CHRONIQUE DU JEUDI : Astro Boy

La chronique du jeudi #84 – Tetsuwan Atom

Tous les jeudis, Amo revient sur un animé terminé. L’occasion de découvrir ou redécouvrir aussi bien des classiques que des titres tombés dans l’obscurité. Un topic est mis à votre disposition sur le forum pour retrouver toutes les anciennes chroniques.

 

Il y a encore aujourd’hui de nombreux débats pour savoir quand est-ce qu’a commencé véritablement l’animation japonaise. Certains vous diront que c’est en 1917, avec les petits courts-métrages d’auteurs — un peu oubliés par l’histoire — comme Jun’ichi Kôchi ou Seitarô Kitayama.

 

D’autres vous diront que le vrai début se situe dans les années 30, quand le médium a commencé à se populariser, que des studios se sont formés et que des films d’animation parlants ont commencé à faire leur apparition, certains sponsorisés par la Marine japonaise pour faire office de propagande — par exemple le film Momotaro: Umi no Shinpei.

 

Enfin, d’autres vous citeront le moment où l’animation japonaise a commencé à trouver sa patte, sa voie et les méthodes de fabrication qui sont encore aujourd’hui en vigueur. Auquel cas on vous citera le début des années 60 et, évidemment, la figure d’Osamu Tezuka.

 

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, on va parler d’Astro Boy. C’est une série évidemment importante puisque c’est la première série animée d’envergure a avoir été diffusée à la télévision japonaise, et il est peu envisageable que la chronique du jeudi aille plus loin dans le temps. Donc, partons cinquante ans en arrière, en 1963, afin de nous pencher sur cette série qui aura une importance capitale pour toute une industrie.

 

Astro !

 

Astro le petit robot

 

Nous sommes en 2001, cinquante ans dans le futur, et tout débute par un accident automobile : un jeune garçon nommé Tobio se tue, laissant son père, le docteur Tenma, dans une profonde tristesse. Expert en robotique, le scientifique décide de créer un robot qui aurait le caractère et le physique de son fils disparu, tout en lui ajoutant des superpouvoirs afin de le protéger et d’éviter que de tels accidents se produisent à nouveau. Après de longs mois de travail, il parvient à son objectif. Mais si le robot est époustouflant techniquement et parvient à parfaitement mimer le comportement du regretté Tobio, cela ne convainc que peu Tenma, frustré par l’aspect justement figé et robotique de sa création. Il décide alors de se débarrasser du robot et, pour cela, le revend à un cirque…

 

Mais le robot ne restera pas longtemps seul et abandonné ! Il va rapidement rencontrer le professeur Ochanomizu qui va le prendre sous son aile. Dès lors, le robot va se nommer Astro et va devenir un superhéros justicier opposé au mal…

 

Astro Boy est donc une succession d’histoires qui vont mettre en scène le petit robot contre différentes menaces ; celui-ci va se constituer au fur et à mesure du temps une ribambelle d’alliés comme de némésis. Rien d'extrêmement surprenant dans cette construction, donc.

 

Astro prêt à sauver le monde de ce robot menaçant !

 

Évidemment, vous savez sans doute déjà que la série animée Astro Boy n’est pas une œuvre originale mais est avant tout adaptée d’un manga réellement mythique. Débuté en 1952 sous la plume d’Osamu Tezuka, Astro Boy concentre tout le talent de l’auteur pour créer des univers SF originaux, écrire des histoires d’apparence simple mais qui cachent en leur sein une grande profondeur et développer un style graphique simple, dynamique et inspiré des grands films Disney de l’époque. Jouissant d’une grande popularité, il va totalement modifier — en compagnie d’autres titres comme Sazae-san — la façon de créer, lire et publier du manga, faisant déboucher le médium vers une nouvelle ère.

 

Le titre devient rapidement un succès et si Tezuka commence déjà à l’époque à être un peu reconnu grâce à des titres comme La Nouvelle Île du TrésorMetropolis ou Le Roi Léo, c’est vraiment Astro Boy qui va finir de cimenter son importance au sein de ce nouveau médium naissant. Il produira derrière une quantité ahurissante d’autres titres marquants, citons au hasard Princesse Saphir, Blackjack, Bouddha, l’Histoire des 3 Adolf ou bien encore Phénix. Il ne cessera jamais de créer et dessiner, jusqu'à sa mort à la fin des années 80. La légende veut ainsi qu'il ait créé en un peu plus d'une quarantaine d'années près de cent soixante-dix mille pages de manga... On vous laisse faire le compte vous-mêmes pour juger de la crédibilité de ce chiffre !

 

Tezuka nageant dans sa fortune, tel un Picsou des temps modernes

 

Mais revenons à la sortie du manga Astro Boy et aux années qui ont suivi. Nous sommes alors dans les années 60 et le Japon bénéficie d’une croissance économique ahurissante. La télévision s’installe progressivement dans tous les foyers et devient un média de masse démocratisé. C’est dans ce contexte que débute en 1963 l’adaptation animée d’Astro Boy qui est donc la première série animée à être hebdomadaire et à durer 25 minutes par épisode. Certes en noir et blanc (il faudra attendre 1965 et l’adaptation du Roi Léo pour voir apparaître la couleur), mais la performance est de taille.

 

Derrière ce projet on retrouve donc le studio Mushi Production. Fondé en 1963 par une personne qui ne vous sera pas étrangère puisqu’il s’agit… d’Osamu Tezuka. Celui-ci sort d’une relation très conflictuelle avec le studio Toei Animation et, convaincu que l’animation est un médium qui possède de l’avenir, décide de fonder son propre studio. Et la première œuvre développée sera donc cette adaptation d’Astro Boy.


Astro réfléchit FORT FORT FORT

 

En réalité, l’histoire du studio sera courte mais intense : elle développera une grande quantité de séries (principalement des adaptations de mangas de Tezuka : Princess Saphir, le Roi Leo…) et essaiera de promouvoir l’animation auprès d’un public extrêmement large, sortant par exemple la série des films Animerama qui sera des animés destinés à un public adulte, dont le très controversé Cléopâtre, qui n’hésite pas à montrer nudité et érotisme. Ce qui n’empêche pas le studio de développer un style graphique inspiré de Disney mais contrebalancé par une volonté de Tezuka de réduire au maximum les coûts de l’animation afin de produire des épisodes rapidement et pour un prix défiant toute concurrence. Malgré tout, le studio ferme au milieu des années 70 pour cause de banqueroute, loin d’un Osamu Tezuka déjà reparti ailleurs pour fonder la société qui portera son nom, Tezuka Production.

 

Voilà pour le contexte de la création. Au final c’est 193 épisodes d’Astro Boy qui seront produits de 1963 à 1966. Tezuka supervise et réalise la série, accompagné d’un staff qu’il reste difficile de chiffrer mais dont certains noms captent l’attention : on y voit les débuts de futurs grands noms comme Osamu Dezaki (futur réalisateur de Lady Oscar, Ashita no Joe ou Jeu Set et Match), Rintaro (futur cofondateur du studio Madhouse) ou Yoshiyuki Tomino (futur créateur de la franchise Gundam). Enfin, la série s’ouvre par ce qui est le premier opening de l’histoire, un générique instrumental interprété par un chœur japonais.

 

Après, inutile de dire que ça a vraiment vieilli. Mais pour l’époque, la tâche de réaliser 25 minutes d’animation chaque semaine était un véritable challenge, et la conception de la série a déjà permis de découvrir ou de démocratiser nombre d’astuces pour faciliter la production et la livraison d’un épisode en temps et en heure. Sans compter, évidemment, l’accueil du public de l’époque qui fut chaleureux et enthousiaste. De nombreux enfants ayant grandi au son d’Astro Boy, il n’est pas étonnant que le robot soit devenu rapidement une icône de la pop-culture japonaise, voire un véritable symbole du pays.

 

Donc, oui, pour nous et les personnes qui regardent des animés en 2015, Astro Boy n’a qu’un intérêt symbolique et historique. Les histoires sont certes intéressantes, mais reprennent majoritairement des intrigues issues du manga original, lui bien plus intemporel. Mais quel impact indéniable sur l’animation japonaise et, plus important, sur les esprits et les mémoires collectives de l’époque !

 

Où étiez-vous quand Astro a punché un dino ? 

 

Astro Boy ne meurt jamais

 

Le manga cesse de paraître deux ans après la fin de l’animé, en 1968, terminant les aventures d’Astro Boy par un chapitre final anthologique qui voit le robot se sacrifier pour l’humanité. Pendant une quinzaine d’années, le robot va donc vivre une retraite méritée avant de revenir en 1980 pour une nouvelle série, produite par Tezuka Productions. Constat simple : entre 1963 et 1980, l’animation japonaise a énormément évolué, que ce soit en possibilités, popularité ou moyens financiers…

 

Dès lors, cette nouvelle série, dirigée par Noboru Ishiguro (réalisateur du mythique Uchû Senkan Yamato et futur réalisateur de Macross et Legend of the Galactic Heroes) et toujours supervisée par Osamu Tezuka va tâcher de réadapter la série originale pour la moderniser au maximum, ne serait-ce que d’un point de vue technique. Si beaucoup d’épisodes seront au final des remakes d’épisodes sortis dans les années 60, cette nouvelle série rajoute quelques éléments, intrigues et personnages inédits.

 

Ne durant finalement plus que 52 épisodes, ce remake est reçu positivement et relance l'emballement collectif pour le petit robot de Tezuka... 


Astro Boy 1980 et ses personnages secondaires colorés

 

Ensuite, en 2001, pour célébrer la « naissance » d’Astro (le 7 avril 2001 selon le manga) débarque une troisième série, toujours nommée Astro Boy. Elle apporte de nombreux petits changements, particulièrement dans l’origine du personnage (Astro n’est ainsi plus vendu à un cirque mais simplement « désactivé » au début de l’histoire) et dans l’univers dépeint. Moins violente, la série introduit de nouveaux personnages, de nouvelles intrigues et une nouvelle conclusion. Adressée véritablement à un jeune public, elle saura trouver un certain succès non seulement au Japon mais tout autour du monde, où la série sera diffusée dans une large variété de pays.

 

Et puis là, surprise

 

Enfin, deux dernières adaptations sont à évoquer: la première est un film, daté de 2009, intégralement en images de synthèse et réalisé par un réalisateur américain dans un studio hongkongais. Très différent des supports originaux (Tenma accepte Astro dès le début, Tobio est vivant pendant une partie du film, etc.), il raconte une intrigue spécialement créée pour le film au cours de laquelle Astro doit faire face à un ex-président mégalomaniaque ainsi qu’à des aliens tentaculaires. Le film recevra un accueil public et critique très mitigé, avec un flop impressionnant au box-office japonais. Néanmoins, il faut mentionner le casting très impressionnant avec Nicolas Cage (oui, LE Nicolas Cage) dans le rôle de Tenma ou bien Donald Sutherland dans le rôle du vil président Stone !

 

L’avenir d’Astro Boy va se poursuivre à l’étranger puisqu’a été annoncée récemment une nouvelle série, Astro Boy Reboot, cette fois-ci issue d’une collaboration franco-japonaise. C’est le studio parisien Caribara qui va s’en occuper et le premier trailer, montré en mars 2015, peut laisser augurer d’une vision intéressante de la série...

 

 

Évidemment, on pourrait aussi parler du manga Pluto, de Naoki Urasawa, qui reprend un des arcs mythiques du manga original pour le transformer en roman policier intense et émouvant, mais ça serait déjà beaucoup. Ce qu’il faut retenir, c’est que, en soit, si les séries Astro boy sont loin d’être indispensables, elles auront marqué différentes générations, construisant au personnage une aura mythique absolument légitime et méritée. La première série de 1963 est même une partie importante de l’histoire de l’animation japonaise qui aura participé à construire l’industrie telle qu’on la connaît toujours cinquante années plus tard.

 

Mais si vous voulez découvrir Astro Boy, jetez-vous surtout sur les mangas. Ceux-ci résistent vraiment bien au vieillissement grâce au style unique de Tezuka et se révèlent des lectures intéressantes, divertissantes et parfois assez intelligentes. C’est toujours délicat d’utiliser le terme de « monument » sans paraître déraisonnable, mais c’est véritablement et honnêtement le meilleur qualificatif possible pour parler de cette franchise.

 

Jeune adulte responsable qui aime beaucoup la chanson d'Indochine nommée selon Astro Boy, Amo s’occupe de son blog Néant Vert et gère le podcast musical Kaorin, dédié à la culture visuelle japonaise. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @PiscesAmo

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