation d’un univers riche, dans lequel on retrouve souvent ses repères. D’autant que, bien évidemment, les autres personnages ne stoppent pas leur évolution et leur développement quand leur arc narratif est terminé, laissant la série en perpétuelle évolution. Les personnages ne sont jamais figés, permettant à la série de ne jamais sombrer dans la répétition.

 

Surtout quand certains personnages pètent un câble de manière inattendue

 

97 kg de salive

 

On retrouve derrière cet animé la rencontre entre le studio SHAFT et l’auteur NisiOsin, les deux figures étant particulièrement intéressantes à développer.

 

SHAFT est donc un studio qui, depuis désormais une décennie, s’est régulièrement fait remarquer avec des séries au style artistique assez unique, mené par son réalisateur emblématique, Akiyuki Shinbo. S’il s’est récemment fait remarquer auprès d’un public occidental plus large avec Puella Magi Madoka Magica et l’adaptation de Nisekoi, le studio était déjà particulièrement reconnu auparavant par un groupe d’initié, particulièrement avec les adaptations assez excentriques de Sayonara Zetsubô Sensei et de Pani Poni Dash, deux mangas avec lequel le studio a pris pas mal de libertés visuelles et narratives.

 

Bakemonogatari, c’est la première fois que le studio se retrouve à adapter un light novel et il va évidemment continuer toutes ses signatures visuelles qui font son charme : des arrière-plans remplis de petits gags, des plans fixes très rapides qui contiennent uniquement du texte commentant la situation en cours, des changements de style abrupts, des petites blagues visuelles, etc. Et pour le coup, cela se marie finalement plutôt bien avec Bakemonogatari qui, lui-même, possède dans ses dialogues une certaine propension à se moquer du quatrième mur.

 

Le genre de petit gag visuel qui jonche la série et dynamise les dialogues

 

Car Bakemonogatari est écrit par Nishio Ishin, aussi connu sous le nom de NisiOisiN. On lui doit avant cela les light novels adaptés de Death Note mais aussi la saga des Zaregoto, des Katanagatari et, plus récemment, du manga Medaka Box, qu’il scénarise en duo avec le dessinateur Akatsuki Akira. Un homme très adepte du verbe, fervent amateur de dialogues, cauchemar des traducteurs à cause de sa passion pour les jeux de mots et toujours enthousiaste à l’idée de mettre à mal les archétypes et les clichés, ce que tout lecteur de Medaka Box sera susceptible de vous confirmer. Cet auteur qui écrit donc en dehors des cases fait donc merveille avec le style tout aussi peu académique de SHAFT, une rencontre presque marquée sous le signe du destin.

 

Et la relation entre les deux perdure, encore et toujours. Le succès de Bakemonogatari en 2009 a été remarquable, et les ventes des DVD et Blu-ray assez impressionnantes, montrant un goût des téléspectateurs soit pour le style réellement particulier de l’animé, soit pour le personnage charismatique de Hitagi, qui marquera durablement ceux qui auront visionné l’animé.

 

Des personnages qui aiment se mettre à l'aise pour discuter

 

Et puisque les Monogatari restent une grande série de light novels, c’est naturel de voir la suite être adaptée. Est ainsi produit en 2012 Nisemonogatari, qui va s’attarder plus en détail sur les deux sœurs d’Araragi ainsi que sur de nouvelles figures menaçantes qui pourraient être à l’origine des malédictions semées à travers la ville. En 2013, c’est Monogatari Second Season qui débarque sur les écrans et termine de développer les personnages de la première saison. Ici, chaque arc s’occupe de clôturer les intrigues des personnages, avec, par exemple, le beau pétage de câble de Nadeko ou bien une mystérieuse histoire de voyage dans le temps pour découvrir la destinée du personnage de Mayoi.

 

Ensuite, le reste est disséminé en OAV : Hanamonogatari se concentre sur le personnage de Kanbaru puis Tsukkimonogatari vient développer un personnage introduit dans Nisemonogatari, celui de la tsukumogami (fantôme du folklore japonais) Yotsugi Ononoki.

 

Et, évidemment, l’avenir de la série s’annonce radieux avec l’arrivée cet automne de Owarimonogatari — qui va regrouper cinq arcs narratifs supplémentaires — et, un jour, si Dieu le veut, la sortie cinématographique de Kizumonogatari, annoncé depuis 2009 et dont la régulière absence totale de nouvelles en fait un des runnings gags les plus populaires de l’Internet otaku.

 

L'autre running gag était la scène de la brosse à dents

 

Enfin, difficile de ne pas mentionner la saga des Monogatari sans citer les très nombreux génériques d’ouverture de la série, différents pour chaque arc et chaque héroïne, qui offrent des parfois joyaux d’ingéniosité ou d’efficacité. Que ce soit Renai Circulation, Platinum Disco ou Orange Mint, ces génériques sont nombreux et sont parfois de véritables attraits à eux seuls.

 

En somme, Bakemonogatari est une œuvre assez intéressante dans le paysage de l’animation japonaise, offrant une expérience sans équivalents. La série subit évidemment les revers de ses qualités, s’amusant beaucoup trop souvent à rendre compliquées des choses beaucoup trop simples à cause de sa narration verbeuse et de ses digressions incessantes. À ce titre, il est facile de ne pas accrocher et ceux qui viennent pour les jolies filles et des promesses de mystère et d’action seront rapidement déçus. La série n’est également pas pour un public sensible, on y trouve des scènes parfois un poil violentes ou à connotation sexuelle très poussée — pensée émue pour la scène dépeinte dans le screenshot ci-dessus. C’est une œuvre donc véritablement unique, qui ne conviendra pas à tous les publics, mais ceux qui y accrocheront trouveront une œuvre d’une très grande richesse, qui brasse de manière sagace une grande variété de thèmes. Ce qui est déjà pas mal !

 

Jeune adulte responsable qui a oublié de modifier cette petite phrase lors de la chronique précédente et a donc brisé une série ininterrompue depuis février 2014, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

Other Top News

0 Comments
Be the first to comment!
Sort by: